QUATRIÈME PARTIE : PRÉSENT ET AVENIR

Extraits de l’article intitulé « Chronique d’un boom annoncé » [1] paru dans la revue France Japon Eco et qui montre la prise de conscience du rôle grandissant du football dans le monde des sports japonais par le gouvernement lui-même.

« En 1984, à la demande du Premier ministre Nakasone, un Conseil national des Sages nommé pour trois ans et appelé Commission ad hoc pour l’Education a engagé une réflexion sur le système éducatif japonais qui n’avait pas été réformé depuis 1947. Dans le rapport, ces derniers critiquaient les choix éducatifs des années soixante qui avaient donné la priorité au groupe sur l’individu, à la standardisation au détriment de la personnalité de chacun. […] Dans leurs recommandations, les Sages proposaient une redéfinition des tâches et des finalités de l’action éducative et donc une réforme en profondeur dont les premières mesures furent sensibles dès 1989. Parmi les nouvelles priorités du systèmes éducatifs, on en relèvera deux : « l’adaptation de l’éducation à la politique d’internationalisation culturelle du Japon » et « le développement de la personnalité et de l’individualité des jeunes ». Il s’agissait de « rompre définitivement avec les maux profondément enracinés dans l’éducation du Japon que sont : l’uniformité, la rigidité, la fermeture sur soi et le non-internationalisme ». « Il nous faut, concluait le rapport, établir des principes de dignité et de respect de l’individu, de liberté, d’autonomie et de responsabilité personnelle, et en définitive élever au rang de principe, l’importance accordée à la personnalité de chacun ». S’il était un sport répondant à cette définition, c’était bien le football qui, à la célèbre retenue qui fonde les arts et les sports traditionnels japonais, substitue l’exubérance, la créativité et l’esprit de groupe. Il développe également la capacité d’initiative et de prise de décision : autant de valeurs que le Conseil des Sages chargé de la réforme du système éducatif japonais préconisait de développer chez les jeunes Japonais pour préparer le XXIème siècle. Suite à ce rapport, le ministère de l’éducation japonaise, le Monbushô, prend le relais en novembre 1989 en éditant un rapport intitulé : «Stratégies pour la promotion du sport afin de préparer le XXIème siècle». Ce rapport soulignait l’importance des activités sportives pour l’identité et la grandeur d’une nation et pour l’équilibre social et individuel de ses citoyens. Il recommandait des mesures pour développer l’entrain sportif chez les Japonais dès le plus jeune âge en expliquant que « la pratique d’un ou plusieurs sports contribue au développement harmonieux de la personnalité et des goûts de chaque enfant, à sa capacité d’adaptation à une société changeante et à la maîtrise des aptitudes fondamentales dans l’exercice de ses responsabilités de citoyens . Ces recommandations furent progressivement mises en œuvre puisque, dès 1990, un fonds gouvernemental de 25 milliards de yen était alloué à la promotion du sport. Dans le même temps, de gros efforts sont consentis par les pouvoirs publics pour renouveler le parc des établissements scolaires dont la conception est revue de fond en comble pour tenter d’enrayer les phénomènes de violence, de suicide, ou simplement d’absentéisme. Bien entendu, ces nouvelles constructions accordent une grande place aux équipements sportifs et notamment aux terrains de football dont le nombre dépasserait aujourd’hui ceux de base-ball. Conscient de son retard sur les autres pays, notamment en matière de football professionnel, le Japon suit la même stratégie que celle qu’il avait mise en œuvre à partir de 1880 pour se moderniser : il fait appel à des entraîneurs et joueurs étrangers recrutés parmi les meilleurs du monde. Le Monbushô a parié à la fois sur l’intérêt du Japon pour le football et sur l’intérêt du football pour le Japon. Ce sport permet de développer une « personnalisation des choix » au sein d’un groupe, qui va dans le sens des réformes conduites simultanément dans l’organisation des études au collège et au lycée. Il s’est appuyé sur l’important réseau des clubs sportifs scolaires à la fois puissants et bien organisés. […]Le sport est aussi un moyen pour bon nombre d’adolescents de pouvoir rentrer dans les universités les plus réputées. Les lycéens s’investissent donc en grand nombre dans les activités de clubs sportifs. Les compétitions de football inter-établissements, qu’elles soient départementales, régionales ou nationales, ont commencé à concurrencer les rituelles rencontre de base-ball et à menacer leur impact médiatique pourtant bien établi. […]Sport collectif et donc bien adapté au tempérament japonais, le football a mis en vedette un nouveau type de réactions et de comportements chez les jeunes et des aptitudes peu valorisées jusque-là au Japon. La cohésion d’une équipe de football repose en effet sur un groupe composé de personnalités à la fois bien distinctes et complémentaires dans lequel « chacun est appelé à se distinguer et à faire connaître ses particularités » pendant toute la durée d’une rencontre. »

CHAPITRE I. La J-League

En 1988, les responsables de la JSL créèrent un comité pour étudier les différents moyens de revigorer le championnat et le football japonais. L’année suivante, la JFA accepta la recommandation du comité : établir un championnat professionnel. Après des études sérieuses et approfondies, des discussions avec différents partenaires, la Ligue Professionnelle Japonaise, plus communément appelée J-League, fut enregistrée légalement en tant qu’organisation non professionnelle le premier novembre1991. La perspective de participer à la création d’un championnat professionnel de football, le sport le plus populaire du monde et dont la dimension internationale n’avait pas d’égal, avait permis d’attirer les grands groupes industriels japonais soucieux de diffuser leur image. Le pas fut franchi le 15 mai 1993 lors du premier match officiel de la J-League, le premier championnat professionnel de football japonais.

A) Naissance de la J-League

Le premier juillet 1991, la Fédération Japonaise de Football (JFA Japan Football Association) et la Professional Soccer League annoncèrent la création pour le printemps 1993 de la première ligue professionnelle de football, la « Japan League » (J-League). Le premier novembre de la même année fut créé la « Japanese Professional Soccer League Corporation », chargée de mettre en place le nouveau championnat. Cette naissance d’une ligue professionnelle était la première depuis celle du base-ball, voilà plus d’un demi-siècle. Les organisateurs voulaient donner au football japonais les moyens de devenir compétitif sur la scène internationale et de participer à des compétitions tels que les Jeux Olympiques et la Coupe du monde, les successeurs de Kamamoto et de l’équipe de 1968 se faisant attendre depuis trop longtemps.

Lors de sa fondation, les objectifs de la J-League étaient clairs : promouvoir la culture du ballon rond dans l’archipel, renforcer et soutenir le football japonais, donner un véritable statut aux joueurs et entraîneurs, encourager le développement de stades et d’infrastructures au niveau des municipalités. Le football devait faire face au sport professionnel le plus populaire au Japon, le base-ball. Les responsables prirent des mesures en conséquence afin d’attirer de nouveaux supporters, telles que créer des équipes dans des villes de petite taille qui ne possèdaient pas d’équipe de base-ball. Au départ, les responsables pensaient créer un championnat à six équipes. Selon leurs calculs, une centaine de joueurs seulement étaient susceptibles de parvenir à un niveau professionnel, et même si chaque équipe pouvait engager trois joueurs étrangers, le nombre demeurait encore faible.

Les responsables accordèrent une grande importance aux liens que les clubs et leurs localités d’attaches devaient tisser. Il fut décidé que le nom de la localité apparaitrait dans la dénomination de chaque club et qu’à l’inverse, le nom des sociétés disparaitrait, par crainte de voir les clubs ne servir que de panneaux publicitaires. Il fut décidé que que chaque nom d’équipe serait une combinaison entre le nom de la ville et un surnom. Afin d’attirer les plus jeunes, chaque équipe choisirait une mascotte (souvent un animal) dessinée dans un style très manga. Cette politique fut très bien accueillie par les supporters.

Kawabuchi Sabûro explique dans un article sur la création de la J-League : «A mon sens c’était une mesure indispensable si l’on voulait que le football devienne un sport populaire au Japon.». Les faits lui donnèrent raison car les supporters s’identifièrent très vite aux couleurs de leurs équipes locales. Les dix équipes furent choisies non seulement sur la base de leurs performances en JSL, mais aussi sur d’autres critères comme le montant que leurs sponsors étaient prêts à investir pour devenir un club franchisé de J-League, la possession d’un stade de bonne qualité et la capacité à rassembler un nombre conséquent de supporters. L’une des surprises parmi les dix clubs fut la présence du club de Sumitomo Industrie Métallurgique [2] , club de deuxième division de la JSL. Kawabuchi explique que les responsables de Sumitomo, séduits par le projet de la J-League, firent des efforts incroyables afin d’y participer. Ils acceptèrent de construire un stade de 15 000 places comme l’exigeaient les responsables de la J-League et s’associèrent à quatre communes voisines, afin de bénéficier du soutien de la population et des entreprises locales. Kashima n’était en effet qu’une ville de 45 000 habitants et sans un soutien local, remplir le stade aurait été impossible. Le club possédait donc un sponsor fortuné, une base importante de supporters loyaux, un stade convenable et un joueur d’exception en la personne du Brésilien Zico.

Les faits donnèrent raison à Kawabuchi puisque l’équipe des Kashima Antlers (leur nouvelle dénomination en J-League) devint une grande équipe de la ligue japonaise. Elle fit sensation d’entrée en devenant vice-champion derrière le Verdy kawasaki. Elle deviendra ensuite l’équipe la plus titrée dans l’histoire de la J-League, avec trois titres de champions et de nombreuses coupes. En 2000, l’équipe réussit un triplé extraordinaire en gagnant le championnat, la Coupe de l’Empereur et la Nabisco Cup.

C’est le 5 septembre 1992 que fut donné le coup d’envoi de la Yamazaki Nabisco Cup, premier tournoi officiel organisé par la J-League et c’est le 15 mai 1993 que naquit le championnat lui-même. Ce jour-là, le coup d’envoi de la première rencontre opposant les équipes de Verdy Kawasaki et de Yokohama Marinos au Stade National de Tôkyô fut donné devant 59 626 spectateurs. Dans les tribunes, on pouvait apercevoir Dettmar Cramer, le père du football japonais moderne, sans qui ce match n’aurait peut-être jamais eu lieu. Dix équipes disputaient cette nouvelle compétition pour le titre de « champion du Japon des clubs professionnels ». En 2001, neuf années plus tard ce sont 16 équipes [3] qui disputent ce titre. La J-League a connu durant cette période de multiples transformations et réorganisations, lesquelles sont inévitables lorsqu’on crée de A à Z une organisation aussi complexe.

Les dix clubs [4] participants à cette première année de compétition venaient directement de la ligue amateur et appartenaient tous à de grandes entreprises japonaises, financièrement capables d’assurer les coûts d’une telle participation.

1) Organisation

Le conseil d'administration de la J-League, qui est composé de directeurs et de commissaires élus lors d’une réunion générale, est la plus haute autorité décisionnaire en ce qui concerne les objectifs et la politique de J-League. Sous le conseil d'administration, il y a deux comités de direction, le comité de direction J1 pour la première division et le comité de direction J2 (depuis 1999) pour la deuxième division. Les objectifs et la politique de la J-League sont décidés par les comités de direction après étude des sujets et délibération du conseil d'administration. Chaque comité de direction se compose d’un président, de directeurs avec des responsabilités spécifiques et d'un représentant choisi dans chaque club.

En plus des comités de direction, viennent s’ajouter différents comités aux responsabilités spécifiques  sous l’autorité du président de la J-League. Le conseil d’administration dirige les commissions spéciales, commissions techniques, commissions arbitrales, commissions médicales, commissions juridiques, commissions anti-dopage. Les pouvoirs et les responsabilités de chaque comité sont déterminés par le conseil d'administration.Des sociétés indépendantes, affiliées à la J-League, ont été créées pour gérer certaines zones d'activités spécifiques de la J-League et simplifier le fonctionnement de celle-ci. Les sociétés affiliées ont pour noms : J-League Pictures, J-League Photo, J-League Enterprise et J-League Safety. Par exemple, la J-League Pictures gère les droits vidéo de toutes les rencontres et possède les droits de tous les enregistrements vidéo. La J-League Enterprise, elle, s’occupe entre autres du merchandising [5] et du marketing. La J-League est donc une véritable compagnie à elle seule, créée pour développer un sport mais gérée pour faire des bénéfices. Chaque club possède sa propre mascotte, destinée à donner une identité propre au club [6] , mais aussi au développement de produits dérivés (peluches, etc..).Le championnat est divisé en deux demi-saisons distinctes dont les deux vainqueurs (s’ils sont différents) s’opposent dans un mini-championnat aller-retour pour le titre de champion du Japon. Depuis 1993, cette compétition n’a jamais cessé d’évoluer dans son organisation. Pour plus de détails sur les différentes compétitions de la J-League, nous vous conseillons de consulter l’annexe.

         2) Infrastructures

Seuls Kashima et Shimizu disposaient de stades spécifiquement construits pour la pratique du football, les autres devant se contenter de terrains pluridisciplinaires. L’une des caractéristiques de ces stades est leur relative petitesse [7] par rapport aux stades européens ou d’Amérique du Sud. Il y a plusieurs explications à la capacité « réduite » des différents stades de J-League. La première est d’ordre géographique. Il est en effet difficile de trouver au Japon des surfaces de dimensions adéquates, en particulier dans les grands centres urbains, où le nombre de spectateurs potentiels est le plus élevé. Ainsi, on peut remarquer que parmi les dix équipes participantes à la J-League, aucune ne s’est installée à Tôkyô. Les prix exorbitant des terrains au Japon ne permettant pas aux clubs d’avoir leur propre terrain, c’est grâce aux collectivités locales et aux pouvoirs publics qu’ils pouvaient exister. Tout le monde savait qu’il faudrait du temps et de l’argent avant que les clubs puissent se doter d’enceintes de premier ordre, comme en disposent ceux de base-ball.

La seconde est d’ordre économique. L’affluence, lors des matchs de la ligue amateur, n’ayant que très rarement dépassé les 3000 spectateurs [8] par match, les organisateurs de la J-League ont choisi de construire des stades de capacité moyenne. La construction de grands stades était donc risquée sur le plan de la rentabilité et beaucoup plus onéreuse sur le plan financier. Les organisateurs ont donc joué la carte de la prudence et de la modestie. De plus, ils se sont rendu compte en étudiant les autres championnats étrangers que le fait d’avoir des stades de très grande capacité comportait plusieurs désavantages. En effet, la première chose qui se remarque lors d’un match de football, avant que le coup d’envoi ne soit donné, c’est l’affluence. Lorsqu’un stade n’a pas un remplissage suffisant, lorsque ses travées sont vides, c’est toute son ambiance ainsi que tout l’enthousiasme des supporters qui en pâtissent.

Les organisateurs décidèrent donc que des stades de 15 000 places étaient largement suffisants, quitte à déplacer certains matchs phares dans des enceintes plus vastes. Lorsque les responsables annoncèrent leur souhait d’avoir des stades pouvant accueillir 15 000 personnes, les médias furent surpris et affichèrent leur scepticisme. Ils s’interrogeaient sur l’utilité d’enceintes si vastes pour si peu de supporters et aussi sur la manière dont la J-League arriverait à faire des bénéfices. Kawabuchi répondit qu’une fréquentation moyenne de 10 000 personnes leur permettrait d’atteindre leur objectif tout en espérant en son for intérieur un total d’au moins 5000 entrées. Cependant, il ne fait aucun doute que quelques mois après le début de la J-League, tout le monde regretta cette décision.

Cependant grâce à l’organisation de la prochaine Coupe du monde de football, les pouvoirs publics japonais et les clubs ont pu collaborer à la construction de stades plus vastes répondant aux critères de la fédération internationale. Le meilleur exemple est le stade de Yokohama construit pour accueillir la finale de cette Coupe du monde, un stade multi-sport, d’une capacité de 70 000 places et qui est devenu le terrain des deux équipes professionnelles de Yokohama.

Même si la plupart des stades construits pour la Coupe du monde ont pour but de devenir les stades principaux de clubs de J-League, beaucoup ne le seront que pour les matchs dit « de gala », où une forte affluence est certaine. De ce fait, des clubs disposeront de plusieurs stades, selon le nombre de spectateurs espéré pour le match. Les clubs savent bien qu’il vaut mieux un stade de 20 000 personnes comble qu’un stade de 50 000 à moitié vide, car l’ambiance, très importante aux yeux des supporters, y est complètement différente.

B) Les premiers pas

La J-League va connaître deux périodes importantes dans son développement, la première sera celle du succès, aussi fulgurant qu’inespéré, et la deuxième sera celle des remises en questions, une sorte de cap de l’adolescence, dur à franchir.

1) Un départ en fanfare

Diffusé en direct, le match d’ouverture opposant le Verdy Kawasaki au Yokohama Marinos atteignit un taux d’audience de 32,5% dans la région de Tôkyô, alors que jusque-là les meilleurs matchs de football (finale de la Coupe de l’Empereur) dépassaient rarement les 10%. La chaîne NTV (Nippon Télévision), au vu de ce résultat, décida d’annuler une émission populaire pour retransmettre le match suivant du 26 mai (Verdy-Kashima), en direct et non pas en différé comme prévu. Le standard de la chaîne CTC (Chiba Television Broadcasting) fut assailli de coups de téléphones de supporters voulant savoir pourquoi tous les matchs de l’équipe locale, JEF United Ichihara, ne passaient pas à l’écran. Elle céda à leur demande en annulant certaines retransmissions de matchs de base-ball. La moyenne annuelle de l’audience atteignit 15,8% en 1993 juste derrière le base-ball (21,5% pour les matchs des Tôkyô Giants sur la chaîne NTV).

Ce fut un véritable engouement de la part des supporters qui couronna la première année de cette ligue professionnelle. Cette véritable frénésie avait surpris aussi bien les médias japonais que ceux des grandes nations du football. Mais ce succès, même s’il dépassa les prévisions les plus optimistes, fut le fruit d’une longue et minutieuse préparation. La présence de joueurs étrangers au sein des équipes contribua fortement à cet engouement soudain des japonais pour le football. Les stars, comme Zico (voir ci contre) qui les avaient fait rêver devant la télé évoluaient maintenant sous leurs yeux. Ils étaient 46 [9] à porter le maillot d’un des 10 clubs de la J-League. Sur les 17 buts inscrits au cours des cinq premiers matchs, 13 le furent par des joueurs étrangers [10 ] .

La première année de la J-League fut un énorme succès. Sa popularité ne cessa d’augmenter au fil des mois, allant même jusqu’à surprendre [11] ses responsables eux-mêmes. L’engouement était tel que les stades affichaient complet à presque toutes les rencontres. Le talent des nombreuses stars étrangères permettait de voir des matchs très disputés, ce qui enchantait le public. Les stades étaient remplis et les supporters apportaient une ambiance incroyable. La fièvre des stades gagna également les foyers, les retransmissions battant tous les records d’audience. Certaines rencontres de J-League obtinrent de meilleurs scores que des rencontres décisives du championnat de base-ball. Les médias toujours à l’affût d’un nouveau produit, s’étaient fait surprendre par l’ampleur du phénomène. Beaucoup d’annonceurs et de producteurs de télévision qui avaient fait part de leur méfiance au lancement de la J-League, durent réviser leur jugement et se laissèrent gagner par l’enthousiasme ambiant tout en changant leur politique. Kawabuchi Sabûro explique ce phénomène :

« Les problèmes que nous avions jadis avec les médias étaient en partie liés à l’âge des dirigeants. Il y a cinq ans, quand je présidais la JSL, qui est l’origine de la J-League, la rubrique « football » de la presse sportive se contentait de donner la liste des résultats. A l’époque, on en apprenait davantage sur le déroulement des matchs en lisant un quotidien quelconque qu’en s’adressant aux revues spécialisées. Un jour où je me plaignais de cette discrimination auprès d’un journaliste de la presse sportive, il me répondit que, si lui-même adorait le football, ce n’était hélas pas le cas de ses supérieurs. Or, le football fait à présent les gros titres des journaux sportifs, et même s’il y a tout lieu de s‘en réjouir, ce revirement nous a relativement surpris par sa soudaineté. »

Les rédacteurs en chef des grands magasines sportifs étaient à l’époque issus d’une génération élevée sous la domination du base-ball et ils ne pensaient pas que l’hégémonie de ce sport puisse être un jour remise en cause par un quelconque autre sport. Des dizaines de magazines consacrés au football commencèrent à paraître, mettant un terme à l’hégémonie des magazines de base-ball. Le football était devenu le sport à la mode chez les jeunes adolescents japonais, lesquels y voyaient sûrement un moyen de se démarquer du sport de papa qu’était le base-ball. Cette popularité en était presque irréelle pour un sport qui quelques années plus tôt était un sport mineur dans le pays.

Pour cette première année, dix équipes se disputèrent le titre national. A l’issue de 45 matchs, à mi-chemin de la phase aller, les entrées se portaient déjà à 885 855 entrées, soit une moyenne de 19 686 personnes par rencontre. Cette affluence était plus que remarquable, quand on sait que les stades de la J-League avaient une capacité variant de 10 000 à 15 000 places. En fait, les matchs de gala avaient lieu dans des enceintes plus vastes, comme le stade national de Tôkyô, où ils attiraient en moyenne 50 000 spectateurs, d’où une fréquentation moyenne largement supérieure à la capacité maximale de la grande majorité des stades. Beaucoup de raisons furent avancées pour expliquer cet enthousiasme aussi délirant qu’inattendu. Pour certains, si les supporters étaient si nombreux, c’était uniquement pour goûter à l’ambiance si particulière des stades. Les supporters semblaient parfois moins préoccupés par le jeu de leur équipe que par le souci de rivaliser d’ardeur pour la soutenir. Cette ardeur se caractérisait par leurs visages peinturlurés aux couleurs de leur équipe et par leurs chants ininterrompus. Pour les supporters, venir au stade constituait une véritable occasion de faire la fête. De plus, la curiosité pour ce sport nouveau et spectaculaire semble avoir été à l’origine de cette venue en masse de supporters dans les stades. Pour d’autres, le football est le moyen de rompre avec le base-ball, sport imposé par les Etats-Unis après-guerre [12] , et de se défaire de l’emprise américaine.

Ce fut également un succès économique. Pour la J-League, les droits de retransmission télévisée rapportèrent environ 1 milliard de yens en 1993 et les recettes de publicité provenant des sponsors 1,5 milliard. Les marchés dits annexes rapportèrent encore plus : 25 milliard de yens pour les ventes de gadgets portant le label de la J-League et 95 milliards pour les produits homologués fabriqués par les sous-traitants, la J-League encaissant au total 25 milliards de yens, redistribués aux 10 clubs pour qu’ils équilibrent leur trésorerie.

Dès la fin 1993, trois des dix clubs (Shimizu S-Pulse, Gamba Ôsaka et Sanfrecce Hiroshima) présentaient des comptes excédentaires, résultat qui n’était pas espéré avant une dizaine d’années. Le fait que l’idole Miura Kazuyoshi se hisse dès 1993 à la septième place des plus gros contribuables du Japon avec un peu plus de 50 millions de yens d’impôts était aussi significatif. En octobre 1993, six mois après le coup d’envoi le J-League, le club de Verdy Kawasaki, champion en titre de la JSL disputa un match de premier tour du Championnat d’Asie des Clubs face à l’équipe Eastern, championne de Hong Kong. Les champions de Hong Kong gagnèrent le premier match 1-0 au stade Murky de Mongkok. Une victoire considérée comme surprenante pour ceux qui avait oublié que c’est à Hong Kong qu’était née la première ligue professionnelle d'Asie en 1968, 25 ans avant la J-League. Quand les joueurs orientaux arrivèrent à Tôkyô pour défendre leur mince avantage, ils débarquèrent, non pas au Japon, mais dans la J-Land. Apparemment, tout le pays avait, pour l'occasion, posé sa batte et son gant de base-ball et avait soudainement développé une passion pour le jeu en général et la J-League en particulier. Et Verdy, soutenu par le puissant et influent groupe de presse Yomiuri, était le roi du J-Monde. Le deuxième match attira plus de 44.000 fans au Stade National de Tôkyô, quelques 12 000 au-dessous de la capacité maximale mais ce fut un chiffre impressionnant vu qu’il s’agissait d’un match en pleine semaine et que Verdy était privé de tous ses joueurs évoluant en équipe nationale, ceux-ci disputant les éliminatoires de la Coupe du monde au Qatar. Quand l'autobus de l’équipe de Verdy arriva, les joueurs furent salués par une armée d’écolières hystériques. Verdy gagna le match 3-1 et se qualifia 3-2 sur l’ensemble des deux matchs. Ce fut un véritable délire dans le stade, des cris perçants, des drapeaux agités dans tous les sens. Tel était l’image de la J-League en 1993, un lancement en fanfare, une véritable fièvre en Extrême-Orient, et des fans qui en demandaient encore plus.

L’engouement pour ce sport se transposa également sur l’équipe nationale qui participait aux éliminatoires asiatiques de la Coupe du monde 1994. Le taux d’audience des matchs retransmis à la télévision atteignit 38% pour le match contre la Corée et même 48,1% pour le dernier match décisif face à l’Irak. Les Japonais étaient certains de la participation de la sélection à sa première Coupe du monde. Jusqu’alors, la sélection avait été régulièrement battue lors de ses éliminatoires par la rivale de toujours, la Corée. Les Japonais avaient fini par accepter cet état de fait : ils battaient les Coréens au base-ball et se faisaient battre au football. Mais grâce à leur nouvelle équipe de footballeurs professionnels, ils espéraient bien battre la Corée et se qualifier. Cette volonté de vaincre gagna la population tout entière au point que, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, on vit ressurgir le vieux slogan : « battre la Corée du Sud » [13] . Du coté des Coréens, leur supériorité en matière de football était une source de fierté et lorsque l’équipe nationale perdit face au Japon, dans les matchs de qualification pour la Coupe du monde, certains qualifièrent l’événement comme : « La pire humiliation depuis l’annexion de la Corée par le Japon en 1910 ». La défaite du Japon lors de ces éliminatoires marqua fortement les esprits des supporters et du public japonais en général, portant un coup important au football tout entier. Le match avait réunit 58 % des japonais devant leur écran, soit 60 millions de témoins de ce drame national.

2) Une crise profonde

Loin de son démarrage tonitruant, la J-League dut faire face dès 1996 à une très grave crise. La situation au Japon avait nettement changé durant les trois dernières années, non seulement en raison de la récession économique prolongée, mais également à cause de la désaffection pour le ballon rond et le retour en force du base-ball dans le cœur des japonais. Entre 1995 et 1996, l’affluence chuta de 26.3%, causant d’énormes difficultés financières à beaucoup d’équipes. Le phénomène de mode était passé et seuls les vrais amateurs de football remplissaient les tribunes devenue clairsemées. Les responsables japonais retrouvaient le football dans une situation à peine meilleure que celle de la période de la JSL. Seuls trois clubs résistèrent à ce phénomène, ceux de Kashima, Urawa et Nagoya, équipes pourvues d’une véritable base de supporters. Cette situation ne s’améliora guère en 1997, la fréquentation chutant encore de 25%, soit une baisse de plus de 40% en deux ans. A cette époque, même le club de Nagoya vit son stade se vider, avec une moyenne d’à peine 10 000 spectateurs. La moyenne des spectateurs par match passa de plus de 19 000 en 1994 à 11 000 en 2000. Autant dire que beaucoup de journaux prédisaient une fin prématurée de l’aventure de ce jeune championnat professionnel. Sanction immédiate de cette désaffection populaire, il n’y eut en 1997, que trois matchs retransmis en direct à la télévision, contre 30 la saison précédente et 58 en 1995.

A l’image de la bulle économique japonaise, la « bulle » de la J-League avait éclaté, la société Tosu Futurs associée à la J-League, et chargée de promouvoir cette dernière, fit banqueroute, et les clubs financièrement fragiles firent partie eux aussi des victimes. Le premier d’entre-eux fut le club de Shimizu, seul club soutenu par une municipalité et non une grande entreprise. Par un excès de dettes, la gérance du club fit faillite, obligeant la ville à trouver un nouvel investisseur.

Le club le plus durement touché fut celui des Yokohama Flugels qui disparut en 1998. La mort des Yokohama Flugels paraissait impensable trois années auparavant, lorsqu’en août 1995 le club devint le premier club japonais à remporter la Super Coupe d’Asie. Sa victoire en Coupe de l'Empereur en 1993/94 fut suivie par une victoire en Coupe d’Asie des Vainqueurs de Coupes début 1995 et, pour finir, par une victoire en Super Coupe d’Asie la même année. Les Yokohama Flugels étaient officiellement les numéros un en Asie. Le club fut fondé en 1984 par le groupe All Nippon Airways, la compagnie de construction Satô Kôgyô 佐藤工業se joignit à elle en 1992, soit une année avant le démarrage de la J-League.

Mais le climat financier difficile eut raison du club. Sato Kôgyô se désengagea en 1998, et ANA, également en proie à quelques difficultés, décida de mettre fin à l’activité du club des Flugels et de le faire fusionner avec le club rival de Yokohama, appartenant au groupe Nissan, les Yokohama Marinos. Cette nouvelle survint le même jour qu’un match de la sélection nationale qui se disputait devant 48 000 supporters au stade de Nagai à Ôsaka, le premier match du Japon depuis la Coupe du monde. Ce fut un énorme choc pour le sport japonais en général et pour les joueurs des deux clubs en particulier. Cette nouvelle était la preuve que la récession nipponne touchait tous les secteurs, y compris celui des sports. Le nouveau club s'appellerait Yokohama F-Marinos, 70% seraient possédés par Nissan et les 30% restants par ANA, l’équipe serait composée de 25 joueurs dont 18 des Marinos et sept des Flugels. L'affaire était faite, et il n'y avait aucune possibilité d’un retour en arrière. L'entraîneur allemand des Flugels, Gert Engels, expliqua que cette fusion avait de quoi rendre furieux joueurs et supporters. Il expliqua : « nous avons été mis au courant en lisant les journaux », ajoutant « nous n'avons été jamais consultés ou impliqués dans aucune des réunions, et ANA n'a jamais essayé de faire appel aux médias ou aux supporters pour sauver le club. » Le dernier match à domicile, devant plus de 13.000 supporters, se solda par une victoire 2-1 sur l’équipe des Avispa Fukuoka. Le représentant des joueurs Maeda Koji ne mâcha pas ses mots dans son discours d’adieu, expliquant qu’ils avaient été ignorés et trompés par les propriétaires. Quand le discours fut fini, les joueurs en pleurs et vêtus de noir, firent un dernier tour d’honneur, saluant les supporters lesquels agitèrent les drapeaux de Flugels. Plus tard dans la soirée, ANA confirma que les documents de la fusion avaient été signés, et qu'il n'y avait aucun retour en arrière possible. Les Yokohama Flugels faisaient dorénavant partis de l’histoire. Le groupe Yomiuri, lui aussi, après une série de désaccords avec le président de la J-League, Kawabuchi Saburô, décida d’en finir avec ses pertes et de se désengager du club, laissant à la Nippon TV les commandes du club. Les retombées furent dramatiques et les mesures financières prises par la nouvelle direction, énergiques. Miura, la star du public, chéri des médias nationaux mais qui avait déjà 31 ans, fut invité à réduire son salaire d'environ 130 millions de Yens (soit 1,1 million de dollars), sur les 160 millions (1,35 million de dollars) qu’il percevait pour 1999 et ce, après avoir déjà accepté de réduire son salaire (220 millions de yens (2 millions de dollars) l'année précédente. Miura, fier et encore confiant dans ses propres capacités, refusa et se dirigea vers l'Europe, signant un contrat de 18 mois avec le club du Croatia Zagreb pour environ 350 000 dollars. Ramos, la star du club depuis 1992 se retira à l’âge de 41 ans pour les mêmes raisons. Si la situation des champions 1993 et 1994 était désespérée, elle n'était pas unique au Japon dans ces jours de post J-Bulle, et sûrement pas la plus mauvaise.

Bellmare Hiratsuka, le club qui avait engagé Hidetoshi Nakata alors lycéen et qui le vendit ensuite à Pérouse pour 3,3 millions de dollars, était soutenu par la compagnie de construction Fujita Corporation, et demanda à ses joueurs les mieux payés d’accepter une réduction de 50 % de leurs salaires pour 1999 afin d'essayer de réduire leurs frais d'exploitation annuels de 2,1 milliards de yens (20 millions de dollars) à 900 millions (8 millions de dollars). L’effectif de l’équipe première fut réduit de 36 à 20 et la masse salariale total de 900 million à 460 millions de yens (4,15 millions de dollars). Quelques joueurs dirent non et s’en allèrent. Le joueur brésilien Wagner Lopez rejoignit le club de Nagoya Grampus Eight, le libero coréen Hong Myung-bo, celle de Kashiwa Reysol et l’ancien défenseur international Kazuaki Tasaka celle de Shimizu S-Pulse. Le salaire de Hong était le plus élevé avec 70 millions de yens (650 000 dollars) par an, juste devant Tasaka et Lopez. Jubilo Iwata laissa partir Dunga, son capitaine brésilien, champion du monde et joueur de l’année en 1997, aux 160 millions de yens de salaire (1,4 million de dollars). Les Kashima Antlers, champions en titre, laissèrent partir leur Brésilien Jorginho, joueur de l’année 1996.

Le club de Jef United Ichihara, soutenu par la société des chemins de fer de l’Est du Japon et la compagnie Furakawa Electric, dut réduire également son budget de 30% pour la saison 1999, alors qu'Avispa Fukuoka et Consadole Sapporo, relégué, augmentèrent leurs dettes de plus de deux milliards de yens (18 millions de dollars) en 1998. La récession était partout, comme le montraient les récentes études de la J-League. Seul le club de Nagoya Grampus Eight, fort du soutien de Toyota, alla à contre courant en se renforçant en vue de l’année 1999. La plupart des clubs ne s’étaient rendus compte que trop tardivement qu'ils devaient réduire leurs coûts d’exploitation pour survivre à la récession, ce qui signifiait réduire les salaires à des niveaux plus réalistes et équilibrer la taille des équipes. Si le Japon ne s’était pas qualifié pour la Coupe du monde en France, plusieurs clubs auraient sûrement mis la clé sous la porte avant les Flugels.

Voici quelques chiffres présentant la situation en 1998 :

Ventes : En 1993, l’année inaugurale, le revenu atteignit 3,6 milliards de yens (32 millions de dollars) et seulement 24 millions de yens (215 000 dollars) en 1998.

Vente de billets : En 1993, 1,13 milliards de yens (10 millions de dollars) et pour 1998, 253 millions de yens (2,3 millions de dollars), le plus bas en six saisons.

Frais administratifs : En 1993, seulement 319 millions de yens (2,85 millions de dollars) alors qu’en 1998 plus de 1,4 milliards de yens (12 millions de dollars).

Spectateurs : La moyenne de 1998 pour les matchs était de 11.982, 1.851 plus hauts que l'année précédente. La moyenne la plus élevée était de 19.598 en 1994 où la J-League était à la mode.

Sponsoring : En 1993, les contributions des sponsors de la J-League atteignaient 2,3 milliards de yens (20 millions de dollars); ce chiffre est monté à plus de quatre milliards de yens pour les dernières trois saisons.

Les droits télés ont augmenté de 1,1 milliards de yens (10 millions de dollars) en 1993 à 1,9 milliards de yens (17 millions de dollars) en 1998.

Mais cette crise n’eut pas qu’un impact négatif sur le football nippon. Les clubs durent changer leur politique et au lieu de continuer à recruter des stars mondiales vieillissantes et des entraîneurs étrangers [14] aux salaires délirants, ils se tournèrent vers le vivier local. Ils donnèrent leurs chances à beaucoup plus de jeunes joueurs nationaux qu’auparavant, ce qui ne pouvait être que bénéfique pour le football japonais et la sélection nationale en particulier. Le problème du manque d’entraîneurs de haut niveau était flagrant, et dès 1996, afin de former de meilleurs entraîneurs, un cours sur « l’art de diriger une équipe de sport professionnelle » fut créé à l’université de Tsukuba. Parallèlement, les instances du football décidèrent de mettre en place, elles mêmes, des structures qui permettraient au Japon de disposer à terme d’un gisement d’entraîneurs nationaux.

3) Développement continu

Malgré les difficultés rencontrées, la J-League continua la modification de son championnat, avec la création d’une nouvelle division, la seconde division. Il y avait deux raison principales à cette création.

Tout d’abord, le nombre d’équipes de J-League avait augmenté trop rapidement, et beaucoup d’entres elles avaient des problèmes financiers. Il y avait aussi trop de clubs de JLF qui réclamaient une chance d’accéder à la J-League. Les responsables décidèrent de résoudre le problème en une seule fois en créant la J-League 2 (J2), deuxième division qui se situerait entre la J-League et la JFL. Fin 1998, il fut décidé que les deux dernières équipes du championnat de J-League rejoindraient la J2, laquelle était composée d’équipes issues de la JFL. La première division s’appellerait désormais la J1 et la deuxième, la J2. La deuxième raison à cette création fut la volonté des responsables de continuer la politique de développement qu’ils s’étaient fixé. Dans cette deuxième division se retrouvaient les clubs voulant faire partie, dans les années futures, de l’élite. Cette nouvelle division permettait d’augmenter le nombre de joueurs de haut niveau. Avec une base de joueurs professionnels plus grande, c’est tout le football japonais qui en profitait, que ce soit la sélection nationale ou les équipes de clubs.

Avec ce championnat à deux divisions naquit le système de promotion et relégation. Ce système fut aussi un bon point car il stimulait les clubs des deux divisions, les uns pour ne pas descendre et les autres pour monter. De plus, pour beaucoup de clubs, participer dans un premier temps à la seconde division était plus facile sur le plan financier car cela représentait une sorte de marche moins grande dans l’optique d’accéder à la première division. La participation à la seconde division nécessitant des investissements et une logistique bien moindres [15] . Les deux clubs les plus mal classés de première division sont automatiquement rétrogradés en seconde division l’année suivante et remplacés par les deux meilleures équipes de deuxième division.

Mais ces deux clubs de deuxième division doivent au préalable satisfaire plusieurs critères [16] pour accéder à la division supérieure. La deuxième division qui accueille à l’heure actuelle 10 clubs pourra en accueillir jusqu’à 18 si ceux-ci satisfont également aux conditions d’entrée. Deux clubs pourront être admis annuellement. Un système de promotion-relégation est prévu avec la JFL (Japan Football League), la Ligue de Football Amateur [17] dès lors que la deuxième division aura 18 équipes. Ce changement fut dans la continuité de la volonté des dirigeants d’implanter le football dans tout l’archipel. Et pour cela, il n’avait rien de mieux que de créer une équipe professionnelle locale afin que les jeunes supporters aient envie, une fois devenus adultes, d’en faire partie.

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Organisation actuelle des divisions de football au Japon

La naissance de cette seconde division permit l’implantation de nouveaux clubs professionnels dans des régions où le football était largement absent. En effet, huit clubs de J1 sur seize étaient situés dans le Kantô. La volonté des responsables de la J-League d’étendre le football dans l’ensemble de l’archipel avait commencé à se concrétiser avec la naissance de clubs à Hokkaidô (Nord), dans les département de Yamagata, Miyagi (Tôhoku), et de Niigata (Chûbu). Il ne manquait plus guère qu’un club professionnel sur l’île de Shikoku pour que la J-League soit implantée dans tout le Japon.

L’un des symboles les plus forts de la marche en avant du football au Japon, lors de cette première année de seconde division, fut sans nul doute l’accession du FC Tôkyô à l’élite. Le club du FC Tôkyô devint le premier club implanté dans la capitale japonaise à jouer en J1. Ce nouveau club répondait à un manque évident car chaque grand championnat à travers le monde possède au moins un ou plusieurs clubs dans sa capitale. Le FC Tôkyô était un jeune promu avec une très longue histoire. Sa création remontait en effet à 1935. Ce club était celui de Tôkyô Gas, l’une des compagnies de gaz du Japon (elle fournit près de 8.5 millions de personnes). Elle resta très longtemps une équipe pour le divertissement des employés. C’est seulement à partir du milieu des années 80 que la compagnie décida de renforcer son équipe avec des jeunes joueurs talentueux issus des universités. A l’époque, l’équipe évoluait dans la Ligue de Tôkyô, mais elle fut bientôt promue dans celle du Kantô en 1986. En 1987, quelques joueurs importants, dont Ôkuma Kiyoshi 大熊清 de l’Université de Chûô (Chûô daigaku 中央大学), actuel entraîneur de l’équipe, firent leur apparition et dès 1991, le club atteignit la deuxième division de la JSL.

En 1992, le club fut invité à participer à la nouvelle Ligue de Football Amateur (JFL Japan Football League). L’équipe progressa d’année en année, pour remporter finalement le titre en 1998. L’équipe n’était pas professionnelle. Quelques joueurs, comme le Brésilien Amaral, avaient le statut professionnel, mais la majeure partie d’entre eux était des employés de la compagnie Tôkyô Gas.

De 1993 à 1997, les clubs de la JFL étaient automatiquement favorisés pour accéder à la J-League s'ils finissaient aux deux premières places. Tôkyô Gaz refusa cette possibilité tout en jouant le titre chaque année. Beaucoup de gens à Tôkyô voulaient que le club de Tôkyô Gas rejoigne la J-League car la compagnie avait assez d'argent pour posséder un club professionnel de football. Mais la compagnie hésitait à gaspiller de l'argent, voyant le club davantage comme un service rendu au public du Kantô, son bastion. Mais, en 1998, la compagnie décida finalement de se lancer dans le grand bain du professionnalisme.

Le 1er octobre 1998, le FC Tôkyô naquit et accéda à la nouvelle deuxième division de la J-League en 1999, dès sa première tentative.Cette non-présence d’un club à Tôkyô remontait à la période précédant l’inauguration de la J-League. Plusieurs clubs avaient prévu de s’installer à Tôkyô, comme Mitsubishi Motor Company et Yomiuri qui discutèrent avec les autorités locales de Tôkyô.

Mais il n'y avait aucun stade pour les accueillir excepté le stade national, que la J-League leur défendit d’utiliser en tant que « stade à la maison » (c’est-à-dire où l’équipe locale reçoit ses adversaires extérieurs), celui-ci devant rester non exclusif [18] , comme celui de Wembley à Londres. En conséquence, Mitsubishi se déplaça à Urawa dans le département de Saitama pour devenir les Red Diamonds d'Urawa tandis que le club de Yomiuri se déplaça dans celui de Kawasaki pour devenir le Verdy Kawasaki. Ce problème fut résolu avec la construction du stade de Tôkyô d’une capacité de 53 000 places, que le FC Tôkyô utilisa dès qu’il fut achevé [19] . Dès sa première saison de J-League, le club termina second de deuxième division et fut promu en première division. Le club, qui avait opté pour une politique de formation de jeunes joueurs, se renforça en faisant appel à quelques vétérans, ne voulant pas avoir des stars aux salaires mirobolants. Certains joueurs étaient déjà présents en 1992 lors de l’accession en JFL. Le club du FC Tôkyô étant né après la période euphorique de la J-League, il avait pu de ce fait tirer les leçons des erreurs commises par les autres clubs. Yutaka Murabayashi, un des responsables de la gestion du FC Tôkyô, avait projeté un nouveau type de club de J-League. Tôkyô Gas est une grande compagnie qui pouvait se permettre facilement de contrôler un club professionnel de football. Mais, afin d'être soutenu par un large éventail d’entreprises locales, ses dirigeants pensèrent que les actions du club devraient être partagés entre beaucoup de compagnies. Après beaucoup d'efforts, il réussirent à rallier plus de 185 compagnies au projet.Aujourd'hui, Tôkyô Gas possède seulement 5,1% des 583 millions de yens du capital (44 millions de dollars). Sept autres compagnies, y compris la compagnie Tôkyô Electric, possèdent 5,1%. La banque Fuji possède 4,3% tandis que la station de radio FM Tôkyô possède 2,6%. Les 175 autres compagnies sont des actionnaires minoritaires.

Ce modèle de propriété est très différent de celui d'autres clubs de la J-League, où, par exemple, 90% des parts du club d’Urawa Red Diamonds sont possédés par la compagnie Mitsubishi Motors. Cette forme de co-propriété permet d’être optimiste pour l’avenir d’un club comme le FC Tôkyô, car un petit actionnaire peut en remplacer un autre facilement, alors que dans le cas du club d’Urawa, il serait presque impossible de retrouver un investisseur capable de remplacer Mitsubishi."Nous avons demandé à de petites et moyennes entreprises des villes de Chôfu, de Fuchû et de Mitaka, situées à l’ouest de Tôkyô, de devenir actionnaires car, dès 2001, nous allons jouer au stade de Tôkyô, situé entre ces trois villes" rapporte Nobuki Kobayashi, l'attaché de presse du club. "Notre club ne survivra pas sans le soutien des résidents de ces zones. Notre modèle de gestion avec ses 185 entreprises actionnaires a non seulement pour but une gestion plus sûre du club, mais il vise également le soutien de tous ceux qui habitent à l’ouest de Tôkyô." Malgré le soutien des 185 entreprises, le budget du club n’est pas énorme.

En 1999, il atteignait les 100 millions de yens (940 000 dollars) et en 2000, quoique le club ait été promu en J1, il fut situé autour des 130-140 millions de yens (1,2 -1,3 millions de dollars), environ la moitié de ceux des grands clubs de J1 comme les Kashima Antlers ou les Nagoya Grampus Eight.

Le club est géré d’une manière rigoureuse et s'il réussit à remplir son nouveau stade, nul doute que le budget augmentera et que, par la suite, le club pourra viser le titre. En 2001, le club de Verdy Kawasaki quitta la ville de Kawasaki pour rejoindre celle de Tôkyô ( et devint le Tôkyô Verdy 1969) afin de partager le stade de Tôkyô avec le FC Tôkyô, faisant naître ainsi le premier derby tokyoïte. Pour sa première année en J1, le club finit à la septième place du championnat ce qui fut un très bon résultat laissant augurer un avenir plus que prometteur pour le premier club de la capitale.

C) Tourné vers l’avenir

1) Bilan actuel et résultats internationaux entre 1980 et 2000

Après une ascension incroyable et une chute d’autant plus vertigineuse, la J-League semble avoir trouvé depuis 1999 son rythme de croisière. Après neuf années d’existence, nous pouvons tirer un véritable bilan constructif de ce championnat. Les organisateurs peuvent se targuer d’avoir respecté leurs objectifs de 1992, ceux-ci consistant à implanter plus solidement le football sur le plan local et à renforcer le niveau des joueurs de l’élite afin de rendre la sélection nationale plus compétitive.

La création de la J-League a visiblement contribué à résoudre ces problèmes puisque le nombre de joueurs professionnels a considérablement augmenté et que la sélection progresse. Le nombre d’équipes de football et de joueurs licenciés n’a cessé d’augmenter. Selon le rapport Sports White Paper édité en 1996 par la fondation Sasakawa Sports (fondation japonaise pour le développement du sport au Japon), le football était devenu cette année-là le second sport le plus pratiqué (21,7%) chez les écoliers après le base-ball (24,9%). Ce rapport nota également que 61,3% des collèges avaient une équipe de football inscrite en compétition officielle. Dans les lycées, près de 180 000 joueurs étaient recensés. Il signala aussi que le nombre de clubs d’entreprises et municipaux avait également augmenté. Le nombre d’équipes de football avait doublé entre 1989 et 1994.

Cet intérêt était aussi présent chez les femmes. De 7 043 en 1986, le nombre de joueuses était passé à 22 237 en 1995. En 1989, le championnat féminin, devenu la L-League en 1994, avait vu le jour. Ne remportant pas le succès escompté, la L-League faillit diparaitre en 1999 par manque de sponsors. Mais elle semble aujourd'hui avoir franchit ces difficultés. L’équipe nationale féminine a par la suite gagné la médaille d’argent aux Jeux d’Asie en 1990 à Pékin et a participé aux Coupes du monde 1991, 1995 et 1999. Le football était classé au 4ème rang des sports les plus populaires du Japon. En 1999, on recensait au Japon 816 903 joueurs jouant dans 28 218 équipes, une augmentation quasi-constante dans toutes les tranches d’âge depuis 1980, avec une augmentation perceptible depuis le lancement de la J-League en 1993.

          

Mais ces chiffres sont encore loin des 4 407 000 joueurs de base-ball recensés au Japon. Malgré les nombreuses difficultés rencontrés depuis 1996, les responsables de la J-League ont continué leur programme de développement avec la création d’une deuxième division, le renforcement des liens avec les supporters, surtout les plus jeunes, à travers la mise en place d’écoles de football au sein des clubs et dans le milieu scolaire. La J-League a compris que son succès passait, comme depuis toujours, par les bons résultats de la sélection nationale.

Lors des éliminatoires pour la Coupe du monde 1998, ce fut le même engouement. Le 16 novembre 1997, pour le match décisif face à l’Iran, 10 000 supporters firent le déplacement en Malaisie, donnant l’impression d’être au Japon. Ce résultat eut même une répercussion sur l’affluence dans les stades japonais lors du championnat 1998 (voir annexe). Une fois encore l’équipe nationale était le véritable garant de la bonne santé du football national. Cette année encore, l’approche de la Coupe du monde, associée aux excellents résultats [20] de la sélection dirigée par le Français Philippe Troussier [21] , joue un grand rôle dans la hausse de la fréquentation.

Avec l’ouverture de ces nouveaux stades ultrasophistiqués dont la capacité moyenne est supérieure à 40 000 places et la remontée en J1 de deux clubs très populaires, les Urawa Reds et les Consadole Sapporo, le taux moyen de fréquentation, pour la première demi-saison de 2001, a augmenté par rapport à celui de l’année précédente. Pour cette première demi-saison, le nombre total de spectateurs a dépassé les deux millions, soit une hausse de plus de 500 000 spectateurs [22] par rapport à l’année précédente. Avec l’inauguration du stade de Toyota et du stade de Saitama pour la seconde mi-saison, les responsables de la J-League s’attendent à un total de plus de 4 millions de spectateurs cette année, soit le record depuis sa création. Pour le J-League All Star Game, match opposant les meilleurs joueurs de l’Ouest et de l’Est, ce sont 60 566 spectateurs qui se sont pressés au stade, soit le record pour un match national depuis la création de la J-League.

De plus, le succès grandissant du J-Loto, équivalent du Loto-foot en France, a également joué un rôle dans ce regain d’intérêt pour le football. En effet, la mise en place d’un jeu de paris sur les résultats des matchs de J-League a attiré de nombreux japonais, joueurs dans l’âme. Même si l’impact de ce loto ne se calcule pas en terme de spectateurs, c’est grâce à lui que les parieurs nippons ont pu s’intéresser de plus près à ce sport, une bonne connaissance des équipes étant nécessaire pour espérer gagner le gros lot.

De plus, les instances de la J-League, toujours dans cette volonté de resserrer les liens avec les supporters, ont mis en place beaucoup de services à la disposition de ces derniers. Les meilleurs exemples étant les deux sites Internet officiels de la J-League. Le premier est le site général [23] de la J-League sur lequel l’internaute trouve toutes les informations qu’il désire sur la J-League et son organisation. On trouve également les résultats des diverses compétitions ainsi qu’une multitude d’informations sur les stades, les équipes et les joueurs. Des reportages, des interviews, divers services [24] , un magazine en ligne sont également à portée de click de l’internaute. Le deuxième site [25] , du nom de J-Ole est lui consacré plus particulièrement aux deux championnats de la J-League, avec les résultats, le calendrier des matchs, les vidéos des meilleures actions et des plus beaux buts, des interviews de joueurs ainsi qu’une rubrique réservée au J-Loto. Ces deux sites sont d’une rare richesse en matière de contenu, bien meilleurs que la majeure partie de leurs homologues européens, tel que celui de la Ligue Nationale du Football Français (LNF). Cette forte présence sur le réseau mondial est aussi de rigueur pour les équipes de J-League.

Toutes les équipes, qu’elles évoluent en J1 ou en J2, possèdent leur propre site Internet, parfait outil pour le supporter. En effet, celui-ci trouvera toutes les informations qu’il souhaite comme : où acheter ses places, comment se rendre au stade, faire partie d’un fan club, acheter les produits dérivés de son équipe favorite dans la boutique en ligne. Après avoir consulté les sites des équipes de J-League, on peut une nouvelle fois s’émerveiller devant leurs qualités esthétiques et qualitatives qui feraient pâlir les plus grands clubs du globe.

Du côté des compétitions internationales, que ce soient les clubs ou la sélection nationale, on peut noter une nette progression depuis 1992 à travers leurs palmarès internationaux. L’équipe nationale, après son exploit aux Jeux de Mexico en 1968, avait sombré en matière de résultats, incapable de retrouver une génération de talents comme celle de Kamamoto, la raison pouvant être imputée à une base de joueurs encore faible à l’époque. Ce ne fut qu’à partir de 1981, lorsque Mori Keiji 森孝慈 (aujourd’hui secrétaire général de la JFA) devint sélectionneur, que l’équipe nationale revint à un meilleur niveau. Il resta à la barre pendant cinq années, et sous sa direction, le Japon devint une des meilleures équipes d’Asie. Après le départ de Mori en 1986, et après deux brèves périodes sous les entraîneurs Ishii Yoshinobu 石井義信 (1986-1987) et Yokoyama Kenzô 横山兼三 (1988-1991), la sélection fut confiée aux soins du hollandais Hans Ooft, premier entraîneur étranger de l'équipe nationale (Cramer n’avait qu’un poste d’entraîneur).

Ooft avait construit une équipe solide qui était enfin arrivée à obtenir des résultats en remportant la Dynasty Cup et la Coupe d’Asie des Nations. Hans Ooft était un technicien hors pair, digne successeur de Cramer, et qui avait apporté au jeu de la sélection des bases tactiques qui lui faisaient toujours défaut. Mais la "Tragédie de Doha" coupa son élan. L’équipe, qui disputait à Doha (Qatar) les éliminatoires asiatiques qualificatives pour la Coupe du monde 1994, fut battue dans le match décisif par l’Irak. Hans Ooft fut alors démis de ses fonctions, une année après son arrivée. Le Brésilien Paolo Roberto Falcao prit la suite, mais son ignorance totale du football japonais et de ses joueurs (à la différence de Ooft qui avait entraîné des équipes de JSL) eut très vite raison de lui.

En 1994, la fédération décida de nommer un entraîneur japonais, et c’est Kamo Shû qui fut nommé. La carrière de Kamo à la tête de la sélection ne dura que trois années au cours desquelles il obtint des résultats satisfaisant. Mais, lors des qualifications pour la Coupe du monde 1998, les faibles prestations de son équipe, le danger d’une nouvelle non-qualification et sa mauvaise entente avec certains joueurs lui coûtèrent son poste.

Il fut remplacé par son adjoint, Okada Takeshi 岡田武史. Okada décida de faire le ménage et écarta de nombreux joueurs qu’il considèrait comme des agitateurs. Parmi ces joueurs se trouvait Miura Kazuyoshi, l’idole des supporters. L’équipe réussit nénamoins à se qualifier pour sa première Coupe du monde. Mais lorsqu’elle revint de France sans une seule victoire, Miura et les autres joueurs écartés qui avaient le soutien des supporters et de personnages haut placés au sein de la JFA, obtinrent le limogeage d’Okada. Okada avait pu justifier ses choix tant qu’il gagnait, mais avec cette première Coupe du monde ratée, il n’avait plus aucun appui.

La fédération décida alors de confier la sélection au Français Philippe Troussier, réputé pour avoir dirigé de nombreuses sélections africaines dont le Nigeria et l’Afrique du Sud avec lesquelles il avait obtenu de nombreux succès. Le Japon se distingua également dans les compétitions amicales comme la Dynasty Cup et la Kirin Cup [26], remportant 9 trophées sur 15 possibles en l’espace de 10 années. La dernière édition de la Dynasty Cup ayant réuni près de 70 000 supporters nippons au Stade International de Yokohama.

En ce qui concerne les performances des clubs sur le plan international durant cette période. En 1992, une année avant le démarrage de la J-League, les joueurs de la JSL menaient depuis quelques années déjà une carrière quasi-professionnelle, même s’ils n’en avaient pas tous le statut. De ce fait, le niveau des équipes s’était sensiblement amélioré et les premiers résultats arrivèrent. Les plus gros clubs tel que Furukawa Denkô et Yomiuri remportèrent respectivement en 1987 et 1988 la Coupe des Clubs Champions d’Asie [27] , trophée que remporta également l’équipe de Jubilo Iwata en 1999. En 1992 et 1993, le club de Nissan remporta la Coupe d’Asie des Vainqueurs de Coupes, imité en 1995 par le club des Yokohama Flugels et en 2000 par celui des Shimizu S-Pulse. En 1995, un club japonais remporta pour la première fois le plus haut trophée des clubs d’Asie, la Supercoupe d’Asie [28]. Il s’agit du club des Yokohama Flugels, aujourd’hui disparu (voir plus haut). En 1999, le club de Jubilo remporta à son tour ce précieux trophée. Ces résultats internationaux firent ressortir deux points essentiels. Premièrement, l’effet indéniable de la J-League qui avait permis au football national de se renforcer. Les clubs possédaient maintenant de bons joueurs étrangers et avaient fait venir des entraîneurs réputés comme le Français Arsène Wenger. Cette politique avait coûté des millions de yens et leur permit de rafler plusieurs titres continentaux. Après la crise, ils s’investirent dans la formation de jeunes joueurs nationaux talentueux comme Nakata, ce qui fut également payant. De plus, les arrivées à la tête de la sélection d’entraîneurs étrangers tels que Ooft et Troussier avaient pu apporter la rigueur et le savoir-faire européen. L’équipe nationale est tellement importante aux yeux des supporters que l’actuel entraîneur, Philippe Troussier, est devenu tout naturellement une star au Japon. Même si ses relations avec la fédération sont parfois tendues, les résultats de la sélection ont suffi à faire de lui, aux yeux du public nippon, le messie tant attendu à l’aube de la Coupe du monde.

2) Les Projet pour la deuxième décennie (2003-2013)

Un nouveau projet de développement est prévu dans le cadre du lancement du nouveau plan décennal de la J-League qui commence au début de l’année 2003. Ce plan est mené par un comité composé de six membres issus de la JFA et de clubs de J-League et de quatre experts extérieurs. Mitsunori Fujiguchi, directeur de la J-League, en sera le responsable. Le comité s’est vu donner trois objectifs pour l’avenir du football japonais : renforcer le football japonais en formant des joueurs professionnels de classe mondiale ; former des personnes autonomes pour une éducation équilibrée des jeunes ; la formation de personnes qui pourront communiquer le plaisir du sport au sein de la communauté pour la promotion des sports régionaux. Dans cette optique, le comité a pour but en ce qui concerne la catégorie d'âge entre 6 et 7 ans : le développement des joueurs de chaque catégorie d'école; la construction de liens avec les écoles, les gouvernements locaux et la communauté; renforcer les infrastructures, la stimulation et la formation des entraîneurs.

Dans ce projet, s’inscrit tout particulièrement un projet de formation des jeunes joueurs (Senshu Ikusei Project 選手育成プロジェクト). Selon le règlement, toutes les équipes J1 doivent posséder une équipe dans chaque catégorie d’âge (moins de 18 ans, moins de 15 ans et moins de 12ans), mais la J-League a décidé d’aller plus loin en développant dès maintenant le sport parmi les enfants encore plus jeunes afin d'élever le futur niveau de jeu japonais. C'est un projet que l’on pourrait appeler « pépinière du football ». Le football pour les jeunes est déjà bien développé dans beaucoup de pays européens. Selon les spécialistes, c’est entre 8 et 12 ans que se situe l’âge d'or pour développer des qualités physiques et mentales chez les enfants; c'est une période importante pour leur futur de joueurs et d’être humains. Dans la période précédent cet âge d’or, les enfants peuvent également apprendre beaucoup, comme par exemple déplacer leur corps dans le jeu. La J-League veut favoriser dès maintenant le développement des jeunes, à partir de l’école primaire jusqu’à l’âge de 18 ans. L'idée est que chaque club possède des équipes, d’environ 15 joueurs chacune, de chaque tranche d’âge entre 7 et 17 ans, afin de développer chez ces jeunes joueurs des qualités bien supérieures à celles de leurs aînés.

Selon les responsables du projet, le but est également de donner aux enfants le soutien et les conseils qui ne peuvent pas toujours être fournis dans leur éducation à l'école, pour les aider à grandir en tant que membres à part entière de la société, qu'ils continuent dans le football ou pas. La J-League doit, naturellement, gagner une reconnaissance sociale totale pour ces « pépinières du football » afin d’implanter le football et d’établir des relations humains nécessaires dans la communauté.

La J-League a fait également attention à ne pas provoquer l'hostilité d'autres sports en plaçant le football sur un piédestal. Le point important est de travailler étroitement avec tous les sports locaux afin de maximiser les occasions qu’ont les enfants de se développer. Pour mener à bien ce projet, il faut également développer la formation des entraîneurs de jeunes partout au Japon. Il y a déjà des entraîneurs talentueux mais un nombre beaucoup plus élevé est nécessaire à ce projet. De plus, il y encore un manque de connaissances évident sur la manière d’entraîner les enfants venant de d'école primaire. La J-League considère donc la formation des entraîneurs de jeunes enfants comme l’une de ses priorités.

Ce projet de pépinière du football est donc destiné aussi bien aux enfants qu’à leurs entraîneurs, avec pour but de stimuler ce sport au Japon. La J-League a déjà pris les devants en organisant, durant le Golden Week [29] , une opération spéciale intitulée « 2001 Family Join Days », dont le slogan est « Kazoku de Join ! Stadium e Join ! » (Venez en famille, venez au stade). Cette opération, sorte de porte ouverte des stades, a permis aux enfants de rencontrer des joueurs et de se faire photographier avec eux et les mascottes des clubs.

Les familles pouvaient visiter le stade et participer aux diverses activités ludiques mises en place et dont le ballon rond était le thème principal. Les enfants furent les rois de ces manifestations qui remportèrent un franc succès [30]. Le maître mot de l’avenir pourrait donc se résumer comme suit : « famille, enfants et parents ». L’avenir du football réside dans sa capacité à s’implanter durablement dans la culture sportive des jeunes japonais. Les efforts déployés par la J-League et la fédération vont dans ce sens, et la deuxième décennie sera certainement décisive. Ils doivent profiter de l’organisation de la Coupe du monde au Japon pour attirer les jeunes enfants vers la pratique de ce sport. Une place en quart de finale de la Coupe du monde serait d’une aide primordiale, car un exploit de la sélection pourrait déclencher un nouveau « soccer boom » semblable à celui de 1964, à la différence près que les responsables du football japonais d’aujourd’hui sauraient comment l’exploiter.

Pour préparer la Coupe du monde 1998, le Japon s’est doté en 1997 d’un camp d’entraînement. Situé à Fukushima, ce complexe du nom de J-Village [31] est comparable au modèle allemand de Sportschule. Ce J-Village est né d’une entente [32] entre la fédération japonaise, la J-League, le département de Fukushima et la compagnie Tôkyô Electric. Il comprend un stade, plusieurs terrains d’entraînement, un hôtel, un centre de convention, un musée consacré au football. En plus d’accueillir toutes les sélections nationales, les clubs de J-League, de JFL, d’universités et de lycées lors de leurs préparations, il organise des stages de football pour toutes les classes d’âge. Le J-Village organise aussi des stages de formation d’entraîneurs, de préparateurs physiques et d’arbitres. Dans l’avenir, les responsables souhaitent créer une école de football avec des entraîneurs en poste en permanence pour former les jeunes joueurs locaux et nationaux.

La J-League est donc encore en quête d’une véritable identité culturelle, cherchant à implanter les racines du football dans la culture des jeunes japonais, seul moyen de faire de ce sport celui du nouveau siècle. Après un début fulgurant et une chute retentissante, la J-League semble avoir passé le cap le plus difficile de son existence et espère une bonne Coupe du monde de la part de la sélection nationale afin de s’imposer comme le sport n°1 du Japon sur le plan international et national.

CHAPITRE II. La Coupe du monde 2002, un pari audacieux

Le 31 mai 1996, la FIFA annonça sa décision de confier l'organisation du Mondial 2002 au Japon et à la Corée, une décision sans précédent dans l'histoire de la Coupe du monde. Là où le Maroc n'avait pas réussi à entamer l'alternance Europe-Amérique en 1994 et 1998, les deux pays asiatiques y parvinrent.

L'idée que le tandem Corée-Japon accueille le mondial 2002 de football était du ministre nippon des affaires étrangères de 1994, Kono Yôhei 河野洋平, désireux « d’entreprendre quelque chose conjointement avec la Corée ». Le dirigeant japonais considérait qu'avec cette proposition, son pays et l'Asie avaient un maximum de chances d'être choisis. Grâce à sa puissance économique, le Japon n'avait aucun souci à se faire au moment de sa candidature. Mais ses dirigeants avaient certainement estimé que leur football, présent pour la première fois à un Mondial en France n'était pas renommé par rapport à celui des Coréens qui avaient participé à l'épreuve à cinq reprises (1950, 1986, 1990, 1994 et 1998). L'alliance avec la Corée donnait, sans aucun doute, plus de crédit et d'atouts à la candidature.

Cette organisation est d’une importance majeure, la meilleure preuve en est l’attitude de la famille impériale. Leurs Majestés l’Empereur et l’Impératrice du Japon ont assisté à la demi-finale de la 79ème Coupe de l’Empereur, opposant les équipes de Nagoya Grampus Eight et Kashiwa Reysol, au Stade National de Tôkyô, le 26 décembre dernier. Son altesse, le Prince Takamado 高円宮憲仁親王 (Takado no miya Norihito Shinnô), président honoraire de la Fédération Japonaise de Football, et la Princesse Takamado étaient également présents. C’était la première fois qu’un Empereur assistait à un tel événement depuis le match entre les sélections de l’Est et de l’Ouest, qui s’était déroulé le 3 avril 1947 sous les yeux de l’Empereur Shôwa. Selon les dires du président de la JFA, Okano Shun-ichirô, « l’Empereur s’est montré un spectateur attentif et averti et a souligné que la Coupe du monde 2002 serait très importante pour l’amélioration des relations nippo-coréennes. ». [33].

Cet événement revêt une signification toute particulière car il constitue une série de "premières" : ce sera en effet la première Coupe du monde organisée conjointement par deux pays, la première Coupe du monde en Asie et enfin la première Coupe du monde du XXIème siècle. C’est un pari audacieux de la FIFA et de son président, Joseph Blatter, lorsqu’on sait que les deux pays entretiennent, depuis le début du XXème siècle, des rapports conflictuels. Le Japon et la Corée du Sud sont déjà confrontés à la complexité d'organiser ensemble un événement d'une telle ampleur alors qu'ils sont séparés par une mer, ne parlent pas la même langue et doivent surmonter des décennies de tension et de méfiance.

Si la compétition se déroule bien, on ne manquera sûrement pas de souligner qu’une fois de plus, le football a joué un rôle de conciliateur politique qu’aucune autre organisation mondiale n’a jamais pu tenir jusqu’ici. Mais si au contraire, le déroulement de l’épreuve devait être perturbé par les rivalités entre les deux frères ennemis, les détracteurs de tous bords ne se priveraient pas d’évoquer l’absurdité de cette décision. La Coupe du monde 2002 revêt donc une importance extra-sportive de premier ordre, et il ne fait aucun doute que le Japon et la Corée, conscient d’être sous le regard du monde entier, feront abstraction de leurs dissensions le temps de cette épreuve.

A) Organisation

Le 1er décembre 2001, soit peu après les derniers matchs éliminatoires prévus début novembre, on procèdera à Pusan (Corée du Sud) au tirage au sort de la phase finale. Les trente-deux équipes seront alors réparties en huit groupes de quatre. Les 32 équipes qualifiées, dont la France, vainqueur en 1998, seront réparties en huit groupes de quatre équipes. Les équipes têtes de série seront désignées en novembre 2001 une fois les qualifications achevées. On sait d'ores et déjà que le Japon et la Corée du Sud, pays hôtes, seront de celles-ci. Le coup d'envoi de la Coupe du monde sera donné le jeudi 31 mai 2001 à Séoul et la finale se déroulera le samedi 30 juin à Yokohama au Japon.

L’organisation de la Coupe du monde de ce nouveau millénaire a été confiée à deux comités d’organisation, le JAWOC (Japonais) et le KOWOC (Coréen). Le choix par la FIFA de la co-organisation "avait soulevé un certain scepticisme", rappelle Yamaguchi Kô 山口光, porte parole du Comité d'organisation japonais (JAWOC). Mais, assure-t-il, "le JAWOC et le KOWOC ont réussi à créer une relation extrêmement ouverte et franche. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de difficulté que nous n'ayons été capables de surmonter".

La Coupe des Confédérations, qui s’est déroulée en juin 2001 en Corée et au Japon, réunissant la meilleure équipe de chaque continent, a permis de jauger les deux comités d’organisation et de mettre à l'essai les nouvelles infrastructures qui seront à la vue du monde entier l'an prochain. Peut-être n’a-t-elle d’ailleurs servi qu’à cela, l’intérêt sportif ayant été des plus limité. A ce niveau-là, de l’avis de tous les observateurs présents sur place, on est encore très loin de la perfection. Outre un article assassin de Soccer Magazine sur l’attitude japonaise [34] , les plus gros points d’interrogation portent surtout sur les transports et la logistique. A Kashima, près de Tôkyô, il y eut de nombreux problèmes d’embouteillages, de nombreuses personnes préférant leur voiture au transport public. Les liaisons entre les deux pays sont assez bonnes en théorie : moins de deux heures d’avion en moyenne. Mais l’éloignement des aéroports des centres-villes et les difficultés de circulation allongent considérablement les temps de trajet. La communication entre les officiels a posé problème du fait que peu d’entre eux parlaient une langue étrangère. Les conditions météorologiques n’ont pas manqué de susciter également une polémique. Comment a-t-on pu choisir d’organiser une telle compétition dans deux pays touchés par la mousson à cette époque ? Telle est la question qui hante tous les observateurs qui auraient préféré un déplacement des dates. Heureusement, les pelouses et les stades en général ont donné entière satisfaction. Il faut également se souvenir qu’à un an de la Coupe du monde en France, beaucoup s’interrogeaient sur les capacités d’accueil et sur l’engouement des Français pour l’épreuve.

Une autre crainte porte sur les effets de la récession économique [35] qui a lieu depuis 1998, mais les deux pays ont fait face et ont continué activement leurs préparatifs, chacun accueillant 32 des 64 rencontres au programme. Quoiqu’il en soit, il semble bien que les difficultés rencontrées au Japon et en Corée du Sud mettent un terme définitif à cette première

expérience de co-organisation. En effet, c’est une double logistique très lourde qu’il a fallu installer, les anicroches entre les deux comités ont été nombreuses [36] et les pays participants ont exprimé leur inquiétude sur le fait de devoir changer de pays en cours de compétition. Mais le véritable bilan ne pourra être tiré qu’au terme de la compétition, et d’ici là le Japon et la Corée feront tout pour être irréprochables.

 1) Sports et politique : relation nippo-coréennes

Pour bien saisir toute la difficulté de cette co-organisation, il ne faut en effet pas oublier que le Japon a occupé la Corée du Sud pendant une bonne partie du XXème siècle (1910-1945). Même si elle tend à diminuer, et cette Coupe du monde n’y est pas pour rien, la tension entre les deux nations est encore bien présente. On n’efface pas comme cela des générations de conflits. Mais, depuis l'arrivée au pouvoir du président Kim en 1998, les relations entre les deux pays se sont considérablement réchauffées. Et la réconciliation définitive pourrait être symbolisée par la première visite en Corée du Sud de l'Empereur japonais Akihito (Akihito tennô 明仁天皇), que Séoul veut symboliquement accueillir avant le Mondial. Il sera d'un grand intérêt de voir si l'Empereur du Japon Akihito assistera à la cérémonie d'ouverture à Séoul, considérant que c'est une pratique courante pour les dirigeants des pays organisateurs d'assister au match d'ouverture. Ce serait la première fois qu'un Empereur japonais se rendrait en Corée depuis la fin de l’annexion japonaise. La présence du dirigeant nord-coréen Kim Jong Il lors de la cérémonie d'ouverture est une autre possibilité intéressante.

En avril dernier, Chung Mong-joon, président du Comité d'organisation coréen de la Coupe du monde, a invité le dirigeant nord-coréen à assister au match d'ouverture. M. Chung envisage également d'inviter d'autres dirigeants asiatiques, désireux de faire de Séoul le centre mondial et du football et de la diplomatie au cours de l'été 2002. L’organisation de la Coupe du monde est l’occasion, forcée diront certains, pour les deux pays, ennemis jurés il y a peu, de coopérer à la réalisation d’un projet commun. Depuis lors, les rapprochements, fortement médiatisés, ne cessent de se multiplier. En voici quelques exemples.

Un ouvrage appelé "Together" a été publié le 24 mai par l’éditeur Kodansha au Japon. Il contient une série de lettres échangées entre Hong Myung-bo, une star coréenne de la J-League, et Hidetoshi Nakata, son pendant japonais. Les deux joueurs étaient des coéquipiers il y a plusieurs années au sein du club de Bellmare Hiratsuka. Les teneurs des lettres sont intéressantes pour les fans de football mais aussi pour les autres car Hong y décrit les difficultés qu'il a éprouvées lorsqu’il est arrivé au Japon pour la première fois. Le titre de la publication provient d'une banderole sur laquelle était écrit "Allons en France ensemble" et qui avait été brandi par un supporter coréen en novembre 1997, lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde entre le Japon et la Corée.

Les « Red Devils », supporters de l’équipe nationale coréenne, et leurs homologues japonais, les « Ultra Nippon », ont enregistré un CD ensemble au stade d'Anyang, à 15 kilomètres de sud de Séoul, le 11 avril dernier. Les deux groupes ont en effet accepté d’enregistrer conjointement un CD où ils chantent le « A-Match Theme Song » (l’hymne officiel de la FIFA). L'enregistrement a eu lieu après un match professionnel de football et les membres des deux groupes ont eu plaisir à se joindre les uns aux autres pour la première fois.

L’affiche officielle est également l’œuvre d’une coopération nippo-coréenne, réalisée par deux calligraphes renommés, Byun Choo Suk et Hirano Sogen. Chacun utilisant ses propres pinceaux mais partageant la même feuille a dessiné un nombre égal de traits qui furent ensuite scannés et mis en couleurs. L’entente des deux pays organisateurs, semble s’être cristallisée sur l’événement de la Coupe du monde. Les deux pays savent qu’ils seront sous les yeux du monde entier pendant un mois et qu’aucune friction venant gâcher l’événement ne saurait être tolérée. De plus, la Coupe du monde est perçue pour certains comme l’occasion de normaliser définitivement les relations politiques entre les deux pays, après les premiers pas effectués par le japon durant ces dernières années, mêmes si de nombreux points de frictions demeurent.

 

2) Les 10 stades 

Le match d'ouverture est prévu à Séoul et la finale à Tôkyô, les demi-finales auront lieu en Corée. Durant la compétition, vingt localités, dix japonaises et dix coréennes, accueilleront les 64 matchs de l’épreuve. Deux ans et demi avant la Coupe du monde 2002, le stade de Yokohama et ses 70 000 places était déjà prêts à accueillir les deux équipes de la finale. Mais dans le reste du Japon et en Corée du Sud, les pelleteuses, grues et marteaux piqueurs s'activent sans répit. Les vingt stades devraient être terminés dans les délais, affirment les organisateurs. Le dôme de Sappôro sera le plus révolutionnaire avec sa pelouse naturelle amovible. "Nous aurons tout notre temps pour mettre la dernière couche de peinture", assure Yamaguchi Kô 山口光, porte parole du Comité d'organisation japonais (JAWOC).

Les deux pays, jeunes terres de football et premiers pays à co-organiser une Coupe du monde, ont vu grand avec dix stades chacun pour accueillir les 64 matchs prévus. Leur construction représente un énorme pari financier alors que la crise financière de 1997 a fragilisé les deux économies et que la rentabilité des vastes enceintes semble incertaine une fois la compétition terminée. En Corée du Sud, « la construction se déroule également dans les délais » et environ un quart des travaux a été effectué, indiquent les organisateurs. La France, championne du monde, débutera la compétition dans le stade de Séoul, dont les 62000 places seront prêtes en décembre 2001. C'est Yokohama, deuxième ville du Japon, qui tout en faisant partie de l'agglomération de Tôkyô se prépare à devenir le véritable cœur de la Coupe du monde. Le grand port international recevra en effet la finale mais aussi le Centre des médias, lieu stratégique d'où partiront images, textes et photos. Une des particularités de la compétition est le fait qu’il n’y aura aucun match à Tôkyô. Yokohama et ses 3,5 millions d'habitants ne cachent guère leur satisfaction de damer ainsi le pion à sa voisine Tôkyô, laissée de côté par les organisateurs puisqu'elle n'accueillera pas un seul match. "C'est une excellente opportunité pour nous d'être davantage reconnue comme une grande ville sur la scène internationale", se félicite le maire, Takahide Hidenobu 高秀秀信.

De plus, Yokohama peut se préparer tranquillement. Car son stade a été terminé en 1997 pour un coût de 60 milliards de yens (570 millions d'euros). Malgré la présence d'une piste d'athlétisme, qui éloigne les spectateurs de la pelouse, il a été préféré pour la finale à celui de Saitama, à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Ce dernier, d'une capacité de 63 000 places, surprend avec ses belles formes ovales qui s'élèvent peu à peu au milieu des rizières et des petites routes de campagne. Il accueillera une demi-finale, avec un stade sud-coréen, comme lot de consolation. Les stades lancés, les organisateurs se penchent sur "les nombreux autres problèmes logistiques à résoudre, comme les accréditations, le transport ou la billetterie" a indiqué M. Yamaguchi.

                

Le « fleuron » des stades construits au Japon est sans nul doute celui de Sapporo. C’est en effet une véritable démonstration de technologie que les ingénieurs et architectes nippons ont réalisée. Il s’agit d’un stade couvert de 40 000 places, un dôme, dont la pelouse est en herbe naturelle. Le dôme surnommé « Hiroba » est en réalité composé de deux terrains, l’un couvert par le dôme, l’autre à l’air libre (servant de terrain de base-ball). La pelouse du terrain extérieur peut, grâce à un système des plus complexes, rentrer dans le dôme et offrir aux joueurs des conditions parfaites en toutes occasions. (Pour voir une animation ciquez ici

Les dix stades construits doivent devenir (certains le sont déjà), après la Coupe du monde, les stades des clubs résidants. Cette épreuve a donc permis de construire des arènes modernes et plus vastes pour des clubs de J-League (division 1 ou 2) qui n’auraient, de toute façon, jamais pu trouver les subventions nécessaires pour leur construction. Ces dix nouveaux stades peuvent accueillir en moyenne 49 650 spectateurs. De plus, tous ces stades ont été construits dans un souci de devenir des complexes multisports. Sur ces sites, nous retrouvons le plus souvent des pistes d’athlétisme, des terrains de tennis, des piscines, des terrains de base-ball et de rugby. Ils ont été édifiés dans l’optique d’une utilisation future, non seulement par les clubs de football ou de rugby, mais aussi pour les tournois des écoles, lycées, universités et clubs sportifs environnants.

3) Les Mascottes

Le 12 septembre 1999, le Japon et la Corée surprirent fortement la presse internationale en présentant les futures mascottes de l’épreuve, les Atmos [37] , trois personnages extra-terrestres, réalisés entièrement en 3D et dont le concept tourne le dos aux mascottes des précédentes Coupes du monde, comme Footix en France en 1998. « Nous pensons que le Mondial 2002 sera un événement totalement nouveau, parce que deux pays le co-organisent, et nous avons donc choisi un style de mascotte totalement nouveau », expliquèrent les responsables de la société Interbrand, chargée du projet. En effet, en choisissant ces mascottes, le Japon et la Corée du Sud avaient abandonné leurs symboles nationaux pour innover totalement. Le Mondial 2002 sera donc animé par trois personnages rappelant ceux des dessins animés japonais et destinés à plaire principalement aux enfants. Un court film d’animation mettant en scène les trois héros a même été produit par les organisateurs afin de promouvoir l’événement et de lancer l’opération marketing (les mascottes sont présentes sur plus de 300 produits dérivés).

Le principal héros est le Grand Leader Atmos, le plus grand des personnages, d'une couleur or translucide. Portant deux cornes et un ballon au bout de ses doigts, « il enseigne à tous les élèves de l'Académie Atmo et est le fils du roi de l'Atmozone », un monde imaginaire au milieu des nuages, selon la plaquette de présentation. Il doit relever « le plus grand des défis »: aller sur terre et créer l'ambiance de la Coupe du monde 2002. Deux jeunes Atmos, violet et bleu clair, aux grands yeux rieurs, décident de descendre également sur la terre. C’est ainsi que leurs aventures peuvent commencer.

Ces mascottes ont pour principale cible les jeunes, traditionnellement avides de dessins animés. Cette démarche ressemble à celle de la J-League dont tous les clubs possèdent une mascotte de ce type. La politique de developpement du football chez les jeunes japonais est donc également omniprésente dans ce mondial.

A Séoul, où une cérémonie similaire se déroula, Choi Chang-Shin, secrétaire général du Comité d'organisation sud-coréen expliqua que les Atmos "bénéficiaient de mystérieux pouvoirs pour provoquer l'enthousiasme du public au cours des matchs". Il indiqua également qu'un grand concours international serait organisé pour donner des noms plus personnels aux trois mascottes, ce qui fut fait en mai 2001. Elles furent baptisées Nik, Kaz et Ato [38] et seront, à partir de décembre prochain, les héros d'une série de vingt-trois dessins animés d'une demi-heure chacun, diffusés dans le monde entier. Prés de 400 produits, divisés en 30 catégories, portant le logo de la Coupe du monde 2002 et/ou à l’effigie des mascottes ont été créés et seront vendus dans les boutiques officielles de la Coupe du monde, situées près de chaque site, ainsi que dans les autres grandes villes japonaises.

B) Prémices d’un succès

Pour commencer, voici quelques chiffres :

- 3,5 millions de spectateurs attendus (dans les 2 pays)

- 41 milliards de téléspectateurs (cumulés) (37 milliards en 1998 en France)

Bien qu’on ne puisse jamais présager de l’avenir, il semble que la Coupe du monde 2002 parte sous les meilleurs auspices. En effet, les organisateurs prévoient quelques 3,5 millions de spectateurs dans les deux pays, ce qui laisse augurer des recettes encore jamais atteintes par le tourisme local. 41 milliards de téléspectateurs sont également attendus devant leurs écrans, et ce malgré le décalage horaire, afin d’assister aux 64 matchs de la compétition, soit une hausse de 4 milliards de téléspectateurs par rapport à l’édition précédente.

En plus de sa place de finaliste lors de la Coupe des Confédération, le Japon a pu constater les excellents taux d’audiences réalisés : 25% de part de marché, alors qu’au même moment les matchs du club de base-ball Yomiuri Giants (souvent cités comme référence en matière de taux d’audience) ne dépassait pas les 11%. Ce qui renforce l’idée qu'un match de l’équipe nationale, que ce soit celle de football ou d’un autre sport, est bien plus importante que toute autre compétition nationale. Le 14 juin 1998, le match de la Coupe du monde opposant le Japon à l'Argentine, avait rassemblé 12 549 000 téléspectateurs sur la seule région du Kantô.

Les chaînes japonaises espèrent bien réaliser de nouveaux taux d’audience records durant l’événement dont les droits de retransmission au Japon ont été divisés en deux. D’une part un consortium public, composé de la chaîne NHK et de plusieurs autres chaînes commerciales. D’autre part le géant de la télévision payante par câble et satellite, Sky Perfect TV. Le consortium diffusera 40 matchs dont le match d’ouverture, les matchs de la sélection japonaise, les demi-finales et la finale. Sky Perfect TV diffusera, quant à lui, l’intégralité des 64 matchs. On peut également présager du succès populaire de cette Coupe du monde auprès des japonais en voyant l’empressement d’un grand nombre d’entre eux pour se porter volontaire dans l’organisation ou pour se procurer un billet.

1) Le volontariat

Le recrutement de volontaires est indispensable à la bonne organisation d’un tel événement mais il est également un indicateur important sur l’engouement du public local. Au Japon, le JAWOC a réussi a recruter sans difficulté les 16 000 volontaires dont il avait besoin pour permettre le fonctionnement des différentes sites opérationnel et l’accueil des spectateurs japonais et étrangers. Le JAWOC a reçu près de 27 000 demandes et pu effectuer son recrutement entre le 16 avril et le 30 juin, comme prévu. La demande était 1,6 fois supérieure aux 16 500 postes disponibles (détails dans l’annexe). Il y aura environ un millier de volontaires sur chaque site, à l’exception des sites de Yokohama et Saitama qui en accueilleront plus de 1500. Début juin, le nombre total de demandes pour devenir volontaire ne s’élevait qu’à 12 649, soit 80% du total nécessaire. Mais, en voyant le travail exemplaire des volontaires pour la Coupe des confédérations, beaucoup de japonais ont décidé de participer eux aussi. Cette recrudescence tardive est également due au fait que le système d’inscription on-line n’a commencé à fonctionner correctement qu’à partir de juin. En Corée, la demande a atteint 363% des places disponibles, un véritable succès.

2) Les billets 

Il n’y a aucune crainte que les spectateurs nippons boudent la Coupe du monde, les billets s’arrachent comme des petits pains quel qu’en soit le prix. Les billets sont divisés en deux catégories, les billets domestiques vendus par le JAWOC et le KOWOC à leurs résidants et les billets internationaux vendus par la FIFA dans les autres pays. Par exemple, les billets pour les quarts de finale à Ôsaka sont l’objet d’une demande élevée de la part du public japonais. Pour chaque billet vendu pour le quart de finale qui aura lieu à Ôsaka, le 22 juin, on a décompté 291 demandes d’achat. Un total de 15 459 705 personnes désireuses d’acheter un billet a été atteint alors que viennent seulement de commencer les premières ventes ne concernant que 220 000 places des 32 matchs de poules qui auront lieu au Japon, ce qui fait 73 demandes pour un billet.

C’est par tirage au sort que seront connus les heureux gagnants de ces précieux pass. Le deuxième plus haut rapport était 271 demandes par billet pour le match à Ôsaka le 14 juin, suivi de la finale au stade de Yokohama le 30 juin, qui a atteint le chiffre de 247 demandes par billet. Huit des 32 matchs ont reçu plus de 100 demandes par billet, y compris les trois matchs de groupe du Japon. Les taux les plus bas sont pour les matchs de groupe qui ont lieu à Miyagi, à environ 350 kilomètres au nord-est de Tôkyô, avec seulement 15 demandes par billet. Sur un total d'environ trois millions de billets, 1 350 000 concernent le Japon. Le JAWOC vendra 675 000 billets domestiques (741 000 par le KOWOC). Sur les 504 000 billets de la première phase, 221 000 sont pour le public japonais dans son ensemble, 157 000 billets « football family » pour les supporters japonais réguliers du football, 126 000 pour les gens résidant près des dix stades et 45 000 pour les sponsors. Les billets restant seront disponibles dans le deuxième phase des ventes pour le grand public sous la forme normal ou de billets prestige [39] dont les réservations sur Internet qui avaient débuté le 15 février ont dû être retardés en raison de l'afflux des demandes. Les 675 000 billets restants seront vendus par la FIFA aux résidents non japonais.

La FIFA est responsable des 1,6 millions de billets mis en vente, dont 800 000 places prévues pour les visiteurs étrangers. 350 000 spectateurs étrangers dotés de 2 à 3 entrées chacun sont attendus. 13 000 invitations seront prévues pour les représentants de la FIFA, personnalités, joueurs, journalistes. Les organisateurs n'ont pas indiqué le nombre exact de billets disponibles au public pour la seconde phase de vente de billets qui commencera en janvier prochain après le tirage au sort de la phase finale en Corée au mois de décembre.

C) Troussier et Nakata, symboles de tous les espoirs.

1) Troussier, l’homme orchestre

En progrès constant depuis la création de la J-League en 1994, le football japonais a tout misé sur sa vitrine nationale avec l'organisation de la Coupe du monde 2002. En juillet 1998, la sélection nipponne, qui venait de disputer sa première phase finale de Coupe du monde, retournait au pays avec un bilan catastrophique : 3 défaites en 3 matchs. Suite à cette échec, la fédération décide d’engager Philippe Troussier, un entraîneur étranger [40] réputé pour les résultats qu’il avait obtenu à la tête de diverses sélections nationales africaines.

Lorsqu’il signe son contrat, les données sont claires : il doit construire une équipe capable de sortir son épingle du jeu au Mondial 2002, voire même devenir championne du monde. Si le Japon se voit déjà si haut, c'est qu'il n'a pas d’autre choix. L'exigence du public nippon, faible connaisseur du football mondial et de sa hiérarchie, mais animé d'une passion nationale très fervante dans les stades, ne peut se situer qu'à ces hauteurs-là.

Son palmarès naissant, sa surexposition médiatique et son star-system sont autant de raisons qui poussent le public japonais à attendre de sa sélection les meilleurs résultats. Malgré une sévère défaite (0-5) accusée récemment face à l’équipe championne du monde en titre, il ne fait aucun doute que la sélection nippone dispose des qualités nécessaires pour se hisser parmis les huit meilleures équipes en 2002.

La fédération espère secrètement qu’un bon résultat (quart de finale) provoquerait un nouveau « soccer boom » comme ceux qui suivirent les Jeux Olympiques de 1964. La sélection doit se faire pardonner sa prestation de la Coupe du monde précédente. Les téléspectateurs et supporters présents sur place qui avaient assisté en masse aux matchs furent consternés et l’impact sur le football s’en fit ressentir. Selon Nakata : « France 98 nous a été extrêmement bénéfique car cela nous a permis de comprendre les émotions et les tensions inhérentes à ce genre de situations. Il nous faut tout simplement acquérir plus d'expérience au niveau international. »

Même si un bon travail est fait dans les clubs de l'archipel, ceux-ci restent quand même éloignés des réalités du football international. On ne trouve quasiment plus aucun joueur étranger dans les clubs nippons alors qu’ils avaient été recrutés par dizaines au début des années 1990. De plus, au moment de l’arrivée de Troussier, aucun joueur nippon ne jouait à l’étranger. Bien payés dans l’archipel, aucun ne voulait aller à l’étranger pour s’améliorer et tenter l’aventure malgré quelques sollicitations de la part de clubs étrangers. Mais lorsque Nakata Hidetoshi accepta de rejoindre le club de Pérouse, Nishizawa Akinori 西澤明訓, Jô Shoji 城彰二 et Nanami Hiroshi 名波浩 décidèrent de faire de même (Espanyol de Barcelone, Bétis Seville et Venise). Mais ce fut un échec pour ces derniers qui, mal préparés, revinrent aussitôt au Japon. Cette année, sous les encouragements de Philippe Troussier, de nouveaux joueurs [41] sont partis tenter leur chance dans des clubs étrangers. Troussier, l’entraîneur globe-trotter, espère ainsi améliorer encore un peu le niveau de jeu de la sélection dont la compétitivité repose quasiment sur le travail qu’il a effectué depuis sa nomination. Nakata lui même déclarait récemment à propos des joueurs restés au Japon :

« Personnellement, je pense que certains d'entre-eux pourraient déjà s'épanouir dans des clubs européens. Il nous manque encore un petit quelque chose au niveau physique, mais nous avons de bonnes bases pour réussir. Pour ce qui est de vous donner des noms, je ne le ferai pas car il y a tellement de jeunes prometteurs que j'en oublierai trop au passage. [42] Dès son arrivée, Troussier fit sensation. « L'homme qui se met en colère », selon la presse nippone était jugé exubérant, intransigeant et obstiné. Trouvant une fédération sans gros moyen ni vraie culture du travail technique, il obtint le contrôle total de toutes les sélections nationales, des moins de 17 ans jusqu’à l’équipe A, afin de procéder à une large revue d'effectifs. Résultat : 140 joueurs furent observés en 1999. Il imposa ses méthodes, heurtant parfois les sensibilités. Ainsi il n'hésita pas à pousser à la retraite internationale les plus anciens de la sélection, qui ne donnaient pas leur maximum, tandis que certaines vedettes naissantes, beaucoup trop médiatisées à son goût, furent remises à leur place ou écartées sans ménagement.

La sélection actuelle n'a plus grand chose à voir avec la sélection présente au Mondial de 1998, même si Kawaguchi, Hattori, Morishuma, Ono, Nanami et Nakata sont toujours là. Les succès ont rapidement donné raison à Troussier. Depuis lors, le Japon à commencé à se tailler un palmarès au niveau international, grâce à une équipe très jeune à ce niveau (les joueurs ont souvent moins de 23 ans).

En avril 1999, la moisson commença avec une finale [43] du Championnat du monde des espoirs au Nigeria, perdue face à l'Espagne (0-4), première finale d'une compétition FIFA pour une sélection du Japon. En juin 2000, le Japon tint les champions du monde français en échec (2-2) et prit sa revanche sur la Jamaïque lors du tournoi Hassan-II à Casablanca, peu avant une campagne olympique jugée satisfaisante à Sydney. Eliminée aux tirs au but par les Etats-Unis en quart de finale, la sélection japonaise avait sûrement les atouts pour aller plus loin dans une compétition très ouverte. Avant la compétition, la sélection olympique nippone avait enchaîné dix-sept victoires en dix-sept matchs. Philippe Troussier indiqua qu'une moitié de l'équipe de 2002 serait issue de cette formation olympique. Dans la foulée, avec neuf joueurs présents en Australie, le Japon remporta la Coupe d'Asie des nations en octobre 2000, au Liban, au terme d'un parcours exemplaire.

Ce premier trophée d'importance de l'histoire du football japonais, installa définitivement Troussier à son poste. Première équipe d'Extrême-Orient à remporter le trophée, le Japon assoit nettement sa supériorité sur le reste du continent en dominant deux fois l'Arabie Saoudite championne en titre (4-1, 1-0). Pour Troussier « Mes joueurs ne doivent en aucun cas avoir de complexes. Il ne s'agit pas de jouer à la française, ou à l'allemande, mais de jouer à la japonaise, avec nos valeurs, celles qui nous ont permis d'être champions d'Asie » [44] .

Ses excellents résultats de la sélection ont valu à Philippe Troussier de recevoir le titre de meilleur entraîneur d’Asie 2001 par l’AFC. Pourtant, quelques mois auparavant, une défaite face à la Corée du Sud (1-0) l'avait fait vaciller. Une partie de la presse, animée d'un très fort sentiment national, réclamait sa démission et la nomination d’un entraineur japonais. Mais fort du soutien des supporters japonais et du président de la fédération, le Français était resté en place. Troussier, à 46 ans, est désormais une véritable vedette au Japon. Après avoir réclamé à corps et à cris son renvoi, la presse sportive l'encense. Epié continuellement par les journaux à sensation, le moindre de ses paroles ou gestes, aussi anodins soient-ils, donne matière à interprétation. Tout le monde, télévisions et sponsors, s'arrache et courtise ce nouveau « Dieu du football ». Philippe Troussier est un choc culturel à lui tout seul pour le football japonais. Connu désormais dans tout le pays, il apparaît dans des publicités et fustige sans hésitation les journalistes qui posent des questions de travers. Il a su gagner le respect par son intransigeance et son obstination.

A quelque mois de la Coupe du monde, le Japon affûte ses armes. Son équipe à entamé une série de matchs de préparation de haut niveau. Après avoir affronté la France au Grand Stade de Saint-Denis, le samedi 24 mars 2001, elle a poursuivi une tournée en Europe. Pour le sélectionneur de l'équipe nationale japonaise, le Français Philippe Troussier, il s'agit avant tout d'accroître l'expérience internationale de ses joueurs. Il a dû batailler avec la fédération pour obtenir que, sur les trois mois réservés à la préparation de l'équipe nationale au cours de la saison 2001, près de la moitié se passe à l'étranger, alors que le championnat national aura débuté. Philippe Troussier attend beaucoup de cette série de rencontres contre l'Espagne, l'Allemagne, le Sénégal et quelques autres équipes africaines.

« Nous allons passer dans un autre univers, de celui de l'Asie à celui du top-ten mondial. Ainsi les joueurs vont pouvoir se renforcer humainement. Ce n'est pas la peine d'essayer de les faire manger pour qu'ils passent de 75 à 95 kg C'est dans leur communication, leur gestuelle, leur prise de décision, qu'ils vont progresser. C'est en sortant des normes du Japon qu'ils vont avoir de nouvelles idées », a-t-il déclaré.

Philippe Troussier lui-même, au contact des supporters nippons, a fini par s’emballer d’une manière assez surprenante : « Nous avons incontestablement franchi un cap. Quand j'ai pris l'équipe en main, fin 1998, et qu'on m'avait assigné pour objectif de gagner la Coupe du

monde, ça me paraissait être une montagne impossible à escalader. Maintenant, nous avons beaucoup progressé et nous avons ce rêve, ce rêve à porter de nous. Nous sommes maîtres de l'Asie, et maintenant nous pensons pouvoir gagner la Coupe du monde. » [45] . Certes il faut toujours partir gagnant, mais une place dans les huit premiers serait déjà un véritable exploit pour cette jeune sélection. « Lorsque les Japonais auront gagné en expérience, ils n'auront plus grand chose à envier aux footballeurs européens ou sud-américains », prédit, confiant, leur entraineur.

2) Nakata, symbole d’une nouvelle génération

Hidetoshi Nakata est le symbole du football japonais actuel. Joueur talentueux des Bellemare Hiratsuka, sa performance lors de la Coupe du monde 1998 le fit remarquer par les clubs européens. Hide, comme on le surnomme au Japon, fut engagé par le club italien de Pérouse pour une vingtaine de millions de francs. Nakata réussit dès lors à s'imposer en Europe et sa notoriété monta en flèche au point que le prestigieux club de l’A.S. Roma l’engagea pour plus de 100 millions de francs. Après une saison en demi-teinte due à un temps de jeu très réduit, il signa en juillet 2001 un contrat avec Parme pour 200 millions de francs, après avoir été sollicité par de nombreux grands clubs (Arsenal, Manchester United, Milan).

Le milieu de terrain japonais fut recruté par l'A.S. Roma autant pour ses qualités de footballeur que pour l'impact médiatique qui lui colle à la peau. Au terme de la saison 1998/99, son ancien club, Pérouse, avait vendu 80 000 maillots à son nom au Japon. Le porte-parole de la société Galex, équipementier de Pérouse raconta que sa ville fut submergée par des touristes japonais et que les commerçants durent s'équiper du jour au lendemain de sabots pour cartes de crédit afin de « satisfaire la fringale d'achats de milliers de touristes nippons ». Voulant s'assurer de la bonne gestion de ses intérêts, Nakata a même fondé la « Sunny Side Up », une société qui gère son image et qui affiche un chiffre d'affaires d'environ 118 millions de francs sur l'exercice 1998/99. Cela lui permet d'avoir un revenu annuel de 47 millions de francs [46] , dont seulement un quart provient de son salaire de footballeur. Idole de la jeunesse nipponne, il collectionne les sponsors, il s'étale à la une des tabloïdes japonais et à chaque déplacement de son équipe, il draine une vingtaine de journalistes qui le suivent nuit et jour. La « Nakatamania » s'est emparée de l'archipel. Des émissions de télévision dissèquent son style vestimentaire.

Immensément riche, il est à la tête d'une multinationale portant son nom, au sein de laquelle vingt-cinq personnes s'occupent uniquement de ses contrats publicitaires et de répondre à ses e-mails sur sa page Internet officielle (www.nakata.net). Footballeur et homme d’affaires, Nakata possède son émission de télé, Nakata.net TV [47] , son service sur téléphonie mobile, Nakata.net Mobile [48] , et le club.nakata.net [49] , ces deux derniers étant payants. « Suichi Tamura, journaliste à Tôkyô, parle de son footballeur comme d'un homme politique ou d'un grand chef de secte : « Il est une révolution culturelle à lui tout seul. Il nous permet (les Japonais) enfin de nous reconnaître en tant qu'individus, et non plus en tant que communauté au patriotisme exacerbé. Cela n'a rien d'un phénomène de mode, ça va bien au-delà. » [50]

Son rang d’idole de la jeunesse japonaise lui permet même de prendre position contre l'hyper-conformisme japonais. Vénéré, on lui passe ses côtés excentriques, qui lui valent le sobriquet de Kijin (celui qui se tient sur une jambe). S'il se plie aux conférences de presse rituelles d'après match, il en fait le moins possible et slalome ensuite vers les vestiaires, baladeur à fond sur les oreilles.

       « Avant la dernière Coupe du monde 1998, il refuse de chanter l'hymne national lors d'un match éliminatoire. « Le Kimigayo est ringard. Il est aussi décourageant, ce n'est pas un air à chanter avant un combat. ». Son attitude provocatrice et hautaine passe parfois pour des caprices. « Il refuse quasiment toute interview avec les journalistes japonais, et répète souvent que nous sommes des cons », se plaint Chino Keichi, rédacteur en chef du Soccer Weekly Magazine. Des commentateurs plus indulgents voient dans son attitude un combat contre le conformisme nippon et relèvent son côté «intello». Il serait même devenu un «phénomène social», selon le très sérieux quotidien Asahi » [51].

      Nakata est sans nul doute un modèle d’individualisme dans un pays habitué à un grand sens du conformisme. Il est devenu l’idole de nombreux jeunes, plus pour son attitude et ses paroles que par ses actions sur les terrains de football. Doué d’un talent de footballeur hors norme, certains disent qu’il pense plus aux affaires qu’à son métier de footballeur.

Il reste néanmoins attaché à son sport et essaye d’en faire la promotion dans son pays. Nakata, par l’intermédiaire de Nakata.net, continue son patronage de Shonan Bellmare (son ancien club). Cette année, Hide a lui-même proposé un plan exhaustif de soutien pour que l'équipe, reléguée, puisse regagner très vite la J1. Le logo de nakata.net peut être vu sur le dos des maillots de Bellmare. Selon lui : « Le football a énormément de chances de réussir en Asie, l'engouement populaire est déjà là, mais cela dépend aussi de l'investissement que chaque fédération nationale est prête à faire pour améliorer les systèmes dans chaque pays. Une chose est sûre : le football, ainsi que les sports majeurs américains, est déjà très populaire parmi les jeunes asiatiques. ». [52]

Tout le public nippon espère que Nakata sera le leader attendu de la Coupe du monde 2002. C’est le chef de file naturel de la sélection et les résultats de celle-ci seront liés directement à ses exploits. Récemment, le public japonais fut pour la première fois déçu par l’attitude de son champion qui a préféré abandonner l’équipe nationale à la veille de la finale de la Coupe des confédérations face à la France pour rejoindre le banc de touche de son club et satisfaire à ses obligations de joueur professionnel. « Les absents ont toujours tort », commenta Philippe Troussier, visiblement peu satisfait de la décision de son capitaine de repartir en Italie. « J'espère qu'il figurera sur la feuille de match », (de la rencontre AS Rome - Naples), ajouta-t-il très amer. Troussier évoquant même la possibilité de ne plus le convoquer en équipe nationale, estimant qu’il pouvait se passer d’un joueur qui abandonnait la sélection. Mais il sait également que Nakata est trop important comme joueur et comme symbole pour mettre sa menace à exécution. Il faut espérer que la pression au mondial, qui se déroule chez lui, ne sera pas trop lourde à supporter pour ce jeune joueur qui n’est qu’à l’aube de sa brillante carrière.

Conclusion

 La première chose qui m’a frappé lorsque j’ai commencé l’étude du football japonais, c’est le fait que l’histoire de celui-ci soit aussi riche et remonte aussi loin. Une histoire remontant à la fin du XIXème siècle et qui nous montre que le handicap majeur du football japonais est d’être resté durant si longtemps un sport amateur, ce qui ne lui a pas permis de progresser suffisamment vite pour rivaliser avec les grand pays de football. Une étrange ironie veut que le kemari ait eu, lui, des « joueurs professionnels », certains pratiquants vivant de la démonstration de leurs talents, alors les joueurs de football japonais du ballon rond durent attendrent plus d’un siècle.

Comme nous l’avons vu, la raison de ce retard est un savant mélange de faits sociologiques, structurels et conjoncturels. Le football a eu du mal à se faire une place dans un paysage sportif japonais, dominé par le base-ball. L’histoire du football japonais fut construite par un enchaînement d’événements désordonnés qui ont finalement mené à la création de la J-League. Lorsque le football nippon sort de sa léthargie avec la création de la J-League en 1993, beaucoup croient que tout est gagné et que le football fait dorénavant partie des moeurs. Mais les faits ont prouvé le contraire en montrant que pour faire rentrer un sport dans la culture d’un pays, il faut plusieurs décennies voire plusieurs siècles. Le football, malgré sa présence au Japon depuis près de cent trente ans, n’en est encore qu’à une phase « adolescente », et personne ne sait si à l’âge adulte, il sera devenu robuste ou s’il sera encore chétif. Cependant, durant son enfance difficile, l’histoire du football japonais fut ponctuée de quelques exploits sans lendemains de la sélection nationale, celle-ci pouvant être décrite comme l’élément moteur du football nippon car fédératrice du public japonais. A chaque fois que l’équipe réalisa un exploit comme le « Miracle de Berlin » de 1936 ou la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, celui-ci était accompagné d’une poussée d’intérêt des japonais pour le football.

La fibre nationaliste accompagnant les prestation de l’équipe nationale ne s’est donc jamais démentie tout au long de l’histoire et c’est encore elle qui va conditionner l’avenir du football japonais dans l’archipel. A la veille de la Coupe du monde 2002, le football nippon se prépare à un événement qui, quoi qu’il arrive, influencera son destin. Un bon résultat (quarts de finale) lors de cette grande compétition, créera certainement un nouveau « Soccer Boom » et attirera de nouveaux jeunes joueurs, indispensables à son avenir. Les responsables du football japonais peuvent s’attendre, en cas d’échec cuisant, au risque d’une remise en question et d’un possible retour à un quasi-anonymat de leur sport. Il nous reste donc à souhaiter à Nakata Hidetoshi, et à ses partenaires de la sélection, le meilleur parcours possible, pour eux mais surtout pour le football japonais. A mon sens, le football, fort de son caractère universel, représente l’avenir du sport japonais. Au coté des sports traditionnels et ancestraux comme le sumô, le football peut occuper la place, restée vacante, du sport national à vocation internationale.

Loin d’être parfait et sans reproches, ce livre ne constitue qu’une simple et modeste introduction à ce vaste univers qu’est celui du football. Certes, beaucoup de points n’ont pas été abordés à leur juste valeur, voire pas du tout. Le but de ce mémoire étant que le lecteur, lorsqu’il l’a refermé, puisse y avoir trouvé certaines connaissances essentielles sur le football japonais. Malgré le fait que nous vivions dans un monde de communications et d’informations à outrance, et malgré l’émergence d’un joueur comme Nakata Hidetoshi, beaucoup de soit-disant spécialistes affirment sans savoir que le football japonais rime avec  « néant », montrant qu’il est encore nécessaire de les informer. Pour preuve l’anecdote suivante : en juin 2000, un journaliste sportif, travaillant pour l’émission de football la plus connue dans l’hexagone, vient voir l’assistant de Philippe Troussier à l’occasion du match France-Japon lors du Tournoi Hassan II au Maroc. Content de l’intérêt que porte les médias de son pays au football japonais, l’assistant français se dit prêt à renseigner le journaliste sur le football nippon, sa situation etc. Mais sa déception fut de taille lorsque le journaliste l’interrompit, lui avouant que la seule chose qui l’intéresserait serait une cassette du bêtisier du football japonais. Voila pourquoi je me dis que la lecture de ce mémoire ne pourra être que bénéfique à tout le monde et à des gens comme lui en particulier…



[8] Le pourcentage de spectateurs payants n’excédait jamais les 50%, le reste étant des employés ou des clients de sociétés qui bénéficiaient de places gratuites.

[9] Parmi lesquels le brésiliens Zico (qui joue avec les Kashima Antlers), le britannique Gary Lineker (Nagoya Grampus Eight) et l’Allemand Pierre Littbarski (JEF United Ichihara).

[10] Takeda Nobuhiro, le premier buteur japonais, n’apparraissait qu’à la 6ème position du classement final 1994.

[11]  Selon une étude de la Banque de Yokohama publiée en 1994, le football a généré, cette année-là, quelques 7 milliards de yens dans le seul département de Kanagawa (au sud-est de Tôkyô).

[32] Les principaux actionnaires du capital de 190 millions de yens du J-village sont : la préfecture de Fukushima (10%), la compagnie Tôkyô Electrique Power(10%), la Fédération Japonaise de Football (5%), la J-League (5%), la compagnie Furukawa Electrique (8%), le groupe Hitachi.(8%), le groupe Toshiba (8%), la compagnie Tôhoku Electrique (8%), le groupe Mitsubishi (6%), la compagnie East Japan Railway (5%), la compagnie Kandenko (5%), la banque Tôhô (5%), la compagnie All Nippon Airways(3.3%).

[33] Source : site Internet du comité d’organisation japonais de la Coupe du monde : www. jawoc.or.jp 

[35] Lorsque la FIFA attribuait le Mondial 2002 au Japon et à la Corée, elle était loin d'imaginer que l'Asie serait en proie à la crise économique qu'elle traversa en 1998 La dévaluation du yen japonais et du won coréen eu pour conséquence une inflation galopante qui plongea l'Asie dans un marasme économique. Une situation qui pouvait remettre en cause bien des promesses et des projets. Le patron du comité coréen d'organisation, Lee Dong-Chan, démissionna de son poste fin avril dernier pour marquer son opposition à la décision du nouveau président de la République de Corée Kim Dae-Jung, installé le 25 février dernier, de ne pas construire le nouveau stade prévu à Séoul pour accueillir le match d'ouverture. Sous les pressions conjointes du Japon et de la FIFA, les autorités coréennes acceptèrent de construire un stade de 65 000 places, à l'ouest de Séoul. Le championnat coréen et sa dizaine de clubs d'entreprises ont également souffert de la crise monétaire. Les grands groupes industriels (Daewoo, Hyundai, Samsung) n'ont pas hésité à réduire les effectifs de leurs clubs par souci d'économie. La récession de l’économie japonaise a des répercutions sur la Coupe du Monde elle-même, les organisateurs devant amputer leur budget de 22 millions de dollars. Le budget original qui était de 63,4 milliards de yens (519 million de dollars), a été revu et porté à 60,7 milliards de yens. Le JAWOC a demandé à chacune des dix municipalités accueillant l’événement de lui verser un supplément de 100 millions de yens afin de finaliser son budget. Un journal local a rapporté que le JAWOC avait été forcée de demander cette nouvelle contribution car les donations de grands groupes nationaux n’étaient pas à la hauteur des espérances. Les organisateurs comptait sur 2,5 milliards de yens en donations de la part d’organismes économiques du pays. Les dix municipalités ont été très contrariées de cette nouvelle demande car elles avaient déjà versé en décembre un supplément de 100 millions de yens. A l’image du gouvernement central, elles sont immergées sous une montagne de dettes et la récession n’arrange rien. Un nouveau projet de budget à été approuvé par le conseil de JAWOC, mais le porte-parole a ajouté que le budget actuel pourrait encore changer selon l’état de l'économie. « Il y aura probablement d'autres révisions car nous ne savons pas ce que seront les conditions économiques l'année prochaine ».

[36] Le dernier problème en date concerne l'utilisation du logo officiel "FIFA World Cup Korea/Japan". Les Japonais souhaitaient pourvoir mettre "Japon" avant "Corée" dans les appellations en japonais au Japon, malgré ce qui semblait avoir été décidé (le Japon avait concédé la première place dans le titre officiel après avoir obtenu d'accueillir la finale). La FIFA adû intervenir.

[37] Voir annexe n°5 P.51

[38] Les noms des trois mascottes ont été choisis parmi les 987 441 proposés via Internet et les fast-food Mac Donald’s situés dans les deux pays co-organisateurs.

[40] Outre le Japon de Philippe Troussier et la Corée du hollandais Guss Hiddink, qualifiés d'office en tant que pays co-organisateur, six des dix sélections asiatiques engagées dans les ultimes poules de qualification pour le Mondial 2002 en Corée du Sud et au Japon sont dirigées par des entraîneurs étrangers, dont quatre ressortissants de l'ex-Yougoslavie et deux Allemands. La Chine a confié ses destinées au Serbe Bora Milutinovic, un habitué du rôle. Il a déjà dirigé dans le passé quatre équipes en phase finale d'un Mondial : le Mexique, le Costa Rica, les Etats-Unis et le Nigeria. Son compatriote Slobodan Santrac a, quant à lui, pris les rênes de l'Arabie Saoudite. Un poste à haut risque puisqu'il est 11ème entraîneur appelé depuis quatre ans. C'est un Croate, Miroslav Blazevic, qui dirige l'équipe d'Iran et un Bosniaque, Dzemal Hadziabdic, qui s'occupe du Qatar. La filière germanique est représentée par Wolfgang Sidka, entraîneur de Bahrein et Bernd Stange, celui d'Oman. Cet appel en masse à des entraîneurs étrangers expérimentés montre la volonté de ces pays de réussir «un coup» en se qualifiant pour leur Coupe du Monde. Selon Nakata : « Le football a énormément de chances de réussir en Asie, l'engouement populaire est déjà là, mais cela dépend aussi de l'investissement que chaque fédération nationale est prête à faire pour améliorer les systèmes dans chaque pays. Une chose est sûre : le football, ainsi que les sports majeurs américains, sont déjà très populaire parmi les jeunes asiatiques. » (10/07/2000 psg.fr). Cette l’une des raisons pour lesquelles la FIFA a décidé d’organiser la Coupe du Monde en Asie.

[42] Source : interview de Nakata du 07/10/200 sur le site Internet www.psg.fr à l’occasion du match PSG-Japon, le 08 octobre 2000.

[43] Au passage, l'équipe bat l'Uruguay, vice championne du monde, et le Mexique, à la surprise générale.

[44] Tiré de l’article « Troussier au pays du soleil levant » de Isabelle Taillard, l’Equipe du 23 mars 2001.

[52] Source : interview de Nakata du 07/10/200 sur le site Internet www.psg.fr à l’occasion du match PSG-Japon, le 08 octobre 2000.