Si j'ai choisi de parler du football au Japon, c'est sûrement pour l'intérêt que je porte à la fois à ce sport et ce pays. Depuis l'enfance, je m'intéresse au football comme beaucoup d'autres. Cependant, l'idée d'associer ces deux éléments aurait paru, voilà quelques années, être une idée totalement saugrenue. Aujourd'hui encore, lorsque je parle du sujet de ce mémoire aux gens que je rencontre, beaucoup ont un air amusé, voire moqueur, rétorquant :
« Ils savent jouer au football, là-bas ? », me forçant à leur expliquer que le football est un sport à part entière au pays du soleil levant. Pour de nombreux amateurs de ce sport, un véritable pays de football est un pays qui participe régulièrement à la Coupe du monde comme le Brésil, la France, l'Italie ou l'Allemagne. Or le Japon n'a participé à sa première Coupe du monde qu'en 1998, lors de l'édition qui se déroulait en France, longtemps après un pays comme la Corée par exemple. Cette participation lui a permis de sortir plus ou moins de l'anonymat, passant du stade de nation ne pratiquant pas le football à celui d'une nation au faible niveau footballistique.

Mon premier contact avec le football japonais date de 1995, lorsque pour la première fois je découvris le jeu vidéo intitulé Winning Eleven, jeu de football dont les équipes n'étaient autres que celles du tout nouveau championnat professionnel créé en 1993, la J-League. A mesure que je lisais la presse japonaise, je me suis familiarisé avec ce championnat, ses équipes et ses joueurs. A cette époque, beaucoup de vedettes européennes ou d'Amérique du sud venaient jouer dans ce « jeune » championnat, attirées par l'argent que leur offraient les équipes nipponnes. Cette forte présence de stars vieillissantes dans ce championnat qui avait pour but d'accroître la popularité du football au Japon et d'attirer en masse les spectateurs nippons dans les stades m'a également intrigué.

Finalement, tous ces éléments m'ont donné envie de connaître plus précisément l'histoire du football japonais. Beaucoup de spécialistes mondiaux du football nous diront que le football japonais a commencé en 1993 avec la création du championnat professionnel, la « J-League ». C'est en effet à cette époque que de très bons joueurs français (tels que Franck Durix et Basile Boli) et un entraîneur réputé (Arsène Wenger) sont partis au Japon. Dès lors, les médias de l'hexagone ont commencé à parler de temps à autres de ce championnat « lointain ». Mais l'histoire du football japonais est bien plus ancienne et il nous paraît opportun de faire un panorama le plus complet possible de la situation du football au Japon.De plus, la co-organisation, par le Japon et la Corée, de la Coupe du monde 2002 va attirer les regards du monde entier.
La Fédération Internationale de Football a, semble-t-il, voulu donner un coup de pouce au football d'un continent qui pourrait bien être l'avenir du football mondial avec son potentiel énorme tant sur le plan du nombre de pratiquants que sur le plan économique. La première participation de la Chine à un tel événement n'en est qu'un symbole plus fort. Ce mémoire nous semble donc être, à 6 mois de la tenue de cette Coupe du monde, un outil parfait pour s'y préparer.

Ce livre se présente sous une forme chronologique, depuis le tout premier pas du football au Japon jusqu'à l'événement de l'année 2002, la Coupe du monde. Si nous avons choisi cette forme, c'est d'abord dans un souci de clarté et afin de garder une forme de narration historique qui, à notre avis, convient le mieux à ce type de travail. Quatre parties principales composent ce mémoire, chacune mettant en lumière une situation bien spécifique du football de l'époque. Dans la première partie, nous verrons de quelle manière le football est arrivé au Japon à la fin du XIXème siècle et de quelle façon il s'est propagé à travers tout l'archipel jusqu'à la seconde guerre mondiale.Nous verrons qui ont été les principaux instigateurs de ce developpement, que ce soient des institutions célèbres ou de simples passionés anonymes, désireux de faire connaître leur sport.

Nous verrons le rôle joué par les étrangers dans les prmières années de cette diffusion. Dans une seconde partie nous nous intéresserons à la période postérieure à la seconde guerre mondiale, voyant un football japonais replié sur ses bases nationales, et à la conquète d'un public d'amateurs et d'un statut. La troisième partie sera consacrée au début de l'essor du football au Japon, aux raisons structurelles et conjoncturelles qui ont donné naissance au premier championnat national nippon et accéléré par la suite la création d'un championnat professionnel. La quatrième partie aborde l'époque contemporaine avec la naissance et l'évolution, jusqu'à nos jours, du championnat professionnel, la « J-League », ainsi que la Coupe du monde, avec ses préparatifs et ses enjeux. Nous y verrons, au fil des années, le rôle prépondérant de l'équipe nationale dans l'histoire du développement du football nippon.

Ce travail ne prétend aucunement être un document exhaustif sur le football japonais. L'étude du football nippon, en constante mutation, comprend tellement de directions possibles que dix mémoires comme celui-ci n'y suffiraient sûrement pas. C'est pourquoi ce mémoire n'entend donner qu'une vue d'ensemble sur l'histoire du ballon rond au Japon et se permet d'occulter quelques aspects du football nippon comme le football féminin. Nous nous attacherons principalement aux faits historiques qui ont construit le football nippon d'aujourd'hui, laissant de coté les aspects plus sociologiques.

Nous avons joint à ce travail une partie annexe comprenant une chronologie non exhaustive de l'histoire du football nippon ainsi que de nombreux documents venant à l'appui des points traités. Cette annexe est également consultable indépendamment, chaque document étant commenté à cet effet. Nous espérons que ce mémoire permettra aux lecteurs de découvrir la riche et longue histoire du football japonais, histoire qui ne fait que commencer.

Je terminerai cette introduction par ceci : En France, l'image du Japon comporte de nombreuses facettes. C'est tout d'abord le Japon économique, le Japon des grandes entreprises, le Japon de l'electronique, le Japon de la consommation exacerbée. C'est ensuite le Japon des arts, le Japon de Kurosawa, de Mishima Yukio, de Kitano Takeshi, de Mifune Toshiro. C'est aussi le Japon des manga et des dessins animés, qui connaissent un énorme succès depuis une dizaine d'années. Mais j'espère de tout coeur que dans les décennies à venir le Japon soit aussi réputé pour son football.