CHAPITRE I. Le réveil sur le plan international

 a) Les Jeux d’Asie de 1966

Reprenons le cours chronologique de notre exposé, arrêté après la création de la JSL en 1965. Deux années après sa victoire sur l’Argentine et une année après la création du championnat national amateur, l’équipe nationale du Japon se présenta pour la première fois aux Jeux d’Asie comme un favori en puissance. Lors des quatre éditions précédentes, le Japon n’était jamais parvenu à briller (2 victoires, 5 défaites et un match nul). Mais cette fois-ci, les dix huit joueurs sélectionnés avaient pour ambition de gagner ce tournoi.

C’est le 10 décembre 1966, à Bangkok, que fut donné le coup d’envoi des cinquièmes Jeux d’Asie. Le football était devenu, en ce milieu des années soixante, le sport phare en Asie et était donc tout naturellement le plus attendu des 35 000 spectateurs du stade national de Bangkok. Le tournoi de football se déroulait sur neuf jours, au cours desquels l’équipe victorieuse devait remporter sept matchs d’affilée. Onze équipes, réparties en trois groupes, se disputaient la victoire. Le Japon était dans le groupe B, en compagnie de l’Inde, de l’Iran et de la Malaisie. Le Japon remporta ses trois matchs et termina premier de son groupe.

Le Japon se débarrassa ensuite de Singapour (5-0) et de la Thaïlande (5-1). Après cinq matchs, le jeune attaquant Kamamoto, avait déjà inscrit six buts. Mais le parcours du Japon s’arrêta au stade des demi-finales, battu par l’Iran sur le score de un but à zéro. Les joueurs japonais qui avaient joué six matchs en huit jours cédèrent physiquement devant un adversaire qu’ils avaient pourtant largement battu dans leur groupe. La sélection nippone l’emporta sur Singapour (2-0), lors du match pour la troisième place et décrocha ainsi la médaille de bronze. Kamamoto inscrivit alors son septième but de la compétition et finit meilleur buteur. Cette performance fut l’un des premiers effets concrets de la création, l’année précédente, du championnat national amateur. Le championnat avait permis aux joueurs nippons d’évoluer dans une compétition d’un meilleur niveau que ce qu’ils connaissaient jusqu’alors et d’enchaîner des matchs chaque semaine. Ainsi, ils purent faire, durant ces Jeux d’Asie, six matchs de haut niveau consécutifs, chose dont ils auraient sûrement été incapables lors des éditions précédentes. De plus les joueurs de la sélection, jouant ensemble depuis les Jeux de Tôkyô, purent développé des automatismes tactiques très précieux à ce niveau. Ce bon résultat était annonciateur de la montée en puissance de la sélection nipponne qui comptait en ses rangs une génération de jeunes joueurs talentueux tels que Kamamoto Kunishige.

b) Les Jeux de Mexico de 1968, un formidable exploit.

 

Lors des éliminatoires de la zone asiatique, qui se déroulèrent entre septembre et octobre 1967, l’équipe nationale fit un parcours sans faute, en dominant les Philippines (15-0), Taiwan (4-0), le Liban (3-1), le Vietnam (1-0) et en réalisant un match nul face à la Corée du Sud (3-3). Après avoir écarté la Corée, la sélection se prépara à participer à sa quatrième olympiade. Le Japon était devenu une équipe mature, composée en grande partie de joueurs ayant participé aux Jeux de Tôkyô. De plus, lors de ces éliminatoires, la star en devenir, Kamamoto Kunishige, diplômé de Waseda depuis deux ans et âgé de 24 ans, s’était distingué en inscrivant onze des vingt-six buts de son équipe. Les observateurs notaient la nette amélioration du niveau pratiqué par l’équipe nationale depuis les olympiades précédentes. Les raisons en étaient évidentes. Premièrement, l’apport indiscutable de Dettmar Cramer qui avait su insuffler à cette équipe les vertus techniques et tactiques qui lui manquaient. Deuxièmement, la création de la JSL avait permis une nette progression du football japonais. Tous les joueurs sélectionnés pour les Jeux de Mexico y évoluaient. Ils avaient plus de temps pour s’entraîner et bénéficiaient d’un meilleur encadrement. De plus, la sélection olympique étant pratiquement la même que celle de l’olympiade précédente [1] , le joueurs purent développer des automatismes identiques à ceux d’une équipe de club. Le Japon effectua une série impressionnante de matchs amicaux face à diverses sélections olympiques et mondiales, puisque entre les deux olympiades, elle disputa 82 matchs. De grandes équipes comme Arsenal (Angleterre) ou Palmeiras (Brésil) vinrent au Japon et la sélection effectua des stages dans les plus grands centres d’entraînement d’Europe. Elle se rendit même à Mexico afin de s’habituer à l’altitude handicapante pour les sportifs (2240m). C’est donc une équipe très bien préparée qui se présenta au tournoi olympique, en octobre 1968.

Pour ces Jeux Olympiques, seize équipes reparties en quatre groupes participèrent au tournoi final de football. La compétition se déroula dans quatre stades dont le fameux « Stade Aztèque » de Mexico. Le Japon était dans le groupe en compagnie du Nigeria, du Brésil et de l’Espagne. Le 14 octobre, le Japon affronta pour le compte du premier tour la sélection nigériane qu’elle domina sur le score de 3 buts à 1. Elle réalisa ensuite deux matchs nuls face au Brésil et à l’Espagne. Le Japon termina deuxième de son groupe derrière l’Espagne et se qualifia pour la suite de la compétition. En quart de finale, la sélection nipponne affronta la France et se qualifia sur le score de trois buts à un. Mais la belle épopée de cette équipe s’arrêta en demi-finale, battue sévèrement par la sélection hongroise. Le Japon disputa alors le match pour la troisième place face au Mexique et s’imposa sur le score de deux buts à zéro.

En devenant meilleur buteur de la compétition avec sept buts, l’attaquant et capitaine, Kamamoto Kunishige permit à son équipe de décrocher la médaille de bronze. Il devint à cette occasion, la première véritable star de football pour la population japonaise. C’est un véritable exploit quand on sait que les sélections d’Europe de l’Est, telle que la Hongrie, étaient en réalité les véritables sélections nationales, le professionnalisme n’existant pas dans ces pays. Les journalistes japonais ne s’y trompèrent pas et se ruèrent dès la fin du match dans la salle de presse pour interviewer ces « héros », exténués par onze jours de compétition en haute altitude. Le Japon, en devenant la première équipe asiatique de football à remporter une médaille olympique prouva qu’il était devenu une nation à part entière du football mondial et l’une des références du football asiatique. Ce résultat confirmait les progrès du football japonais et encouragait les acteurs du football japonais à continuer dans cette voie, à commencer par les joueurs de la sélection et leur entraîneur Naganuma Ken, tous adeptes des principes de Cramer. Ce même Cramer, devenu membre de la FIFA fut le premier à se féliciter de cet exploit dont il était l’un des principal artisan.

Cette victoire reste à ce jour le plus grand exploit du football japonais et demeure la meilleure performance d’un pays asiatique dans une grande compétition internationale. Il est donc normal qu’elle demeure la référence pour les adeptes japonais du football. Dans ce cadre, il n’est pas étonnant de retrouver les principaux acteurs de cet exploit à la tête de la Fédération Japonaise de Football à l’heure actuelle. Naganuma Ken [2] (l’entraîneur de l’époque) devint président de la fédération en 1994 et c’est Okano Shun-ichirô [3] qui prit sa suite en 1998. Quant à Kamamoto Kunishige, il devint vice-président en 1998, en compagnie de Kawabuchi Saburo (membre de l’équipe nationale de 1964, ancien entraîneur de la sélection nationale en 1980 et président de la J-League). Mais cette performance ne restera qu’un coup d’éclat dans l’histoire olympique du football japonais qui commencera alors une longue traversée du désert jusqu’au Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996.Cette médaille inattendue occasionna un véritable boom du football dans tout l’archipel, et juste après cet exploit olympique, c’est près de 40 000 spectateurs qui se ruèrent au match de championnat entre l’équipe de Mitsubishi et celle de Yanmar au stade national de Tôkyô. Ce fut à l’époque le chiffre record pour un sport amateur.

Dans l’équipe de Mitsubishi, se trouvaient des joueurs ayant pris part à l’épopée de Mexico, comme Katayama Hiroshi 片山洋, Mori Takeshi 森孝滋 et surtout Sugiyama Ryûichi, le meilleur passeur de la sélection. Yanmar, quant à elle, était l’équipe de la grande star Kamamoto, mais aussi celle du Brésilien Nelson Yoshimura ネルソン吉村, premier joueur étranger a évolué dans la JSL, et dont la technique régalait tous les fans. Kamamoto fut le premier joueur japonais à recevoir des propositions de clubs étrangers, notamment allemands. Conscient que son départ nuirait fortement au développement et à la popularité du football au Japon, il décida de rester. Beaucoup de jeunes de l’époque se mirent à la pratique du football dans le but de ressembler à des stars comme Kamamoto ou Sugiyama, son partenaire de la sélection. Mais comme ce fut le cas en 1964, après les olympiades de Tôkyô, cette effervescence retomba bien vite. L’équipe nationale, n’ayant pas réussi à se rajeunir, s’était affaiblie et le degré de propagation du football n’était pas suffisant pour faire de celui-ci un sport populaire. Cependant, à la différence de 1964, il restait une base solide de supporters qui allait continuer à fréquenter les stades.

CHAPITRE II. Les années 70-80, les années de développement

a) La FIFA Coaching School : le retour de Cramer

Durant trois mois, entre le 15 juillet et le 18 octobre 1969, la FIFA ouvrit dans la banlieue de Tôkyô, au千葉県検見川の東大研修センターla première école destinée à la formation des entraîneurs en Asie. Ce projet d’école itinérant fut l’idée du président de la FIFA, Stanley Rous [4] qui souhaitait envoyer dans les pays « en voie de développement footballistique », de grands entraîneurs européens, afin de former des entraîneurs locaux qui, une fois diplômés, seraient, à leur tour, capables de former de nouveaux entraîneurs, afin d’assurer la continuité dans le développement de leur football régional. Pour sa première édition, cette école « itinérante » accueillit 42 participants venus de 13 pays d’Asie ( dont 12 japonais) et dont l’âge ne devait pas excéder 35 ans. Ce cursus, qui s’étalait sur une période de trois mois se déroulait sous la direction de Cramer, aidé d’adjoints réputés comme Naganuma Ken et Okano Shun-ichirô. A la fin du stage les entraineurs recevaient la FIFA coaching licence, preuve de leur formation complète au métier d’entraineur. Dans cette formation de trois mois, Cramer alliait les cours théoriques (tactiques, coaching) et partiques (démonstrations d’exercices sur le terrain). La formation comprenait également des cours de médecine sportive, de psychologie et sur la façon d’encadrer une équipe. Chaque journée se finissant par la projection d’un match de football. La performance de l’équipe nationale japonaise lors des derniers Jeux Olympiques avait surpris la « planète football », mais c’était l’arbre qui cachait la forêt. En effet, la sélection nationale était loin de refléter le véritable niveau du football japonais, car elle avait été formée dans le but d’être compétitive pour les grandes épreuves internationales. Les joueurs s’étaient entraînés ensemble durant plusieurs années et avaient multiplié les stages dans de nombreux pays d’Europe sous l’égide des meilleurs techniciens mondiaux comme Cramer. Les autres joueurs de l’archipel étaient loin d’avoir le même niveau que les membres de l’équipe nationale et c’est dans le but d’améliorer ce niveau que la FIFA ouvrit au Japon sa première école d’entraîneurs. Afin d’améliorer le niveau du football japonais dans son ensemble, des équipes de jeunes jusqu’à celles du plus haut niveau, il était nécessaire d’augmenter le nombre d’entraîneurs qualifiés. Si les équipes de la ligue amateur et des ligues universitaires disposaient d’entraîneurs de bon niveau, il était nécessaire que les équipes de jeunes (8-12 ans) puissent disposer d’un encadrement similaire capable d’harmoniser le football japonais dans son ensemble. Cette école semblait être la réponse concrète à ce problème, et le choix du Japon était loin d’être un hasard puisque Dettmar Cramer, devenu directeur technique de la FIFA fut chargé en 1968 par Stanley Ross de s’occuper de la zone Asie. Après la présentation de la situation du football japonais par Cramer, Ross avait décidé de commencer ce projet au Japon. Au Japon, même pour un sport aussi populaire que le base-ball, il n’existait pas de diplôme d’entraîneur ou de préparateur physique, comme il existait en Europe. Dans les universités du sport comme celles de Leipzig ou de Cologne, les plus réputées de l’époque, un cursus d’environ huit mois formait les entraîneurs de football. En Angleterre, les entraîneurs des clubs professionnels devaient passer le plus haut degré du diplôme d’entraîneurs qui s’obtenait après trois stages de deux semaines. Mais au Japon, il n’existait pas de telles structures et c’est pourquoi Cramer choisit le Japon. Ces « cours » dispensés par Cramer durèrent trois mois, cinq jours par semaine et huit heures par jour. Outre les enseignements tactiques et pratiques (démonstration par Cramer sur le terrain), des professeurs de physiologie, de psychologie, d’anatomie dispensaient également leurs enseignements aux élèves de l’école. Les participants recevaient également une formation en ce qui concerne les premiers soins et les massages. Parmi les premiers diplômés de cette école, on trouve des noms devenus célèbres comme Kamo Shû [5] , Shimizu Yasuo 清水泰生 (futur entraîneur de l’équipe de J-League d’Urawa Reds Diamonds), Nishigaki Shigeharu 西垣成美 (futur entraîneur de l’équipe de J-League de Nagoya Grampus Eight).

Depuis le lancement des premiers programmes de developpement vers les années 70, plus de 30,000 entraineurs joueurs, arbitres, administrateurs et medecins du sport ont bénéficié des programmes de formation de la FIFA. Le fait que le Japon ait été choisi pour accueillir cette première école des entraîneurs illustrait l’intérêt récent porté par la FIFA au football asiatique suite au grand pas franchi par ce dernier depuis la fin de la seconde guerre mondiale, avec la création de l’AFC, l’organisation de compétitions régionales comme la Coupe d’Asie et les bonnes performances dans les compétitions internationales. Les responsables du football mondial ayant pour but de faire de leur sport le plus populaire du monde, ils n’hésitèrent pas à soutenir et encourager ce nouveau marché qu’était l’Asie et ses centaines de millions d’habitants.

b) Les années Yanmar

Créée au lendemain des Jeux Olympiques de Tôkyô, la ligue amateur demeura, pendant près de 27 années et 2452 matchs, la compétition de référence au Japon et ceci jusqu’à la création de la J-League en 1992. Après l’effervescence des Jeux de 1968, le football japonais redevint un sport anonyme. Mais durant toute cette période, la fédération, les joueurs et la JSL s’efforcèrent de faire franchir à leur football un nouveau palier. Après l’ère de Tôyô Kôgyô, ce furent les clubs de Yanmar, Hitachi et Mitsubishi qui prirent la succession en dominant à tour de rôle le championnat. En 1971, la première victoire de l’équipe de Yanmar, basée à Ôsaka, sonna le commencement d’une nouvelle période pour le football japonais. Si les années 60 étaient celle du développement du football japonais, les années 70 furent celles du perfectionnement. Une seconde division vit le jour au sein du championnat de la JSL, et la Coupe de l’Empereur, comme sa consoeur anglaise, se déroulait désormais le premier janvier à Tôkyô et devint la dernière compétition officielle de l’année.

Le football japonais commençait à attirer l’œil du football étranger, et de grandes équipes étrangères et leurs stars vinrent faire des tournées au Japon. On remarqua également le développement du football parmi les jeunes japonais, ainsi que l’amélioration du niveau du football junior japonais. Après l’éclat de la médaille de bronze obtenue à Mexico, les médias japonais avaient délaissé quelque peu leur football national dont le développement interne n’avait pas autant de retombées. Pourtant, les Jeux de Mexico avaient tout de même donné au football japonais une star authentique en la personne de Kamamoto Kunishige. Sacré meilleur buteur des Jeux de Mexico, il avait été le véritable instigateur du succès nippon. Ses talents de buteur lui avaient valu la reconnaissance des observateurs étrangers et l’admiration du public japonais. Lorsque durant un de ses matchs il inscrivit un but en retourné, la semaine suivante, tous les jeunes joueurs essayèrent de refaire ce but à l’entraînement. Il fut, avec Sugiyama Ryûichi, à l’origine de la pratique du football chez de nombreux jeunes japonais, ceux-ci étant témoins de leurs nombreux exploits dans la ligue amateur. Durant les années 70, la majorité des livres traitant du football avaient sur leurs couvertures la photo d’un de ces deux joueurs, voire des deux [6].

Lors du lancement de la JSL, l’équipe de Yanmar qui était la seule équipe d’entreprise du Kansai, termina en septième position. L’année suivante, elle échoua à la dernière position de la ligue avec une seule victoire sur quatorze rencontres. Pour sa troisième saison, l’équipe accueillit dans ses rangs le jeune Kamamoto, dont les performances hissèrent l’équipe à la cinquième place du championnat. En 1969, pour la cinquième édition du championnat, l’équipe dut se passer un bon moment des services de Kamamoto, atteint d’une hépatite,  termina une nouvelle fois à la cinquième position. La maladie de Kamamoto et la retraite de nombreux joueurs talentueux, qui avaient fait vibrer le Japon durant les olympiades de Tôkyô et Mexico, entraînèrent une forte baisse de la fréquentation des stades la même année.

Même si, après le « soccer boom » qui suivit les Jeux de Tôkyô, des écoles de football s’étaient développées en nombre, la base pour renouveler les générations de footballeurs était encore trop étroite pour permettre la naissance d’une nouvelle génération de joueurs capables de surpasser leurs aînés sélectionnés lors des deux olympiades précédentes et qui avaient joué ensemble pendant presque six années. La génération des jeunes joueurs issue des écoles de football ne sera pas sur les terrains de la JSL avant la fin des années 70. En 1970, Kamamoto, qui n’était pas encore revenu à son meilleur niveau, termina en tête des buteurs de la compétition et propulsa son club à la quatrième place. Pour la saison suivante, Kamamoto enfin au meilleur de sa forme, et avec le renfort de nouveaux coéquipiers [7] , permit à Yanmar de gagner son premier titre national.

Le coup d’envoi du championnat fut donné le 4 avril et la première demi-saison, comptant sept matchs, s’acheva le 23 mai. Après cinq mois de trêve, la deuxième demi-saison reprit le 17 octobre pour s’achever le 4 décembre. Cette longue interruption était due à la tenue, en septembre, des éliminatoires asiatiques qualifitatives pour les Jeux Olympiques de Munich. Afin de préparer au mieux ces éliminatoires qui se déroulaient à Séoul, l’équipe nationale multiplia les matchs amicaux en plus d’une tournée en Europe. De même, durant la première demi-saison, il y eut deux semaines d’interruption à cause de l’organisation à Tôkyô du treizième tournoi espoir d’Asie. Toutes ces interruptions à cause de cet agenda international chargé firent de ce championnat, un championnat décousu. Malgré cela, les performances de Kamamoto et la lutte pour le titre entre les équipes de Mitsubishi, Hitachi et Yanmar permirent d’endiguer la baisse de fréquentation des stades, amorcée après le pic au lendemain des Jeux de Mexico.

La moyenne de spectateurs fut d’environ 5500 personnes par match. Yanmar gagna cinq de ses sept matchs durant la première moitié de saison, et trois durant la seconde. Yanmar (9 victoires, 4 nuls et 1 défaite) remporta le titre lors de la dernière journée et termina devant celle de Mitsubishi (7 victoires, 4 nuls et 3 défaites) et celle de Hitachi (7 victoires, 4 nuls et 3 défaites). L’équipe Yanmar Diesel était l’équipe de l’entreprise du même nom, spécialisée dans la construction de moteurs pour bateaux et machines agricoles. Elle s’était développée au fil du temps au Brésil par l’intermédiaire d’entreprises fondées par des Brésiliens d’origine japonaise. De ce fait, lors de leurs voyages au Brésil, les dirigeants de Yanmar purent constater le haut niveau technique des joueurs locaux et eurent l’idée d’engager de jeunes joueurs brésiliens. Le football étant un sport amateur au Japon, l’entreprise décida de faire venir ces joueurs en tant que stagiaires en provenance de ces entreprises brésiliennes. Concernant la barrière de la langue, il fut décidé d’accueillir tout d’abord des Brésiliens d’origine japonaise. Le premier joueur recruté fut le joueur de couleur d’origine japonaise Carlos, puis par la suite Kobayashi George 小林ジョ-ジ, joueur au style félin et Yoshimura, joueur plus solide.

Au Brésil et en Amérique du Sud, en général, nombreux étaient les joueurs doués techniquement, et l’apport de tels joueurs dans une équipe japonaise comme Yanmar permit à son entraîneur de construire une équipe forte de la rigueur des joueurs japonais et de la créativité des joueurs brésiliens. C’est en 1971 que l’équipe de Yanmar, poussée par Kamamoto et son titre de meilleur buteur (11 buts), connue enfin l’aboutissement de ses efforts en remportant le titre.

Le championnat, qui comptait huit équipes lors de sa création en 1965, s’était développé au fil des années, pour compter dès 1972, deux divisions de dix équipes. Tout de suite après la naissance de la JSL, un grand tournoi national d’entreprise (Zenkoku Shakai Taikai 全国社会人大会) vit le jour. Les deux meilleures équipes se virent accorder la possibilité d’accéder à la JSL par l’intermédiaire de matchs de barrage face aux équipes classées 7ème et 8ème de la JSL. Mais face à l’expérience des équipes de la JSL, elles ne pesaient pas bien lourd et de 1965 à 1971, seules trois équipes réussirent à accéder en JSL. Devant cet état de fait, il fut décidé de créer une deuxième division de 10 clubs capable de donner naissance à des équipes compétitives pour une accession en première division. Dans cette seconde division, on trouvait des clubs comme le club Yomiuri, financé par le journal du même nom, ainsi que des clubs soutenus par leurs régions comme ceux de Kôfu et Kyôto. En 1973, la première division s’agrandit pour accueillir 10 clubs. [8]. Les équipes passèrent de 14 à 18 matchs par saison et le nombre total de rencontres jouées en JSL passa de 56 à 90, ce qui ne pouvait être que bénéfique tant sur le plan sportif qu’économique.

c) Kamamoto, la star

En 1974, pour son dixième anniversaire, Kamamoto Kunishige inscrit le centième but de sa carrière en JSL. Ce dixième championnat s’ouvrit le 7 avril 1974, la première demi-saison (jusqu’à la neuvième édition) s’achevant le 2 juin, et après une interruption de 4 mois, la seconde demi-saison commençant le 10 octobre pour se terminer le 8 décembre. Cette longue période d’interruption étant due à la participation de l’équipe nationale à la septième édition des Jeux d’Asie qui se déroulaient en septembre en Iran. La sélection enchaîna, toute l’année, des matchs amicaux en effectuant une tournée en Europe et en accueillant au Japon diverses sélections nationales [9].

Le 15 avril 1974, Kamamoto, fêta ses 30 ans. Lui qui s’était révélé sur la scène internationale en devenant le meilleur buteur des Jeux Olympiques de Mexico en 1968, avait dû stopper sa carrière en 1969 après avoir contracté un virus hépatique. Après une interruption complète de trois mois, il fit son retour sur les terrains, malgré les doutes exprimés par ses médecins quant à sa capacité à revenir à son meilleur niveau. Mais Kamamoto retrouva au fur et à mesure le chemin des filets, atteignant à la fin de la saison 1973 un total de 85 buts. Kamamoto retrouva petit à petit sa confiance et en 1972 il fut sacré meilleur buteur du tournoi de Merdeka qui se disputait en Malaisie. En 1973, il se fractura le pied et manqua cruellement à son équipe et à l’équipe nationale. Il commença la saison 1974 en pleine possession de ses moyens et inscrivit 10 buts en l’espace des neuf matchs de la première demi-saison, atteignant un total de 95 buts (en 107 matchs). La deuxième partie de saison s’ouvrit par un triplé de Kamamoto, lors de la victoire de Yanmar sur Toyota. Kamamoto inscrivit ainsi le septième triplé de sa carrière et le deuxième de la saison après celui inscrit face à l’équipe de Furukawa Denkô.

Le 20 octobre, près de 15 000 spectateurs assistèrent à la victoire 3 buts à 1 de Yanmar sur le club de Mitsubishi, deux buts étant inscrits par Kamamoto. Il devint ainsi le premier joueur de la JSL à inscrire 100 buts dans sa carrière. Celui ci déclara : « je pensais atteindre les 100 buts d’ici la fin de saison mais pas aussi rapidement ».Yanmar, qui avait terminé deuxième de la première demi-saison, réalisa un excellent parcours lors de la deuxième phase, terminant la saison avec 10 victoires, 5 nuls et trois défaites, à égalité de points avec le club de Mitsubishi (25 points). Mais c’est finalement Yanmar qui remporta pour la seconde fois le championnat grâce à une meilleure différence de buts (23 contre 19), directement due à la saison extraordinaire de Kamamoto qui avait inscrit 21 buts.

Ce fut une grande année pour le club d’Ôsaka qui remporta également la Coupe de l’Empereur, face à l’équipe d’Eidai (2-1). Malgré le fait que ce championnat de dix équipes ne comportait que dix-huit matchs (9 matchs aller-retour), ce qui constituait la moitié des matchs par rapport aux meilleurs championnats étrangers, les joueurs de l’équipe nationale, comme Kamamoto, disputaient en moyenne une vingtaine de matchs internationaux, en plus des matchs de la JSL et de la Coupe de l’Empereur, soit un total d’environ quarante matchs officiels. Au cours des 109 matchs qu’il disputa, Kamamoto inscrivit 100 buts, soit une moyenne de presque un but par match. L’année suivante, Kamamoto fut une nouvelle fois sacré meilleur buteur du championnat, malgré l’apparition de nouveaux talents comme Abe Hiroshi. Lorsqu’il assista à la Coupe du monde 1974 en Allemagne, il découvrit les joueurs tels que Cruyff et Beckenbauer, ainsi que le fabuleux buteur allemand Gerd Muller. « En 1966, j’étais encore très jeune lorsque j’ai assisté à la Coupe du monde en Angleterre, mais c’est lors de l’édition en Allemagne que j’ai malheureusement réalisé que je n’aurais jamais la chance de participer à une telle compétition ». Mais ce constat de le démoralisa pas et au contraire, après avoir vu évoluer Muller et Cruyff, il s’entraîna encore plus fort dans l’idée de se rapprocher de leur niveau.

Au sein de la J-League actuelle, même si de nombreux buteurs étrangers sont venus dans les équipes nipponnes, aucun n’a encore jamais atteint la popularité de Kamamoto. Au cours de ses dix sept années de carrière, Kamamoto inscrivit 202 buts et aucun autre joueur n’est parvenu à atteindre les 100 buts en JSL.

d) Le tournoi mondial des jeunes de 1979 à Tôkyô

En 1977, a lieu en Tunisie le premier tournoi mondial des jeunes de moins de 20 ans. A son début ce tournoi fut appelé «Tournoi mondial des jeunes»avant de devenir en 1981 l’actuel Championnat du Monde FIFA des jeunes.La création de ce tournoi était l’un des projets majeurs de la campagne de João Havelange, lorsque celui-ci présenta sa candidature pour la présidence de la FIFA en 1974. Ce tournoi, crée en parallèle de la FIFA Coaching School, avait pour objectif de promouvoir et de développer le niveau du football dans les « petites nations » de football. Ce tournoi, qui a lieu une fois tous les deux ans, réunit seize équipes : 6 d’Europe, 3 d’Amérique du Sud, 2 d’Afrique, 2 d’Asie, 2 d’Amérique du Nord et celle du pays organisateur. Dans un souci économique et pour la première fois dans l’histoire d’une compétition officielle, le tournoi fut sponsorisé par une grande compagnie : Coca-Cola. Le trophée fut d’ailleurs appelé Coupe Coca-Cola. Les équipes « faibles » pouvaient se frotter aux équipes des grandes nations du football, comme le Brésil ou l’Italie. Cette compétition est devenue, au fil des années, une compétition très prisée chez les jeunes footballeurs. En 1979, les japonais put admirer le jeune prodige Diego Armando Maradonna, future idole du football mondial, qui remporta à cette occasion son premier grand trophée.Lors du premier tournoi, la fédération japonaise fit part de son désir d’organiser la prochaine édition. C’est avec le soutien de la puissante entreprise Dentsû, grande compagnie de communication que la réalisation de ce projet fut possible. Cette compagnie qui était convaincue de l’importance des grands événements sportifs, était déjà à l’origine du déplacement du tournoi lycéen dans la périphérie de Tôkyô. La tenue au Japon de ce mondial des jeunes offrait en effet l’opportunité d’une ouverture sur le monde.

Bien sûr, la fédération elle aussi travaillait pour diffuser et renforcer le football auprès des jeunes générations. De 1959 à 1978, se déroulait chaque année le Tournoi Espoir d’Asie (compétition qui réunissait les joueurs ayant moins de 19 ans). Ce tournoi se déroule depuis lors une fois tous les deux ans. C’est en 1965 que le Japon fut pour la première fois le pays organisateur de ce tournoi, soit une année après les Jeux Olympiques de Tôkyô. Le Japon et Tôkyô accueillirent une seconde fois cette compétition en 1971. Mais le Japon n’a, à l’heure actuelle, encore jamais remporté ce tournoi, se plaçant au mieux deuxième (1973, 1994, 1998 et 2000) au cours des différentes éditions. Lors de l’édition de 1971, qui se déroulait à Tôkyô, la route du Japon fut barrée en demi-finale par l’éternelle rivale, la Corée.

C’est vers la fin des années 70 que l’on notera une augmentation sensible du nombre de clubs participants au tournoi national lycéen (plus de 3000). En plus de ce tournoi très populaire, les jeunes étaient très motivés par les deux tournois internationaux. La fédération, quant à elle, portait tous ses espoirs sur le Tournoi Mondial Espoir de 1979. En effet, en tant que pays organisateur, le Japon n’avait pas à disputer les éliminatoires et bénéficiait donc de deux années entières pour se préparer. Cette stratégie avait également été employée par la sélection nationale lors des Jeux Olympiques de 1964. La fédération avait en effet déployé de gros efforts et de gros moyens sur une longue période pour préparer au mieux la sélection nationale, afin que celle-ci « rattrape » son handicap vis-à-vis des autres sélections et de leurs joueurs professionnels.

CHAPITRE III. 

Un environnement propice à l’attrait du football au Japon

a) La révolution télévisuelle au service du football

En avril 1968, la chaîne Tôkyô 12 (aujourd’hui Tôkyô Terebi) commença à diffuser un programme régulier sur le football. Cette émission hebdomadaire, sponsorisée par Mitsubishi, s’appellait « Diamond Soccer » et diffusait le «Match of the day », acheté à la BBC. Cette émission du mercredi soir [10] (aux environs de 22h) était loin d’être parfaite car elle ne le diffusait quelquefois qu’une mi-temps de match par semaine. Les précieux commentaires du présentateur Kaneko Katsuhiko 金子勝彦 et du consultant de la fédération, Okano Shun-Ichirô, étaient fort apprécies. Chaque émission commençait par un «Chers amateurs de football, comment allez-vous ?» de la part du présentateur. Mais cette émission, qui dura pendant plus de 20 ans, bénéficiait d’une audience raisonnable et avait pour mérite de familiariser le public japonais avec le football européen professionnel et avec ses stades aux ambiances particulières. L’émission se développa et diffusa des grands matchs de tous les championnats étrangers.

C’est à la même époque que naquit Soccer Magazine, complément idéal de l’émission, qui permettait de présenter les photos des stars nationales et étrangères vues à la télévision. Les téléspectateurs purent découvrir, au fil des années, des joueurs comme Beckenbauer, Cruyff, Platini, Maradona ou Zico qui leur firent aimer le football. Les supporters des équipes de JSL purent, en regardant l’émission, apprendre la façon dont leurs homologues européens encourageaient leurs équipes. Par exemple, ils purent constater le rôle des écharpes, compagnes attitrées des supporters européens de football. Ces derniers les brandissaient simultanément pour montrer leur couleur, chose qui ne se faisait pas au Japon. Au Japon, les matchs se déroulant entre juin et septembre, l’écharpe ne faisait pas partie de l’attribut du supporter nippon. Les spectateurs japonais découvrirent également l’ambiance particulière des stades anglais avec leurs chants d’encouragements et de victoire ininterrompus, chose qu’ils s’empressèrent de reproduire.

Nakamura kazuya 中村和哉, ancien gardien de Verdy Kawasaki (9 saisons 56 matchs) né en 1961 reconnait l’influence de l’émission « A l’age de 12 ans, j’ai commencé le football au poste de gardien, mais comme il y avait très peu de manuels et que les vidéos n’existaient pas, je regardais l’émission Diamond Soccer pour apprendre. » [11] Il ajoute un peu plus loin que cette émission lui a permis également de découvrir le football étranger et la Coupe du monde. On peut penser que beaucoup de japonais furent influencés par cette émission qui les aura bercés tout au long de leur jeunesse. Des passions et des vocations naîtront en regardant cette émission culte qui participa à la hausse de la popularité du football dans les années 80. Mais elle va aussi couvrir des événements comme les matchs de la sélection nipponne aux Jeux Olympiques de Mexico en octobre 1968. En 1970, la chaîne acheta les droits de la totalité des matchs de la Coupe du monde. Après avoir récupéré les cassettes des 32 matchs de la compétition, l’émission commenca, à partir d’octobre, la diffusion d’un match par semaine, le premier étant Italie-Brésil. Même si ce n’étaient que des enregistrements, le fait de voir des matchs du plus haut niveau mondial a permis aux amateurs japonais de football de porter un nouveau regard sur le football, aidé par les deux commentateurs. Chaque semaine, un million de spectateurs suivront ces matchs. Ces premiers pas télévisuels réussis décidèrent Tôkyô Terebi à acheter les droits de retransmission de la Coupe du monde 1974. Le responsable de l’époque, Terao Kiyoshi 寺尾皖, décida que seule la finale serait retransmise en direct, et que les autres matchs seraient diffusés dans l’émission Diamond Soccer au cours de l’année suivante. Après près d’une année de discussions, la chaîne acheta les droits pour environ 700 000 marks, soit 85 millions de yens. La finale de cette Coupe du monde [12] fut donc diffusée en direct le 7 juillet à 23h50 et réalisa une audience remarquable[13].

L’image du générique de l’émission Diamond Soccer et le consultant de l’émission, Ôkano Shun-ichirô, actuel président de la Fédération Japonaise de football.

A partir de 1974, la Coupe du monde connut des bouleversements. Le premier fut l’apparition du football ultra-offensif pratiqué par la Hollande et sa star Cruyff, et qui constitua une véritable révolution dans le monde du football de l’époque. Beaucoup d’équipes japonaises se tournèrent alors vers la pratique d’un football rapide et offensif. L’équipe de Furukawa Denkô qui remporta le championnat en 1976 en fut le meilleur exemple. L’équipe de Fujita, elle aussi, fut le chantre d’une nouvelle époque avec sa ligne d’attaque cent pour cent brésilienne. [14] De plus, l’émergence d’une star comme Okudera Yasuhiko [15] 奥寺康彦 permit au football japonais d’attirer l’attention des médias et des amateurs de sports. Au milieu des années 70, lui et son équipe des Furukawa Denkô monopolisèrent les places en finale de la Coupe de l’Empereur.

En 1977, Okudera, qui avait mené l’équipe de Furukawa Denkô au titre l’année précédente, accepta la proposition du club allemand du F.C Cologne et devient le premier japonais à évoluer à l’étranger en tant que joueur de football professionnel [16]. Ce fut une véritable consécration pour le football japonais, désormais représenté par l’un de ses « enfants » dans un grand championnat mondial. Les journaux japonais suivirent de très près ses performances en Allemagne, mais le seul moyen de le voir était de regarder Diamond Soccer qui retransmettait beaucoup de ses matchs. Il gagna de nombreux titres, dont celui de champion d’Allemagne de l’Ouest et participera au Championnat d’Europe des Clubs.

Le deuxième bouleversement fut donc le rôle joué, à partir de 1970, par la télévision en couleurs et la retransmission satellite qui avaient permis aux organisateurs de la Coupe du monde de transformer cet événement sportif en une véritable manne financière, grâce aux recettes publicitaires. Jusqu’alors, les seules recettes étaient celles résultant des entrées au stade, mais dès 1970, les droits de retransmissions télévisuelles et radiophoniques, les recettes publicitaires avaient permis d’augmenter les recettes de 46%. En d’autres termes, les grandes réunions comme la Coupe du monde et les Jeux Olympiques s’étaient développées grâce aux recettes télévisuelles et aux sponsors.

C’est également grâce à la télévision que beaucoup de Japonais découvrirent, dans la soirée du 26 mai 1972, la venue du joueur brésilien Pelé au stade national de Tôkyô. Son arrivée fut précédée d’un gigantesque feu d’artifice et c’est sous les acclamations d’un public en pleine effervescence qu’il entra sur le terrain. Après l’excellente performance de la sélection lors des Jeux Olympiques de Mexico, le football japonais aurait pu traverser une période délicate avec l’éloignement des terrains de Kamamoto et la baisse de fréquentation des stades, mais la progression de ce sport chez les jeunes, notamment grâce à la diffusion télévisée des matchs de le Coupe du monde 1970 et de matchs du football étranger, permit de consolider à long terme les bases de ce sport au Japon.

Lors de cette Coupe du monde, le Brésil, emmené par sa star, « le roi Pelé », avait remporté sa troisième victoire. Pelé, également joueur du club de Santos, avait remporté deux années de suite la Copa Libertadores et la Coupe Mondiale des Clubs (1962 et 1963), dépassant les 1000 buts dans sa carrière. Mais au-delà de ses exploits, il était considéré comme le Dieu vivant du football et était connu de tous, y compris des gens qui ne s’intéressaient pas au football. Pendant près de 12 années, il joua dans les plus grands stades du monde. Il arrêta sa carrière internationale en 1971, ne se consacrant plus qu’à son club de Santos. A travers le monde, nombreux étaient les fans de football qui souhaitaient voir jouer le roi Pelé, et ce fut le cas également au Japon. Ce souhait fut exaucé lorsque le club de Santos arriva à Tôkyô, ayant été invité par la fédération japonaise pour affronter la sélection nationale. Lorsqu’il pénétra sur le terrain avec son équipe, ils furent accueillis par les acclamations du public. Les joueurs de Santos commencèrent à faire le tour du terrain avec le drapeau japonais, lorsque quelques spectateurs sautèrent sur le terrain afin d’aller voir Pelé et de lui arracher son maillot. Pelé dut retourner un court instant dans les vestiaires pour prendre un nouveau maillot et, après un retour au calme, la partie put enfin commencer normalement. Santos s’imposa sur le score de 3 buts à zéro, avec deux buts du roi Pelé, pour le plus grand plaisir du public japonais qui fut conquis par les prouesses techniques de l’attaquant brésilien et se mit à scander son nom. Lors de son interview d’après match, de nombreux supporters se rassemblèrent devant les vestiaires afin de voir une dernière fois leur idole. Interviewé par un journaliste, l’un des sponsors de l’événement répondit « C’est la première fois que je suis autant ému par une partie de football ». La venue de Pelé au Japon fut donc un véritable événement pour les amateurs de football et la vue du stade national archicomble, ce qui était rare à l’époque, montra aux responsables du football japonais, l’effet positif d’un événement tel que celui-ci, avec la venue d’équipes étrangères réputées. Tous les posters et affiches du match s’arrachèrent, et certains journaux sportifs du lendemain furent épuisés. Devant un tel engouement, les sponsors et les médias purent enfin constater le potentiel, tant sur le plan financier que médiatique, de ce sport au Japon. Le 5 Janvier 1975, les spectateurs purent se régaler en regardant le match opposant l’équipe nationale de Kamamoto à la prestigieuse équipe du Bayern de Munich et ses stars, Franz Beckenbauer, Gerd Muller et Karl-Heinz Rummenigge, alors entrainé par un certain Dettmar Cramer. Le succès fut encore une fois au rendez-vous.

b) Captain Tsubasa, un manga au succès sans pareil.

Parmi les médias qui accompagnèrent l’ascension du football, on peut citer le cas des mangas, dont les auteurs vont, comme les autres Japonais, commencer à s’intéresser à ce sport. Que ce soit à l’école primaire ou au collège, le nombre d’élèves pratiquant le football n’a cessé d’augmenter, pour devenir au cours des années 80 l’un des plus pratiqué par les jeunes japonais. L’âge d’or du base-ball laissa donc la place à ce qui semblait devoir être celui du football. Il y plusieurs raisons à ce retournement de situation et à ce succès tardif du football. L’une d’entre-elles est, sans nul doute, le succès du manga Captain Tsubasa キャプテン翼, créé par Takahashi Yôichi 高橋陽一. Ce manga, au-delà de l’incontestable succès commercial, a eu une véritable influence sur les enfants de l’époque. Très vite, le nombre d’enfants pratiquant le football a dépassé celui de ceux pratiquant le base-ball. Ce fut la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Durant les années 60 et 70, les mangas de base-ball étaient les plus populaires. Plus un sport est populaire, plus le nombre de mangas qui lui est consacré est élevé. Mais certains mangaka font parfois le pari de parler d’un sport mineur dont ils sont amateurs. Dans ce dernier cas, cela peut permettre aux lecteurs de découvrir et d’apprécier un nouveau sport. Ce fut le cas du manga de basket-ball Point Gard qui, paru en 1994, fut à l’origine d’un véritable engouement des jeunes japonais pour ce sport.

Mais ce succès n’est pas comparable avec celui du manga Captain Tsubasa [17] dont la longue saga commença en 1982 dans les pages de Shônen Weekly Jump, la célèbre revue hebdomadaire de l’éditeur Shueisha. Le succès [18] du manga sera tel que la série continuera jusqu'en mars 1989, soit 37 volumes (10 260 pages). Le manga Captain Tsubasa est alors sorti dans les nombreux pays du globe où le dessin animé du même nom avait remporté un franc succès. C’est le cas en France où l’éditeur J’ai Lu propose depuis plus de 2 ans la version française du manga.Depuis, ce sont 38 mangas [19] traitant du football qui sont parus au Japon, et bien d’autres y font référence. Par exemple, le manga Conan, le détective (Meitantei Conan), manga numéro un des ventes en ce moment même au Japon, où le personnage principal est un véritable passionné de football et joue souvent avec une balle.Ceci nous montre bien que le football a réussi à rentrer progressivement dans la culture japonaise grâce à un changement de mentalité de la population.

A travers ce manga (son premier), Takahashi, véritable amateur de football et de sport en général, a permis à des millions de jeunes japonais de connaître le football et de se rendre compte de la véritable popularité de ce sport dans le monde entier. Né en 1960, il fut de la génération bercée par le succès de la sélection en 1964 et 1968 et par l’émergence des premières stars comme Kamamoto. Au fil de la série, les lecteurs vont se familiariser avec les règles de ce sport, les différents styles de jeu pratiqués et l’importance que revêtait la Coupe du monde. De l’aveu de Takahashi lui-même, le personnage principale, Tsubasa Ôzora, était un mélange des trois gloires du football japonais : Kamamoto, Okudera et Kimura.

L’influence de ce manga ne cessa de croître pour devenir un véritable phénomène de société, et parmi les très jeunes japonais, beaucoup donnèrent un coup de pied dans la balle avant de tenir une batte dans les mains. L'auteur se lança dans d'autres séries sportives [20] , mais elles n'eurent pas le succès espéré et c'est ainsi que plusieurs numéros spéciaux virent le jour. C'est en avril 1993, qu'il publia en vingt-cinq pages une histoire décrivant la rencontre entre les équipes de Hollande et du Japon deux ans après le départ du capitaine Tsubasa pour le Brésil. Après le démarrage de la J-League en 1992 il y eut un regain d'intérêt au Japon pour le football. En 1994, commença alors la série animée intiutulée Captain Tsubasa World Youth racontant les aventures des joueurs devenus professionnels qui, bien qu'ils furent dispersés  

dans différents clubs aux quatre coins du globe, se retrouvaient dans l'équipe nationale junior du Japon pour disputer le Championnat du monde junior de football. Le manga se termina par la finale de la Coupe du monde Junior, avec un match Japon-Brésil que le Japon remporta in extremis. Pour la Coupe du monde 2002 qui se déroulera en partie au Japon, il se devait de ressortir de nouveaux volumes. C'est désormais chose faite avec le premier volume de Captain Tsubasa - Road to 2002, sorti le 19 juin 2001, et où on retrouve le jeune héros Tsubasa Ôzora capitaine de l’équipe nationale nipponne.

Mais plus encore que pour sa bande dessinée, Captain Tsubasa fut connu pour son adaptation animée : le premier épisode d'une série de 128 fut diffusé au Japon le 20 octobre 1983 sur Tôkyô Terebi (la chaîne de l’émission Diamond Soccer), le dernier le 29 mars 1984. La série télévisée correspondait à peu près aux 25 premiers volumes reliés du manga. Elle fut diffusée dans plusieurs pays européens tels que l'Italie, la France et l'Allemagne et l’Espagne, mais aussi en Amérique du Sud, au Moyen Orient et en Afrique. Tsubasa est connu autour de la planète sous le nom d’Olivier, (France), Holly (Italie), Oliver (Amérique du Sud), Majid (Moyen Orient). En France, c’est sous le nom « Olive et Tom » qu’elle fut diffusée sur La Cinq dès septembre 1988, puis sur TFI dès 1991. Quelques OAV (courts métrages d’animation destinés au marché de la vidéo) furent ensuite édités dont en particulier Shin Captain Tsubasa en 1989, une série en 13 vidéocassettes racontant le fameux championnat du monde junior se déroulant sur le territoire français. Une nouvelle série animée de son nouveau manga Captain Tsubasa Road to 2002 est actuellement en préparation.

Même si la série ne bénéficiait pas d'une qualité d'animation exceptionnelle par rapport aux nombreuses autres séries sportives, ce fut l’une des rares qui marqua autant sa génération. Takahashi y était pour beaucoup, grâce à son style très personnel de narration. Sa manière complètement originale de raconter un match vu du dedans séduisit les jeunes japonais (et les jeunes du monde entier par la suite), qu’ils fussent amateurs de mangas, de sports, ou les deux à la fois. Il n'hésitait pas à tout amplifier : les dessins, le temps (la finale du championnat s’étalait par exemple sur 26 épisodes), les distances (le terrain semblait faire des kilomètres de long), pourvu que tout ceci serve un seul but : le bon déroulement de la narration et donc le plaisir maximal du lecteur ou du spectateur. Dès lors, on ne s’étonna plus de voir des joueurs, qui couraient des « kilomètres » pour atteindre les buts, faire des acrobaties spectaculaires et irréalisables et des tirs de n’importe où, le tout ponctué par des tactiques plus qu’étranges. Les mangas et les animés ont la faculté de se détacher de la réalité pour mieux s’attacher à décrire un point particulier en le démultipliant, que ce soit dans la durée ou sous toute autre forme.

     

De ce fait, le lecteur s’immerge complètement dans l’histoire, s’identifie à tel ou tel personnage, et est tenu en haleine par le suspense. Takahashi avait réussi, par ce mélange parfait, à intéresser et fidéliser un public qui n’avait, pour sa grande majorité, aucun intérêt pour le football.

Cette série fut un succès au Japon aussi bien auprès des garçons que des filles (plus pour la psychologie des héros que pour le football), à tel point qu'elle fut la première série à vraiment lancer la mode des dôjinshi同人誌 (fanzines amateurs dans lesquels les auteurs inventent et écrivent eux-mêmes des histoires basées sur leur série préférée [21] ). De plus, parallèlement au manga et à l’animé, il faut signaler l’énorme succès ininterrompu des jeux vidéo du même nom. Bien que le manga original soit terminé depuis plus de 13 ans, nous voyons régulièrement sortir des nouveaux jeux vidéo tirés de celui-ci. Au total ce sont près de dix jeux qui sont sortis entre 1988 et 2001. Ces jeux ont à chaque fois un énorme succès dans le monde entier, et même aux Etats-Unis où ils sortents sous le nom de Tecmo World Cup. Les américains ont pu faire connaissance avec Andrew (le nom américain de Ôzara) et s’intéresser par la suite au manga et a l’animé qui n’étaient pas sorti dans leur pays.

Il est certain que parmi les joueurs actuels de la sélection nippone, qui multiplient les performances remarquables (champions d’Asie, finalistes de la Coupe des confédérations), beaucoup se sont nourris de football en regardant sur Tôkyô Terebi les émissions Diamond Soccer et les aventures de ce jeune héros de manga. Mais ils rêvèrent aussi devant les performances d’un joueur bien réel, Miura Kazuyoshi, la première idole du football japonais à la fois sur le terrain mais aussi en dehors.

c) Miura Kazuyoshi, la star

Miura Kazuyoshi 三浦 知良, né le 26 février 1967, fut considéré dès son plus jeune âge comme une star en devenir du football japonais. Il commenca le football dans l’équipe de son école municipale, le Jô no uchi Football Club 城内 FC de Shizuoka en 1973. Miura fit preuve, dès son plus jeune âge, d’une grande détermination et d’une énorme ambition, voulant surpasser ses idoles, Kamamoto et Okudera. Il poursuivit ses études à Shizuoka jusqu’en 1982, date à laquelle il arrêta le lycée. Son talent éclata aux yeux de tous lorsqu’il participa, à l’âge de seize ans, au tournoi national lycéen de 1982. Mais ce fut sa dernière apparition au Japon avant un long moment, puisqu’il décida de tenter une carrière au Brésil où il espérait développer ses talents de footballeur. Il partit au Brésil pour rejoindre l’équipe junior (16-17 ans) du club professionnel de la Juventus de Sao Paulo. En 1985, il rejoignit l’équipe junior du Santos F.C, le club de l’illustre roi Pelé.

Il signa son premier contrat professionnel avec le club brésilien de Santos FC en février 1986, avec lequel il participa au championnat de Sao Paulo [22]. Mais, barré pour un poste de titulaire, il fut prêté au club de Palmeiras, avec lequel il participa à la Kirin Cup en mai de la même année. Il affronta l’équipe du Werder de Brème dans laquelle jouait la star japonaise expatriée Okudera. Ce fut un match très médiatique au Japon car il rassemblait les deux seuls joueurs professionnels japonais.

Entre 1986 et 1988, il joua au sein des clubs du Sociedade Esportiva Matsubara et Clube De Regatas Brazil (CRB), où ses performances commencèrent à être remarquées. En 1988, il rejoignit l’équipe XV de Jau qui évoluait dans le championnat de Sao Paulo, considéré comme l’un des meilleurs championnats professionnels au monde. Il inscrivit son tout premier but dans ce championnat face aux Corinthians et reçut le surnom de « Kazu » de la part de ses jeunes fans brésiliens. Il rejoignit ensuite l’équipe de Coritiba FC avec lequel il participa au championnat de l’état de Parana et le remporta. Son talent se révéla alors aux yeux des médias brésiliens qui le sacrèrent troisième meilleur latéral gauche du championnat. En 1990, il revint dans le club de Santos F.C, en tant que joueur majeur de l’équipe [23]. Après quelques années d’apprentissage, il était donc parvenu à atteindre son but : devenir une star dans l’un des meilleurs pays de football au monde. Au Japon, le nom de Miura restait néanmoins anonyme, seuls quelques magazines de football parlaient de lui, mais rien de comparable avec l’engouement des médias lorsqu’Okudera était parti jouer en Allemagne, une décennie auparavant.

Après sept années passées au Brésil, Miura retourna au Japon au mois de juillet 1990, en signant avec le club du Yomiuri FC avec lequel il remporta la Konica Cup (3 buts). La situation du football au Japon avait fortement évolué depuis son départ, le public japonais était mieux informé et plus réceptif vis-à-vis du football. Les médias se mirent à s’intéresser à ce joueur qui avait fait ses preuves au Brésil et commencèrent à faire de nombreux reportages sur « Kazu ». Sa classe naturelle, sa confiance en lui et ses talents de show-man lui valurent de nombreuses invitations sur les plateaux de télévision. Sa coiffure, ses vêtements, sa façon de parler devinrent à la mode chez les jeunes japonais.

La fédération, quant à elle, au-delà de son grand talent, vit le formidable potentiel sur le plan du marketing. Ses victoires en JSL en 1990 et 1991, ainsi que sa victoire en Kirin Cup avec le Japon en 1990, hissèrent définitivement Kazu au rang de star nationale. En 1993, alors que le championnat professionnel vit enfin le jour et que les qualifications pour la Coupe du monde commencèrent, Kazu apparut aux yeux de nombreux supporteurs japonais comme le véritable Captain Tsubasa, capable de mener le Japon à sa première participation au mondial. Mais le 28 octobre 1993, lors de la dernière journée de qualification pour le mondial, le rêve des supporteurs japonais de voir Kazu-Tsubasa emmener l’équipe nationale en Amérique, se brisa avec la défaite du Japon face à l’Irak. Cet événement, appelé « La tragédie de Doha », est encore dans toutes les mémoires.

En 1994, Kazu réalisa son rêve d’enfant lorsqu’il partit pour le club italien de Gênes et devint le premier joueur japonais à jouer en Série A, le championnat professionnel le plus difficile au monde. Mais après une saison décevante, il retourna au Japon dans le club de Verdy Kawasaki. En mai 1996, il fut le seul joueur asiatique à être appelé pour jouer dans l’all-star de la FIFA contre la sélection olympique brésilienne. Après un court passage par le club croate du Dynamo de Zagreb, Miura revint au Japon dans le club de Purple Sanga de Kyôto. Au cours de sa carrière, il reçut un nombre impressionnant de récompenses [24] .

Miura, dont la carrière n’est pas encore terminée, a inscrit en tant que joueur professionnel, plus de 250 buts dont 112 buts en J-League [25] et 56 buts en sélection nationale. Il reste sans nul doute le joueur de football japonais le plus populaire au Japon et un modèle pour tous les jeunes footballeurs. Il fut le modèle de Nakata, la nouvelle idole du football japonais et fera sans nul doute son apparition dans les instances dirigeantes du football japonais dans la décennie à venir.

d) Vers le professionnalisme, l’émergence des clubs Nissan F.C et Yomiuri

Mais retournons en arrière, pour comprendre la situation du football nippon au début des années 80. Alors que le football était devenu l’un des sports les plus populaires de la planète, il restait un sport mineur au Japon. Malgré les coups d’éclats des Jeux Olympiques de 1964 et 1968 et la venue de Pelé, la ligue amateur n’avait pas encore atteint son potentiel populaire. Elle avait certes donné la dimension nationale qui manquait au football de l’archipel. Elle avait servi de catalyseur à un public amateur du ballon rond, mais le large public restait encore indifférent. Seuls les lycéens, les universitaires et les joueurs de football, de club ou du dimanche, qui constituaient historiquement le noyau dur de ce sport, étaient des spectateurs assidus et attentifs. Le football restait peu suivi, du fait des performances médiocres de la sélection nationale.

Cependant, dans un recoin de Tôkyô, commençait un mouvement qui était annonciateur d’une nouvelle période : la naissance en 1969 du club Yomiuri, crée par la volonté de Shoriki Matsutarô, directeur du journal Yomiuri. Il faisait partie de ceux qui pensaient qu’un club de football devait, comme en Europe, être le représentant d’une région et non celui d’une entreprise. Le groupe Yomiuri possédait également le club de base-ball des Tôkyô Giants, l’un des plus grands clubs du Japon. Sans avoir éveillé un grand intérêt, le club Yomiuri qui avait commencé en deuxième division de la Ligue des Entreprises de Tôkyô, progressa lentement, pour atteindre en 1972 la deuxième division de la ligue amateur, qui venait de commencer. Ce club fut, pour les clubs actuels de la J-League, un modèle de gestion pendant plus de vingt cinq années. Son système d’enseignement cohérent démarrait à l’école primaire, en passant par le collège et le lycée, jusqu’aux équipes d’adultes. Il fut l’un des précurseurs en matière de formation avec, par exemple, l’invitation des meilleurs entraîneurs étrangers, la construction d’infrastructures et de terrains d’entraînement dignes d’un véritable club professionnel. Les jeunes joueurs purent donc, après avoir passé tous les stades de la formation, intégrer l’équipe première et faire leurs débuts dans la ligue amateur. Les joueurs de Yomiuri n’étaient pas seulement de simples salariés, ils étaient aussi étudiants ou artisans. Lorsque le club accède en première division en 1978, il remporte alors un grand nombre de titre en JSL, ainsi que de nombreuses éditions de la Coupe de l’Empereur. A la fin des années 80, l’équipe rivalisait avait celle de Nissan Automobiles FC pour la place de meilleure équipe japonaise. Le club remporta les deux dernières éditions de la JSL, devenant ainsi le club le plus titré [26] de la JSL (5 victoires en 9 ans) avec le club de Tôyô Kôgyô. Cependant la situation devint vite très difficile pour les joueurs qui n’étaient pas étudiants, car ils devaient s’entraîner le soir, après le travail. A l’approche des années 80, l’idée de passer à un statut professionnel fit naturellement son chemin. Sur sa dynamique de victoires, le club Yomiuri, devenu le Verdy Kawasaki, remporta les deux premières éditions de la J-League [27] .

Le club de Nissan suivit à peu près le même parcours que le club de Yomiuri. Le club monta les échelons successifs, depuis la Ligue du Kantô, en passant par la deuxième division de la JSL, jusqu’à la première division en 1979. Entraîné par Kamo Shû 加茂周 (futur entraîneur de l’équipe nationale), il fit rapidement sensation dans la ligue. Les années 80 furent la décennie du club Nissan F.C. au sein duquel jouèrent trois des plus talentueux joueurs de l’époque : Kimura Kazushi 木村和司 et Mizunuma Takashi 水沼貴史 et Hashiratani Tetsuji 柱谷哲二. Aujourd’hui encore, on parle des coups francs de Kimura et « une kimura » désigne aujourd’hui encore un coup franc travaillé à la limite de la surface de réparation. L’équipe Nissan était très populaire chez les jeunes qui aimaient son style de jeu, fait de vitesse et de passes courtes.

Lorsqu’en 1985, la sélection nationale échoua une nouvelle fois face à la Corée lors des éliminatoires de la Coupe du monde 1986, les responsables de Yomiuri et Nissan, où évoluaient la majorité des joueurs de la sélection, imputèrent cette défaite à la non existence d’un championnat professionnel. Sous leur impulsion, les clubs décidèrent alors de faire le premier pas eux-mêmes. La compétition amateur commença ainsi à évoluer pour ressembler de plus en plus à un championnat semi-professionnel. Une impression confirmée lorsqu’Okudera, la star de la Bundesliga, signa en 1986 la première « licence special player » (que la fédération venait de mettre en place), sorte de contrat professionnel, avec le club de Furukawa Denkô. Ce fut un nouveau pas vers l’idée d’un statut professionnel des joueurs et de la création d’un championnat professionnel. Le deuxième joueur à bénéficier de ce statut fut Kimura. L’année suivante, les clubs se virent donner officiellement le droit d’engager des joueurs professionnels. Après ces premiers contrats professionnels, beaucoup d'autres suivirent, et les équipes elles-mêmes évoluèrent progressivement vers un statut quasi-professionnel. Entre 1965 et la fin des années 80, la vision du football par le public japonais avait changé, grâce aux bons résultats de la sélection nationale à la fin des années soixante et à la création de la JSL, véritable laboratoire d’expériences, où les responsables de la fédération avaient pu remarquer son véritable impact sur le niveau de jeu, la popularité auprès d’un plus large public, et plus largement les chances de développement du football au Japon. Cette période ne fut pas inutile pour le football au Japon, car c’est durant cette période que les joueurs japonais purent progresser sur le plan technique et physique L’intérêt pour ce sport avait grandi au fil des années, en particulier chez les jeunes. A la fin des années 80, un nombre significatif de fans n’hésitaient plus à regarder jusqu’à deux heures du matin la retransmission des matchs des championnats italien et anglais. Même les équipes locales de JSL comme Yomiuri, Nissan F.C. et Mitsubishi faisaient le plein de spectateurs. L’intérêt était grandissant également du fait que la sélection allait disputer, à partir d’octobre 1993, les éliminatoires asiatiques qualificatives pour la Coupe du monde 1994. Les dirigeants de la JFA et les responsables des grands clubs voyaient là l’occasion de lancer le projet du championnat professionnel. Lorsque les athlètes professionnels furent admis pour la première fois aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984, le monde du sport japonais et le football en particulier avaient commencé à sortir de leur immobilisme vis-à-vis du professionnalisme. La création d’un championnat professionnel semblait la seule solution pour augmenter sensiblement la base de joueurs de haut niveau. A la fin des années 80, l’équipe nationale n’avait plus participé aux Jeux Olympiques depuis 1968, devenue incapable de passer les éliminatoires. La Corée du Sud restait à l’époque la référence du football asiatique, avec sa participation aux Coupes du monde 1986 et 1990.



[11] Source : http://www.ntv.co.jp/verdy/monthly/no2.html

[19] Voir le détail des titres dans l’Annexe 2.

[20] Par exemple, en 1989, Takahashi dessine Shô no Densetsu 翔の伝説, un manga sur le tennis (3 vol.). Puis Chibi, un manga traitant de la boxe (6 vol.) en 1993.En 1996, il se lance dans le manga de base-ball avec la série  Ace エース (9 vol.).Toutes ces séries n’eurent pas le succès escompté.

[21] Liste des jeux : Captain Tsubasa 1 (1988) et 2 (1990) sur Nintendo Nes, Captain Tsubasa 3 (1992), 4 (1994) et 5 sur Super Nintendo, Captain Tsubasa vs (1992) et Captain Tsubasa J sur Gameboy, Captain Tsubasa sur Sega Megadrive et Captain Tsubasa J (1996) sur Sony Playstation, Captain Tsubasa Advance: Road to 2002 (2001) sur la dernière console portable de Nintendo, la Gameboy Advance.

[22] Au brésil, la compétition de football est divisée en plusieurs championnats régionaux (les deux plus importants étant ceux de Sao Paulo et de Rio).

[25] Il fut sacré meilleur buteur de la J-League en 1996 (23 buts).

[26] 5 titres pour les clubs de Yomiuri et Tôyô Kôgyô, 4 titres pour celui de Yanmar et 2 titres pour le Nissan F.C.