CHAPITRE I. Les origines du football

Il est difficile de savoir quel est le véritable ancêtre du football tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, il est possible de retrouver, à travers les époques et sur différents continents, un sport ancestral pratiqué avec une balle. En occident par exemple, on retrouve des jeux de balle pratiqués par les Grecs et les Romains, qui les propagent en Gaule. Au Moyen Age, le jeu de ballon fait fureur en Bretagne (la soule), en Normandie (la choule), en Flandre, en Picardie et dans d’autres régions. Au XVIème siècle, apparaît en Italie, le Gioco del Calcio, sorte de jeu traditionnel pratiqué par l’élite de la société, une fois l’an, à Florence et à Sienne ; il persistera à Florence jusqu’en 1700.

En Chine également, les soldats de l’Empereur Houang-Ti, l’Empereur jaune, (2500 av. J.C.) pratiquent un jeu de balle, comme simple exercice d’entraînement militaire. Plus officiellement, il existe un manuel datant de la période de la dynastie des Han (-206/220), traitant de la formation militaire, et l'on y trouve dans les exercices physiques le "Ts'uh Küh". Une boule de cuir remplie de plumes et de cheveux devait être bottée avec le pied dans un petit filet dont l'ouverture était d'environ 30-40 cm, fixé à de longs poteaux de bambou. C'était un exploit qui devait certainement nécessiter une très grande adresse et une bonne technique. II existait à part cela une autre version, où les joueurs ne pouvaient pas viser leur but sans être dérangés, mais ils devaient faire usage des pieds, de la poitrine, du dos et des épaules -non pas seulement de la main- pour jouer et se défendre face aux attaques d'un adversaire. La technique quasi-artistique des joueurs actuels n'est donc pas aussi récente qu'on veut bien le prétendre.

Au Japon, le jeu de balle ancestral s’appelait le kemari, descendant du jeu de balle chinois. Comme nous le verrons ensuite [1] , il fut très populaire entre le XXème et le XVIème siècle, et en particulier sous le règne de l’Empereur Gotoba 後鳥羽院 (Gotoba In) (1183-1198).

a) Le football « moderne »

C’est en Angleterre que le football « moderne » va prendre forme. Sans doute la soule française y a-t-elle été introduite par Guillaume le Conquérant. Longtemps combattu en raison de sa violence (édits royaux de 1314, 1349), le football renaît grâce à Charles II (1630-1685). Au début du XIXème siècle, les élèves des Public Schools, pour la plupart issus des classes aisées, ont choisi le jeu de balle pour loisir. Mais comme il n’existe aucune règle écrite, chaque établissement possède sa propre version du jeu. Chacun définit la taille du terrain, la durée de jeu et aussi le nombre de joueurs par équipe. Pourtant, dès 1830, l’heure semble venue de consigner des règles précises par écrit. Deux jeux s’imposent : le football rugby et le dribbling game. Les élèves des collèges Eton et Harrow qui sont les premiers à codifier et à appliquer des règles uniques, choisissent dès lors d’interdire l’usage des mains et le hacking (le coup de pied dans le tibia). Le dribbling game est officiellement né en octobre 1848 au Trinity College de Cambridge, sous la plume des représentants des écoles fondatrices qui définissent « les quatorze règles de Cambridge ».

Le 26 octobre 1863, les dirigeants des clubs londoniens, réunis dans la Freemason’s Tavern de Londres, fondent la Football Association (FA), organisme chargé de l’application des règles. Ces règles, au nombre de dix sept, sont directement inspirées des « quatorze règles de Cambridge ». Peu après, les adeptes du rugby s’en séparent définitivement pour fonder leur « Rugby Union ». En 1872, à lieu à Glasgow, la première rencontre internationale opposant l’Ecosse à l’Angleterre. En 1882, une réunion internationale, dirigée par le commandant Marindin (président de la FA), officialise des règles à l’attention du monde entier. En 1886 est crée l’International Board, chargé du maintien et du respect de ces règles et seul habilité à les modifier.

Dès la fin du XIXème siècle, les Anglais, grands voyageurs, vont créer des clubs partout où leurs affaires les mènent. En Europe, bien sûr, mais aussi en Amérique latine, en Asie ou encore en Afrique. La France, la Suisse, puis l’Europe centrale sont gagnées par ce tout jeune sport, et il y à même un club de football à Saint-Petersbourg, où des matchs ont lieu dès 1899. Ce sont de jeunes universitaires britanniques qui sont, par exemple, à l’origine du doyen des clubs de football français, le Havre Athlétic Club. Le football fera par exemple son apparition en Espagne grâce à des ingénieurs anglais venus au Pays basque, lesquels fondèrent le club de l’Athletico Bilbao. En ce qui concerne le Japon, ce sont des militaires britanniques [2] qui apporteront le football dans l’archipel. En 1904, sous l’influence du Néerlandais Hirschmann et du francais Guérin, sept associations européennes (France, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Espagne, Suède et Suisse) créent à Paris, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), dont le premier président est le Français Robert Guérin. En 1908, le football devient un sport olympique à l’occasion des Jeux de Londres. La FIFA ne reconnaît alors qu’une seule fédération par pays, et sans être affilié, il est impossible d’affronter des sélections nationales et des clubs étrangers. Pourtant il faut attendre 1930 pour assister à la première Coupe du monde de football.

Aujourd’hui, le football est le sport n°1 au monde [3]  ; la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) compte plus de pays membres que l’ONU, et la Coupe du monde est l’événement qui, avec les Jeux Olympiques, attire le plus grand nombre de téléspectateurs. Cependant, ce sport a mis presque un siècle avant de devenir un sport majeur dans le paysage sportif japonais. Nous allons étudier le chemin emprunté par le football japonais durant toutes ces années et y chercher les raisons possibles de ce retard.

b) Le kemari 蹴毬 ou le jeu de balle japonais

Le kemari fut importé de Chine sous le règne de l’Empereur Yomei 用明天皇 (Yomei Tennô) (585-587). Dans le Nihon shoki 日本書記 (Annales du Japon), sont mentionnées les parties de kemari auxquelles participait le prince Naka no ôeno 中大兄皇子(Naka no ôeno ôji), futur Empereur Tenji 天智天皇 (Tenji Tennô), au temple Hôkôji sous le règne de l’impératrice Kôgyoku 皇極天皇 (642-645). Selon le Kokon chomon shû 古今著聞集 (Recueil d'histoires fameuses de jadis et de maintenant) de Tachibana Naruse, l’intérêt pour le kemari se développa à la cour à partir du règne de l’Empereur Temmu 天武天皇 (Temmu Tennô). L’Empereur, mais aussi les nobles, les shoguns, les daimyôs, les moines jouaient au kemari. Le jeu devint populaire dès la fin de l’époque Heian (794-1185) et sous l’époque Kamakura (1185-1333), les samouraïs se mirent à jouer à ce jeu pour se rapprocher des gens de la Cour. Le grand chef militaire Oda Nobunaga (1534-1582), lui-même, pratiquait pendant ses loisirs ce jeu de la noblesse japonaise.

Du XIème siècle jusqu’au milieu de l’époque Edo (1603-1868), le kemari fut tellement populaire que l’on retrouve sa trace dans beaucoup d’aspects culturels de cette période : écrits historiques, journaux intimes, littérature, peinture et chansons. Après la restauration de Meiji, le kemari, comme beaucoup d’autres pratiques anciennes, est tombé en désuétude, puis est revenu peu à peu dans la culture traditionnelle. Aujourd’hui, il est présent dans de nombreuses Matsuri (fêtes traditionnelles).

A Kyôto, une association a été créée pour préserver la tradition de ce jeu et, au début de chaque nouvelle année, une fête est organisée au temple shintô de Shimogamo. Les joueurs revêtent alors le costume traditionnel pour faire une démonstration. Le temple de Kotôhiragû, situé à Takamatsu, a créé, quant à lui, l’association Konpiragû Shûkikukai 金刀比羅宮蹴鞠会 [4] , laquelle organise trois fois par an une grande fête autour du kemari. Ce jeu, qui se jouait avec une balle recouverte de peau, nécessitait la participation de deux joueurs au minimum et de douze au maximum sur un terrain de 12,7 x 12,7 mètres. Les participants portaient un kimono et un chapeau pointu. Les règles en sont assez simples : un des joueurs engage en lançant la balle dans les airs et la renvoie le plus grand nombre de fois possible dans les airs. Puis il l’envoie dans la direction d’un autre joueur, lequel doit empêcher la balle de toucher le sol. Seul le pied peut toucher la balle. Le joueur dit « ariyaaaa » à chaque fois qu’il renvoie la balle en l’air et « ari », lorsque il l’envoie à un autre joueur. Le but du jeu est d’éviter que la balle touche le sol. Dans un article paru en 1979 et intitulé « Extraits de l'histoire haute en couleur d'un jeu fascinant » [5] , le Dr Wilfried Gerhard, chef de presse de la Deutscher Fussball-Bund décrit le kemari comme: « Un jeu de football circulaire, bien moins spectaculaire que le jeu chinois, mais beaucoup plus solennel, plus digne, un exercice cérémoniel. Certes, il requiert de l'adresse, mais n'a certainement pas le caractère belliqueux du jeu de balle chinois et en aucune façon la forme d'une lutte pour le ballon. ». Le kemari peut donc être considéré comme le « jeu de balle » japonais, et lorsque que le football de type « anglais » est introduit au Japon, les japonais ne peuvent s’empêcher de faire la relation et le surnomment le « kemari anglais ».

    

 

CHAPITRE II. Les premiers pas du football au Japon

Si l’on regarde à travers le monde, les différentes dénominations du football, deux grandes options se détachent. La première reprend simplement l’appellation étrangère « football », et la seconde utilise l’association des mots « pied » et « balle » dans la langue locale. En Chine par exemple, le mot signifiant le football est né de l’association des kanjis du pied et de la balle : . Au Japon les deux dénominations フートボール et 蹴鞠, devenus vers 1900 フットボール et 蹴球, furent principalement utilisés jusqu’en 1965. En ce qui concerne le mot 蹴球, au lieu d’utiliser le kanji de ashi (le pied), les japonais ont reprit le kanji du verbe keru (donner un coup de pied), présent dans le terme kemari 蹴毬 (balle que l’on frappe au pied). Ce kanji fut associé à celui de tama (la balle), pour former le mot shûkyû. Il est à signaler que dans les toutes premières années du football japonais, c’est le terme d’Association Football [6] , simplifié en A shiki shûkyû ア式蹴球 qui fut utilisé. Le terme shûkyû désignant à l’époque, à la fois le rugby et le football, on décida de les différencier en rajoutant les préfixes Association shiki et Rugby shiki. Le mot shiki  indiquant « à la manière de ». Finalement, le terme de shûkyû ne servira uniquement qu’à désigner le football, avant que la fédération japonaise, dans un souci de modernisme, ne décide d’utiliser le mot soccer. Le terme de soccer [7] , quant à lui, n’est utilisé réellement que depuis très récemment au Japon. Certes dès les années 1920 certains clubs utilisaient ce mot dans leurs dénominations mais jusqu’en 1965, c’est le mot shûkyû 蹴球 (balle au pied) qui sera officiellement utilisé pour désigner ce sport.

a) Le rôle crucial de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô

Avec la restauration de Meiji, le Japon s’ouvrit sur le monde et les sport étrangers firent naturellement leurs apparitions dans l’archipel. Les japonais partis étudier à l'étranger et les étrangers venus enseigner au Japon ont amenés avec eux leurs connaissances des sports modernes, comme le football, et l’ont transmise. Le football, en tant que véritable jeu, est apparu au Japon en 1873. C’est à cette époque, que l’amiral anglais Archibald Douglas et les 33 officiers et soldats sous ses ordres, arrivés au Japon en tant qu’instructeurs à la Pension des Sciences Navales de Tsukiji (Tsukiji no kaigunheigakuryô 築地の海軍兵学寮), profitèrent des moments de récréation pour enseigner le football à leurs élèves japonais. On peut remarquer que ces premiers pas du football au Japon sont assez précoces car ils se situent une dizaine d’années seulement après la création de la Football Association (1863). C’est à peu près à la même époque que le football fit son apparition dans la plupart des pays d’Europe. Le football est encore à l’époque un sport encore très jeune dont les règles ne cessent d'évoluer.

Même si la progression du football au Japon se fit de façon très lente, elle bénéficia vers la seconde moitié de l’ère Meiji d’un support important et inattendu, celui des écoles normales générales et supérieures [8] (Shihan gakkô 師範学校 et Kôtô shihan gakkô 高等師範学校). Parmi celles-ci, c’est l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô [9] (Tôkyô kôtô shihan gakkô 東京高等師範学校) qui jouera un rôle prépondérant dans la diffusion du football dans tout l’archipel. En 1878 (an 11 de l’ère Meiji), le Ministère de l’Education (Monbushô 文部省) décide de créer l’Institut de Gymnastique (taisô denshûjô 体操伝習所) afin de mettre en place un programme d’éducation physique adapté au nouveau système d’enseignement et de former les professeurs d’éducation physique. Pour se faire, le Monbushô engagea l’américain Leland (G.A.リーランド)pour diriger cette école qui s’ouvre dès 1879. La première année, 25 étudiants suivent les cours dispensés par Leland et quelques professeurs japonais d’éducation physique, parmi lesquels Tsuboi Gendô坪井玄道, future grande figure du football japonais. Dès 1879, le football devint, grace à Gendô, un sujet de recherche au sein de cet institut qui jouera un rôle crucial dans l’implantation de la gymnastique et d’autres sports européens dans l’archipel.

En 1885, parut un traité intitulé « l’Art de jouer en plein air » (Kogaiyûghô 戸外遊戯法), présentant les nouveaux sports modernes venus de l’étranger et dans lequel un chapitre était consacré au football (soccer et rugby). En 1885, l’institut fut rattachée à l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô. L’année suivante lorsqu’une section spécialisée dans l’éducation physique fut créée, l’institut disparut définitivement. Les 5000 ouvrages en langue japonaise et les quelques 600 en langue occidentale qu’il possédait, parmi lesquels de nombreux livres consacrés au football et amassés par Gendô, devinrent ensuite la propriété de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô et se trouvent aujourd’hui dans la bibliothèque de l’université de Tsukuba.Cette école est la pierre angulaire du developpement du football au Japon. Devenue aujourd’hui l’Université de Tsukuba (après avoir eu plusieurs autres dénomination : 東京高等師範学校、文理大学、東京教育大学、筑波大学), elle occupe toujours un rôle primordiale dans la reherche consacrée au sport et à son environnement.

En 1893 Kanô Jigorô en devient le directeur. Dès son arrivée il encourage la pratique du sport en créant en 1896 une association sportive 運動会avec le concour des élèves et des professeurs. En plus de celle de Jûdô, huits autres sections sportives sont créées, dont celle de football(Futtobôru Buフットボ-ル部). De plus, tous les jours ont lieux plus de 30 mn d'exercices physiques durant les récréations. C’est au sein de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô, que va véritablement se développer le football. En 1902, le professeur Tsuboi Gendô, de retour d’un voyage d’étude aux Etats-Unis, rapporta dans ses valises, un livre américain intitulé Association Football qu’il s’empressa de donner au responsable de la section football de l’époque, Nakamura Kakunosuke 中村覚之助, étudiant en quatrième année. Nakamura, décida de traduire le livre et créa dans la foulée une nouvelle section, la « section de jeu de balle » (A shiki shûkyûbuア式蹴球部). C’est à cette date qu’apparut pour la première fois le terme de A shiki shûkyû, signifiant littéralement : « Jeu de balle à la manière de la Football Association. ». En octobre, se déroula la traditionnelle réunion sportive(大運動会)de l’école qui avait pour but de présenter de nouveaux sports et d’en faire la démonstration. Les membres firent alors une démonstration de ce nouveau sport venu d’angleterre. Deux équipes de six joueurs s’affrontèrent. Cette réunion attirait de nombreux élèves d’écoles voisines du fait de sa popularité.

En 1903, pour sa première année d’existence, cette nouvelle section accueillit, en dehors de ses responsables, neuf autres membres. C’est la même année, la section de A shiki de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô réalisa le livre intitulé Association Football, traduction d'un livre étranger américain ramené par Tsuboi Gendô et premier ouvrage japonais consacré au football (aux éditions Kyôbidô 鐘美堂). Plus tard, cette section écrira deux ouvrages : Foot Ball大日本図書会社en 1908 et フットボール(ミカド商会en 1920. Ces livres, fruit de l’expérience accumulé par les membres de cette section porteront sur la façon de s'entraîner, de developper sa technique.

Le 06 février 1904, l’équipe de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô, dirigé par Tsuboi Gendô, se rend à Yokohama. Ce fut un match de deux mi-temps de 30 minutes. Tôkyô s’inclina lourdement mais fort logiquement sur le score de 0-9. Mais les joueurs des deux équipes ayant apprécié ce premier contact, il fut décidé de réediter se match tous les ans.La deuxième opposition eut lieue en janvier 1905. L’équipe était dirigée par un professeur écossais du nom de De Aviland. Ce fut un match entier de deux fois 45 minutes. Tôkyô s’inclina une fois encore lourdement (0-6).

C’est en janvier 1906 qu’eut lieu la troisième confrontation. Pour la première fois, l’équipe de Tôkyô se montra sous un jour différent. Elle resista de fort bell manière à l’équipe de Yokohame et ne s’inclina que par le plus petit score (0-1). Le quatrième match eut lieu un mois plus tard sur le terrain de l’équipe de Tôkyô qui arracha le match nul un but partout. Les années suivantes Tôkyô s’inclina de nouveau. C’est lors de leur dixième opposition en 1910 que Tôkyô bat pour la première fois l’équipe de Yokohama (1-0). Tôkyô s’imposa lors des matchs suivants. Grace à cette première victoire, l’équipe de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô devint encore plus célèbre dans le monde du football japonais. Elle affirmait ainsi sa position prédominante en matière de football en devenant la première équipe japonaise à battre une équipe étrangère. Dès lors, beaucoup d’écoles s’intéressèrent à ce nouveau sport pratiqué par l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô, Kanô Jigorô [10] 嘉納治五郎. .

  

Ce dernier fut sollicité par de nombreux établissements qui souhaitaient en savoir plus sur le football et la manière de l’enseigner. Tsuboi Gendô, alors responsable de la section sportive de l’établissement, envoya des étudiants de sa section de A shiki dans différentes régions, pour dispenser les bases de l’enseignement du football. Ce fut donc grâce à l’enthousiasme de personnes telles que les membres des sections de A shiki des différentes écoles, que le football put commencer à se répandre dans tout le JaponMême si il n’éxistait encore aucune compétition officielle au début du siècle, il faut signaler l’organisation de petits matchs entre équipes de différents écoles. En juin 1907, par exemple, l'Ecole Normale Supérieure de Tôkyô et l’Ecole Normale Générale de Aoyama 青山師範 disputent un petit match d'entrainement de 3 x 40mn (4-1).

Le 16 novembre, les deux équipes de rencontre à nouveau et disputent cette fois ci un véritbale match de 90 minutes. Pour certains spécialistes, ce match serait le premier de l’histoire entre deux équipes entièrement composées de joueurs japonais. L'Ecole Normale Supérieure de Tôkyô affirme sa position de meilleure équipe du Kantô en remportant le match sur le score de 8 buts à 1. Un peu plus tard dans le mois à lieu le match entre l'Ecole Normale Supérieure de Tôkyô remporte un nouveau match (1-0) face à la faculté de médecine de l’hôpital Jikei 慈恵医学専門学校 (aujourd’hui 東京慈恵会医科大学). Le mois suivant, l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô organise sur son terrain un match entre l’équipe de l’Ecole Normale Générale de Aoyama et celle de la faculté de médecine de l’hôpital Jikei Jikei (victoire 1-0 de Jikei). L'Ecole Normale Supérieure de Tôkyô sort vainqueur de cette triple opposition et gagne ainsi ce que l’on pourrait décrire comme la première compétition  officieuce de football.

      

           De plus, cette série de confrontation entre les trois écoles va faire de nombreux émules et dès lors les matchs entre différentes écoles vont devenir de plus en plus courant. Le développement du football japonais restera étroitement lié à l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô. En effet, Kanô Jigorô et Uchino Tairei [11] 内野台嶺 furent à l’origine de la création de la Fédération Japonaise de Football en 1921 (an 10 de l’ère Taishô).

En 1931, c’est ce même Uchino qui proposera comme symbole de la fédération, le Yatagarasu [12], en hommage à son ami Nakamura [13] (décédé en 1905).   e fait que le football ait connu cette forte popularité, au sein des écoles normales générales, est une chance, car une fois diplômés, les nouveaux enseignants ont pu transmettre leur passion du football dans leurs nouvelles écoles. Il faut du reste signaler que parmi les autres écoles normales, celles de Hiroshima 広島高等師範 et de Mikage [14] (Mikage shihan 御影師範) étaient très actives. Dès 1906, on jouait au football à l’Ecole Normale Supérieure de Hiroshima. Comme à Tôkyô ou à Kobe, il y avait un grand nombre d’étrangers qui vivaient à Hiroshima et qui jouaient au football. Les professeurs étrangers étaient également nombreux et ils participèrent eux aussi à la diffusion du football. Cette toute la région d’Hiroshima qui fut gagné par le football dans les années 1910. Naganuma Ken 長沼健, président de la fédération entre 1994 et 1998, vient du 付属中学 d’Hiroshima, établissement dans lequel on retrouvait des professeurs diplomés de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô. Dans le lycée départementale 県立中学(広島一中)aussi on retrouvait des anciens élèves du l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô comme l’ancien capitaine de l’équipe de football, 松本寛次 devenu professeur. Il n’est donc pas étonnant de retrouver, tout au long de l’histoire du football japonais, des grands clubs de football à Hiroshima comme 東洋工業, Mazda F.C et SanFrecce.

A Kobe, les deux écoles importantes en matière de football furent Mikage shihan et Kobe Icchû 神戸一中. C’est en 1915 qu’eut lieu la première opposition entre les deux équipes du kansai (2-1), qui deviendront les équipes phares du tournoi de football lycéen japonais créé en 1918 (mikage 7 victoires de suite entre 1918 et 1924, kobeicchû 5 victoires entre 1925 et 1938). Ces deux écoles, au même titre que l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô dans le Kantô furent des pionnières dans la pratique du football mais jouèrent un rôle moins important dans la diffusion de celui-ci. Beaucoup d’étrangers résidant également à Kobe, de nombreux clubs étrangers éxistaient. Visiblement influencés par cette situation, les élèves de ces deux écoles se mirent à la pratique du football et progréssèrent rapidement au contact de ces équipes, construisant ainsi les bases de leur suprématie future. En effet, même si la section football (蹴球部) de l’école Mikage fut créée en 1899 (celle de Kobe Icchû fut créée en 1912), la plupart des élèves qui pratiquaient ce sport dans les premières années n’étaient pratiquement que des étudiants étrangers.

Le football se developpa dans les collèges et lycées du Kantô, du Kansai et de la région d’Hiroshima durant la période de la « Démocratie de Taishô » et il n’était plus rare de voir des silhouettes d’élèves taquinant la balle durant les récréations. Le football se développa aussi dans beaucoup d’autres écoles grâce à la venue de professeurs étrangers, eux-mêmes passionés de football. Le football s’est donc répandu progressivement à l’intérieur de l’univers scolaire japonais.

En ce qui concerne le début des compétitions internationales, c’est en 1912, lors des jeux de Stockholm, que le sport japonais débuta sur la scène internationale. Deux athlètes et trois officiels furent envoyés pour cette première partcipation. Le football, quant à lui, débuta emai 1917, lors de la troisième édition des Jeux d’Extrême-Orient [15] à Tôkyô. Ce fut à l’occasion de leur première édition au Japon, que l’Association des Sports Amateurs du Japon de Kanô Jigorô, décide de faire entrer le football dans le giron de cette compétition. Cette première équipe «nationale» n’était autre que celle de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô qui, outre le fait d’être l’une des meilleures de l’époque, est l’équipe de l’école que dirigeait Kanô Jigorô.D’autres équipes, comme 青山師範, 豊島師範, 御影師範,奈良師範、関西学院等 souhaitaient l’organisation d’un tournoi pour décider de l’équipe qui representerait le Japon à cette compétition, mais Kanô Jigorô, à la fois directeur de l’Ecole Normale Superieure de Tôkyô et président de la Fédération des Sports Amateurs du Japon (Dai nihon taiiku kyôkai 大日本体育協会), eut le dernier mot.

      

Bien que cette équipe ait subi deux cuisantes défaites en deux matchs, dont un cinglant 2-15 face aux Philippines, cette première représentation sur la scène internationale stimula quelque peu les équipes de footbal au Japon. Le Japon participera ensuite à neuf des dix éditions suivantes de cette compétition qui restera la plus importante de la région jusqu’à la seconde guerre mondiale.Certes le rôle de l’Ecole Normale Supérieure de Tokyô et des autres écoles normales du Japon fut indéniable dans la diffusion du football durant la fin de l’ère Meiji et le début de l’ère Taishô, les élèves, une fois diplomés, ayant été à l'origine de la création de nombreuses sections de football, d’Hiroshima à Nagoya. Il faut également signaler le rôle jouer par de nombreux passsionés anonymes, qu’ils soient étrangers ou japonais. Durant cette période, beaucoup d’élèves japonais découvrir le football grace à leurs professeurs venus de pays européens comme l'Angleterre bien sur, mais aussi la France, l'Allemagne ou des Pays-Bas, pour enseigner l’anglais ou une quelconque autre matière dans leur école. D’autres on découvert le football grâce aux livres, qu’ils s’étaient procuré ou qu’on leur avait ramené au cours d’un voyage à l’étranger.

Par exemple, c’est en 1917 que naquit le premier club de football, 東京蹴球団, sous l’impulsion d’Uchino Tairei qui déplorait le fait que les joueurs une fois diplomés ne pouvaient pas continuer à pratiquer leur sport favori. Le club de Tôkyô rassembla les diplômés de écoles normales générales comme Aoyama 青山 ou toshima豊島 désireux de former une équipe compétitive.et expérimenté capable de faire meilleure figure lors des Jeux d’Extrême Orient par exemple. Désireux également de faire connaître leur sport, beaucoup d’entres eux prenaient sur leurs temps libres pour aller aux quatres coins du pays pour dispenser quelques rudiments dece sports. Faire connaître son sport est une chose qui incombe normalement à une fédération, mais celle-ci n'ayant pas encore vu le jour, ce furent ces passionés, ces pionniers du football japonais, qui s’attelèrent à la tâche.A titre de comparaison le premier club francais, le Havre F.C, fut créé en 1872, le Milan A.C en 1899, Manchester United en 1902, le F.C Barcelone en 1899 et le Bayern de Munich en 1900.

b) Les premières grandes réunions de football.

En octobre 1917, à lieu le premier tournoi de football du kinki 近畿蹴球大会, sur le terrain de l'école normale de Nara. Quatre équipes y participent(奈良師範 ,明星商業 ,御影師範 ,京都師範) à ce tournoi remporté par Myôjô shôgyô 明星商業.

Selon les annales lycéennes [16] , la première réunion du football lycéen se déroula les 12 et 13 janvier 1918 (an 7 de l’ère Taishô), sur le terrain de Toyonaka 豊中 à Ôsaka. Cette compétition appelée « Tournoi de Football du Japon » (Nihon shûkyû taikai 日本蹴球大会), fut organisée par le journal Mainichi (Mainichi shinbun 毎日新聞) d’Ôsaka qui souhaitait répondre au journal Asahi (Asahi shinbun 朝日新聞) qui sponsorisait, dans le Kansai, une grande réunion nationale du base-ball lycéen (le Koshien) depuis 1915. Les 22 et 23 décembre 1917, parurent des encarts annonçant « L’organisation du premier tournoi de football du Japon » 第1回日本フートボール大会, rassemblant les épreuves de rugby (ラ式蹴球) et de football (ア式蹴球). Cette nouvelle compétition accueillit non seulement un tournoi de football mais également un tournoi de rugby[17] .

Même si il se prétend national, le tournoi de football, pour sa première édition, ne réunit que des équipes du Kansai. Les huit équipes d’A shiki participantes au tournoi de football étaient les écoles normales générales de Kôbe (Mikage shihan 御影師範, Himeji shihan 姫路師範, Kangaku kôtô 関学高等, Kôbe icchû 神戸一中), de Nara (奈良師範) de Kyôto (Kyôto shihan 京都師範) et d’Ôsaka (Sakai chû 堺中, Myôjô shôgyô 明星商業). Ceci démontre bien que c’est au sein des écoles normales que l’implantation du football s’est opérée en premier lieu et le plus fortement.

Sur les vingt deux éditions, entre 1918 et 1940, les écoles normales générales en remportèrent treize. Lors de cette première édition, la première demi-finale opposant Myôjô à Himeji s’étant conclue sur le score de un but partout, il fallut les départager grace au nombre de corners tirés au cours du match. L’autre demi-finale opposa les deux équipes favorites, Mikage et Kobe Icchû, qui s’étaient déjà rencontrées à plusieurs reprises auparavant. La finale opposa l’équipe de Mikage et celle de Myôjô, qui s’étaient déjà affrontées quelques mois auparavant lors de la finale du tournoi du Kinki. Le coup d’envoi fut donner aux alentours de 16 heures et c’est Mikage qui prit sa revanche en s’imposant sur le score de 1-0. Mikage remportera les six éditions suivantes du tournoi, devenant ainsi la première grande équipe de football japonaise. Au fur et à mesure, ce tournoi se développa et prit de de plue en plus d’importance. Pour Sa troisième édition, 12 équipes participent à la compétition. Dès lors, la compétition s’étale sur trois jours au lieu de deux. Pour sa huitième édition en 1925, la compétition fut divisée en deux catégories : la section de l’école secondaire (Chûgaku 中学), et la section des écoles supérieures spécialisées (Kôtô senmon gakkô 高等専門学校). Il y eut alors 22 représentants pour la section de l’école secondaire (aujourd’hui lycéenne 高校) et 5 pour celle des écoles spécialisées. L’année suivante, la compétition se dota d’éliminatoires dans huit régions de l’archipel, et prit le nom de全国中等学校蹴球大会, jetant les fondements du championnat lycéen actuel (Zenkoku kôkô senshuken 全国高校サッカ-選手権). De 1918 à 1933, les équipes de Kobe vont truster les victoires sauf lors de la dixième édition où l’équipe de 崇実中学 venue de Corée (alors possession japonaise) remporte la victoire. Du fait de la seconde guerre mondiale, la compétition s’interrompit entre 1941 et 1947. En 1949, la compétition prend le nom de 全国高校サッカー選手権大会. A partir de la 40ème édition, ce sont 32 équipes, représentant chacune une région, qui participèrent.

Lorsque le Mainichi Shinbun arreta de soutenir la compétition à la fin des années 60, le nombre d’équipes participantes fut réduit à 16 du fait de problème financiers. Mais lorsque la Nihon Terebi et la fédération de football passèrent un accord pour la retransmission de matchs, le tournoi, désormais télévisé, put se developper à nouveau. En 1978, c’est à nouveau 32 équipes qui participèrent à la compétition. Depuis 1983, la compétition réunit 48 équipes : 46 équipes représentant leur département et deux équipes de Tôkyô. Mais ce sont près de 4000 équipes lycéennes qui sont inscrites à la fédération.

Cette compétition eut un grand impact sur le développement du football à l’époque. En effet, durant l’année 1918, on put assister à un foisonnement de matchs et de tournois de football aux quatre coins du Japon (Kansai, le Kantô et le Chûkyô). Outre la grande réunion d’Ôsaka, il y eut en février à Tôkyô le Tournoi de football du Kantô (Tôkyô shûkyû taikai 関東蹴球大会), organisé par le club de Tôkyô,avec le soutien du journal Asahi. Cette compétition, qui dura trois jours, réunit huit équipes d’écoles secondaires dont豊島師範 et 青山師範 et se déroula sur le terrain de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô. Parralèllement à cette compétition, il y eut quelques matchs de démonstration entre différentes équipes dont 東京蹴球団 , 東京クラブ(équipe formée par des anglais), et 東京高等師範. L’année 1918 fut donc incontestablement une année charnière dans l’histoire du football japonais. En février, l’équipe de l’Institut Supérieur de Daihachi (Daihachi kôtô gakuin 第八高等学院) remporta le Grand Tournoi de Football du Tôkai (Tôkai shûkyû taikai 東海蹴球大会) qui se déroulait dans la région de Nagoya [18] et auquel participaient également le collège Meirin (Meirin chûgaku 明倫中学), la Première Ecole Normale Générale d’Aichi (Aichidaiichi shihan 愛知第一師範) et le troisième collège d’Aichi (Aichi sanchû 愛知三中).

CHAPITRE III. Le développement du football japonais (1921-1941)

a) La naissance de la Fédération Japonaise de Football

 Le 12 mars 1919, parût dans le journal Asahi de Tôkyô un article indiquant que la Fédération Anglaise de Football était sur le point d’offrir à la « Fédération Japonaise de Football » une superbe coupe en argent, réplique de la Fa Cup, la coupe anglaise. Cet article était accompagné d’une photo de ladite coupe. Or un problème de taille se présenta car il n’existait, à cette date, aucune organisation de ce type au Japon. Le 28 mars, Kanô Jigorô alors président de la Fédération des Sports Amateurs du Japon (Dai nihon taiiku kyôkai 大日本体育協会), fut reçu à l’ambassade de Grande-Bretagne et se vit remettre cette coupe d’argent. A l’origine de ce malentendu se trouvent plusieurs événements.

D’abord la presse internationale qui, ayant eu vent des trois compétitions qui s’étaient déroulées dans le Kansai et le Kantô en 1918 (Ôsaka, Nagoya, Tôkyô), interprèta mal ces événements et déclara « Même au Japon, il existe une fédération gérant le football national, et actuellement, se déroulent dans trois endroits différents, des qualifications régionales pour le championnat national » [19] . Elle relata également la qualité de l’organisation des Jeux d’Extrême-Orient de 1917 par le Japon.

Ensuite, la visite de l’ambassadeur anglais Green lors du « Tournoi de football du Kantô » (Kantô shûkyû taikai 関東蹴球大会), qui fut rapportée par la presse anglaise, laquelle en profita pour faire état de la situation du football au Japon. En lisant tous ces articles, la Football Association jugea opportun d’offrir, par l’intermédiaire de l’ambassade de Grande-Bretagne, une superbe coupe en argent à la « Fédération Japonaise de Football », pour célébrer sa création. Cette coupe devait être offerte à l’équipe ayant gagné le championnat national.

A cette époque, le monde sortait de la première guerre mondiale, et il est probable que la fédération anglaise voyait d’un bon œil l’émergence du football en Extrême-Orient. De plus, elle devait se sentir l’âme d’une « grande sœur » envers les nouvelles nations de football d’où quelles soient. L’émergence du football au Japon, pays devenu proche depuis l’aide de ce dernier lors de la première guerre mondiale ne pouvait qu’interesser et enchanté celle-ci. Après avoir reçu à l’ambassade de Grande Bretagne la coupe destinée à la fédération encore inexistante, Kanô Jigorô fit part à Uchino Tairei de son souhait de voir « se créer au plus vite une fédération ».

Uchino se mit immédiatement à l’œuvre, mais ce n’est que deux années plus tard, le 10 septembre 1921, que naquit officiellement la Dainihon shûkyû kyôkai (大日本蹴球協会), actuelle Fédération Japonaise de Football (JFA), dont le premier président fut Imamura Tsugiyoshi 今村次吉. Ce retard étant dû aux dificultés qu’avait rencontré Uchino pour trouver une personne qui souhaitait devenir président.

   

La première réunion de travail des membres de la fédération eut lieu le jour même au domicile de Imamura. Alors que dans las autres pays, des fédérations nationales ou des associations s’étaient rapidement mises en place, le Japon attendit 48 ans entre l’arrivée de Douglas et la création d’un organisme national indispensable à la mis en place et à la gestion d’un football national unifié. Si l’on compare la fédération anglaise fut naquit dès 1863 (soit 54 années avant sa consoeur japonaise), 1895 pour la Belgique, 1913 pour l’Espagne, 1919 pour la France. Comme on peut s’en douter, ces 47 années d’attente constituèrent déjà un handicap pour l’essort du football au Japon. Et même si, dès lors, les choses s’accélèrèrent avec la création de la première compétition nationale, le ア式全国優勝競技会 (dont les éliminatoires se dérouleraient au cours du mois d’octobre et le tournoi final, les 26 et 27 novembre), il fut très difficile de rattraper ce temp perdu. De plus, il ne fait nul doute que sans cette « erreur » de la Football Association anglaise, la fédération japonaise serait née beaucoup plus tardivement, ce qui n’aurait fait que retarder un peu plus le développement du football national.

Les spécialistes continuent à considérer le football japonais comme encore faible et en retard au plan international. Les véritables raisons de ce « retard » sont multiples et sont souvent propres au Japon. Mais c’est une erreur de penser que le retard du football japonais sur le plan international serait dû au fait que c’est un sport nouveau au Japon. En plus de la naissance tardive de la fédération, on peut regretter, par exemple, la naissance encore plus  tardive du football professionnel. Alors que le football devint professionnel en Angleterre en 1885, en France en 1932, et en Corée en 1983, il fallut attendre 1993 pour voir naître le championnat professionnel japonais. Le professionnalisme a souvent montré, tout au long de l’histoire, qu’il était une chose nécessaire pour le bon développement d’un sport. Il permet aux sportifs de vivre en ne se consacrant exclusivement qu’à leur sport et, de ce fait, de tirer vers le haut leur niveau ainsi que celui du milieu dans lequel ils évoluent. Les professionnels vivent par et pour le sport.

La naissance tardive du professionalisme fut le fruit de la concurrence farouche du base-ball [20] , sport apparu lui aussi à la fin du XIXème siècle au Japon, et qui remporta aussitôt les faveurs d’un plus large public. La popularité du base-ball peut s’expliquer par une certaine complémentarité entre celui-ci et le mode de vie japonais, et par une influence américaine beaucoup plus présente depuis 1945 que celle du vieux continent, berceau du football.

b) Le premier tournoi national du Japon 全日本選手権

Après avoir annoncé publiquement la création du premier tournoi natinal le 16 septembre 1921, les responsables de la fédération envoyèrent un courrier à tous les clubs de football recensés (environ 70). Dès novembre, se déroulèrent les premières éliminatoires régionales qualificatives pour le premier Tournoi National de A shiki (A shiki shûkyûzenkoku yûshô kyôgikai ア式蹴球全国優勝競技会). Quatre équipes furent qualifier pour le tournoi final qui devait se tenir dans le parc d’Hybiya à Tôkyô. Ce furent les équipes de Nagoya (Nagoya shûkyûdan 名古屋蹴球団) lors des éliminatoires du Chûbu (3 équipes) en septembre, l’équipe de Tôkyô (Tôkyô shûkyûdan 東京蹴球団), lors des éliminatoires du Tôbu (20 équipes) en novembre. Comme il n’y eut pas d’éliminatoires dans les autres régions, faute de participants, deux autres équipes furent sélectionnées pour leurs résultats méritants. Ce furent les équipes du club de Mikage (Mikage shûkyûdan 御影蹴球団) et du lycée Yamaguchi [21] (Yamaguchi kôtô gakkô 山口高等学校). Les clubs de football (Shûkyûdan 蹴球団), qui ne représentaient pas des écoles, étaient formés pour la plupart d’étudiants et/ou d’ OB (anciens étudiants diplômés) d’une même université ou d’une même ville.

Le dimanche 27 novembre, l’équipe de Mikage qui avait battu la veille l’équipe de Nagoya sur le score de 4-0, affronta en finale l’équipe de Tôkyô. Tout autour du terrain sans gradins du parc d’Hibiya (東京日比谷公園の芝生運動場), se tenaient debout un très grand nombre de spectateurs venus assister à cette première finale. Le terrain, spécialement aménagé pour le tournoi, faisait 105 mètres de long et 69 mètres de large. L’arbitre donna le coup d’envoi du match à 14 heures sous un soleil radieu. L’équipe de Tôkyô était un club d’OB composé d’anciens joueurs diplômés d’écoles telles que l’Ecole Normale Générale de Toshima (Toshima shihan 豊島師範), de Aoyama (Aoyama shihan 青山師範) ou de l’Ecole Normale Supérieure de Tôkyô. C’était donc une équipe d’expérience, tant sur le plan tactique que technique. Dans le onze de départ figuraient 清水芳介,露木松雄,星野秀臣,安藤公平qui venaient de participer, sous le maillot du Japon, aux Jeux d’Extrême-Orient de Shanghai en juin. Cette équipe était donc l’une des plus forte si ce n’est la plus fort de l’archipel. En face, Mikage était l’équipe des étudiants de l’Ecole Normale Générale de Mikage (Mikage shihan 御影師範). Même s’ils étaient plus âgés (deux années) que les lycéens normaux, ils ne possédaient pas une grande expérience, car seuls quatre des onze joueurs avaient fait partie de l’équipe victorieuse, quatre années de suite, du Tournoi de Football du Japon (Nihon shûkyû taikai 日本蹴球大会 ). Chaque équipe developpait son style propre. L’équipe de Tôkyô était plus technique, très habile dans le jeu direct par passes courtes. L’équipe de Mikage, elle, était très habile dans le jeu long et les courses en avant. Finalement, ce furent les joueurs de l’équipe de Tôkyô qui, malgré un match plein d’enthousiasme et de serieux de leurs jeunes adversaires, trouvèrent l’ouverture sur un corner. En remportant cette compétition, l’équipe devenait officiellement la première équipe championne du Japon. Lors de la cérémonie de clôture, M. Eliott, alors ambassadeur de Grande Bretagne et président honoraire de cette compétition, remit le trophée national ainsi que la coupe offerte par la FA au capitaine de l’équipe de Tôkyô, Yamada

Cette coupe d’argent ne peut plus être transmise de nos jours à l’équipe victorieuse, car elle fut réquisitionnée et fondue pour les besoins en métaux du pays, lors de la seconde guerre mondiale. Mais cette coupe, au-delà de sa valeur matérielle, a une plus grande valeur symbolique car elle symbolise à l’intérêt et le soutien de la fédération anglaise au football   du pays du soleil levant. C’est grace à celle-ci que les premiers amateurs japonais de football purent finalement fonder leur fédération et créer enfin une compétition nationale. Cette première compétition nationale, forte de son succès, se développa ainsi que les éliminatoires régionales. Ils furent au nombre de neuf (Hokkaidô, Tôhoku, Tôkyô, Nagoya, Hiroshima, Kyûshû, Corée, Hyôgo, Kei-Han) dès 1927 (an 2 de l’ère Shôwa) et de dix dès 1929. En 1950, ce sont 16 équipes qui participèrent au tournoi final. Cette compétition continuera d’année en année, s’interrompant entre 1941 et 1945 du fait de la seconde guerre mondiale, et devenant par la suite l’actuelle Coupe de l’Empereur (voir deuxième partie).

c) La fin de l’ère Taishô et le début de l’ère Shôwa

La fin de l’ère Taishô fut très importante dans le monde du sports japonais. Le gouvernement prit conscience de l’importance des bons résultats du sport japonais sur le scène internationale. Le ministère de l’éducation nationale, le Monbushô, se lanca dans des recherches théoriques concernant le sport. Le gouvernement encourage la partique du sports et le 03 novembre devient la « Journée du Sport ». En ce qui concerne le football, deux choses peuvent caractériser cette période. La première est la consecration de l’entraineur Birman Chow din et la deuxième est la construction du premier stade construit spécialement pour la pratique du football , le Minami Undôjô. Chow din était un jeune birman, arrivé au Japon en tant que bousier de l’école supérieure de technologie de Tôkyô (Tôkyô kôtô kôgyô kôkô 東京高等工業高校). Il devint célèbre dans le monde du football japonais de l’époque lorsqu’il prit en main la destinée de l’équipe de Waseda. Son amour du football était facile à comprendre. A l’époque, la Birmanie étant sous domination anglaise, Chow Din avait du, dès son plus jeunes âge, s’interresser à ce sport au contact des sujets de sa majesté la reine d’Angleterre. Il est également probable qu’il ai pu avoir accès à de nombreux livres étrangers traitant du football et de sa tactique. Dès son arrivée, il put constater la grande faiblesse du football japonais, ce qui le poussa certainement à se lancer dans une carrière d’entraineur amateur.En 1923, l’équipe de Waseda, dont il était devenu entraîneur l’année précédente, gagna le championnat national lycéen. Il fut alors plébiscité par de nombreuses autres équipes qui souhaitaient s’adjoindre ses services. Son système de jeu et sa façon d’entrainer devinrent très populaire à l’époque.A cause du grand tremblement de terre du Kantô, beaucoup d’écoles, dont l’école supérieure de technologie subirent de grands dégâts et durent fermer provisoirement. Chow Din profita de cette période pour entamer une tournée dans tout l’archipel. Il dispensa son enseignement au membres de l’équipe de l’Ecole Normale Générale de Mikage de Kôbe, laquelle malgré la concurrence de très fortes équipes, restait la meilleure équipe du Kansai.

La réputation de Chow Din était telle que les joueurs de l’équipe du premier collège de Kôbe (Kôbe icchû 神戸一中), qui avaient participé à toutes les éditions du Tournoi de Football du Japon (Nihon shûkyû taikai 日本蹴球大会 ), sans jamais réussir à battre l’autre équipe de Kôbe, l’Ecole Normale Générale de Mikage, décidèrent de tout faire pour recevoir son enseignement. Les joueurs de Mikage avaient en effet deux avantages sur eux : ils étaient plus vieux de deux années, donc plus grands et plus robustes, et ils étaient internes, ce qui leur permettait de s’entraîner quotidiennement. Les joueurs de Kôbe Icchû profitèrent d’un jour  où Chow Din était en congé pour lui demander de leur dispenser un entraînement durant la demi-journée restante.

Chow Din leur enseigna les divers aspects fondamentaux du jeu tels que les passes du plat et de l’extérieur du pied, les tacles de face et de coté, les passes courtes et transversales. En plus de ses explications, il fit personnellement une démonstration de chaque geste. C’est pourquoi, même si cela ne dura qu’une demi-journée, les jeunes élèves purent assimilé son enseignement, ce qui leur permit de mieux s’entrainer et de créer la surprise en janvier 1925, lorsqu’ils lors la finale nationale l’équipe de Mikage sur le score de 3-0.Il est incontestable que Chow Din eut une influence non négligeable dans l’ensegnement du football au Japon durant cette période, car il a permis aux joueurs japonais de s’améliorer dans les points qui leurs faisaient cruellement défaut, tant le plan technique que tactique. Ces joueurs purent ensuite à leur tour dispenser à d’autres jeunes footballeurs les préceptes de l’entraîneur birman. En 1923, celui-ci écrivit un livre intitulé « How To Play Association Football », dans lequel il coucha sur papier l’ensemble de ses connaissances et de son expérience sur la manière d’enseigner le football. C’est en 1929, soit cinq années après la construction du Kôshien [22] , véritable emblême du base-ball lycéen., que fut construit un peu plus au sud, au bord de la mer, le Kôshien Minami Undôjô 甲子園南運動場, premier stade pluridisciplinaire construit dans le but d’accueillir également des rencontres de football. Pour accueillir ce , la piste d’athlétisme dut être rallongée pour atteindre la longueur inhabituelle de 500m (au lieu de 400m), permettant ainsi de disposer d’un terrain central plus grand, capable d’accueillir un terrain de football. La capacité du stade était de 20 000 places, une seule tribune en forme d’arc de cercle entourant le terrain du nord au sud. Ce stade devint le stade du football japonais d’avant-guerre en accueillant de grands matchs populaires telles que les rencontres opposant les sélections du Kantô et du Kansai, ainsi que les oppositions entre le Japon et la Corée. Les 5, 6 et 7 janvier 1930, le stade accueillit pour la première fois la douzième édition de la finale du championnat lycéen. Jusqu’alors les cinq premières éditions de ce championnat s’étaient déroulées sur le terrain de Toyonaka 豊中 à Ôsaka, de Takaratzuka puis sur celui du Kôshien. Le Minami Undôjô accueillit donc cette compétition de 1930 à 1940. Durant la guerre, il fut réquisitionné par la marine japonaise pour des raisons stratégiques. Après la guerre, il fut utilisé comme entrepôt par l’armée américaine, avant de disparaître définitivement. Malgré sa courte durée de vie (quatorze années), ce stade reste dans l’histoire comme l’un des premiers stades de grande envergure construit pour la pratique du football.

Pour sa 26ème édition, la compétition orpheline de son stade, retrouva un nouveau stade, celui de Nishinomiya (Nishinomiya Kyôgijô 西宮球技場). Le terrain de football fut aménagé du coté du champ sud du terrain de base-ball, avec une très belle pelouse et entouré sur trois cotés de parcelles de terre. La première équipe victorieuse de l’après-guerre fut l’équipe de l’Ecole Normale Supérieure de Hiroshima. Il est à signaler que parmi les élèves du collège annexe de cette école on comptait Naganuma Ken 長沼健, devenu ensuite président de la Fédération Japonaise de Football et aujourd’hui président honoraire de celle-ci. Ce n’est pas un hasard car on retrouve aujourd’hui à la tête de la fédération de nombreux anciens joueurs de l’époque, comme Kawabuchi Saburô 川淵三郎, ancien joueur de l’équipe de Mikunigaoka 三国ヶ丘 (Ôsaka) et actuel président de la J-League. Dans l’équipe du collège de Daigo (立五中学校) à Kyôto, on retrouvait Okano Shun-ichirô 岡野俊一郎, aujourd’hui membre du CIO et actuel président de la fédération nipponne. Cette forte densité d’anciens joueurs prouve donc l’existence de la notion de corporatisme au sein du football japonais. Même si les joueurs offraient généralement un bon spectacle, l’enceinte de ce tournoi n’attirait pas du tout les spectateurs. Le terrain de football du Nishinomiya était encore entouré de terre, après quinze années. Le stade devant fermer pendant trois ans, non pas pour sa rénovation, mais pour cause de construction de l’autoroute Meishin en bordure du stade, le tournoi déménagea dans un autre stade d’Ôsaka. La compétition réintégra le stade de Nishinomiya pour sa 46ème édition. En 1966, après le retrait du journal Mainichi, sponsor de la compétition, c’est la télévision qui prit le relais lors de la 49ème édition. Dès lors, la compétition changea de stade, quittant celui de Nishinomiya pour rejoindre le stade Nagoya, toujours à Ôsaka. Mais en 1976, la compétition quitta le Kansai pour rejoindre le Kantô et la région de Tôkyô. Après le succès des Jeux Olympiques de 1964 à Tôkyô, le choix du Kantô s’imposa pour deux raisons : la plus grande popularité du football dans cette région et la puissance économique de celle-ci. Il était, en outre, plus facile de trouver des sponsors dans la région. En septembre 1927, le football japonais confirma sa progression en obtenant sa toute première victoire internationale lors des jeux d’Extrême-Orient qui se déroulaient à Shanghai. Après une cinglante défaite (1-5) lors du premier match face à l’équipe de Chine, la sélection s’imposa face aux Philippinnes(2-1). Cette première victoire sonna le début d’une véritable présence sur le plan international.

CHAPITRE IV.  L’apparition du football japonais sur la scène internationale

En mars 1925, la Fédération Japonaise de Football fut affiliée à la Fédération des Sports Amateurs du Japon (Dai nihon taiiku kyôkai 大日本体育協会), ce qui permit au football de participer aux Jeux Olympiques. C’est en 1929 que la toute jeune fédération japonaise adhéra à la FIFA. Ce fut une étape décisive dans la reconnaissance du football japonais sur la scène internationale. Cette affiliation à la FIFA permit à la sélection japonaise de participer aux grandes épreuves internationales telle que la Coupe du monde, ou encore d’affronter d’autres équipes nationales pour des matchs amicaux, mais aussi aux clubs japonais d’affronter des clubs étrangers. Même si l’équipe de football japonaise participait depuis 1917 au championnat d’Extrême-Orient, elle n’avait presque aucune reconnaissance internationale. En effet, cette compétition est restée anonyme aux yeux de l’Europe du fait de son caractère très « régional ». De plus, jusqu’à l’édition de 1930, l’équipe du Japon était représentée par une école et non par une véritable sélection. C’est pourquoi dès son adhésion à la FIFA, la fédération prit conscience de la nécessité de créer une véritable sélection nationale, capable de participer et de réaliser de bons résultats aux différentes compétitions internationales qui s’ouvraient désormais devant elle. Le tournoi d’Extrême-Orient de 1930 fut donc l’occasion, pour la fédération, de lancer une sélection nationale, en vue de préparer les prochaines échéances internationales.

a) Le tournoi d’Extrême-Orient de 1930

En 1930, date de la première Coupe du monde de football en Uruguay (création décidé en 1928 par la FIFA), le football japonais remporta le premier succès international de sa jeune histoire. En effet, c’est en 1930 que la sélection japonaise de football termina première ex-æquo lors de la neuvième édition du tournoi d’Extrême-Orient, disputé cette année là à Tôkyô.Lors de la compétition, le Japon étrilla les Philippines sur le score de 7 buts à 2, et réussit un match nul inespéré contre la Chine, alors considérée comme la plus redoutable équipe d’Asie. Cette bonne performance allait annoncer le début d’une nouvelle ère dont l’apogée sera les Jeux de Berlin en 1936. Il y eut différentes raisons à l’origine de cette réussite. En premier lieu, la persévérance. en effet, depuis la troisième édition (1917), date de l’introduction du football dans la compétition, l’équipe japonaise n’avait cessé de progresser pour enfin remporter une première victoire internationale en 1927 (huitième édition disputée à Shanghai) contre les Philippines. En second lieu, le fait que les responsables de la fédération japonaise aient également décidé, à l’occasion de cette 9ème édition, de créer une véritable sélection nationale, fut déterminant. Cette sélection était composée des meilleurs footballeurs du Kantô et du Kansai, principales régions du developpement du football au Japon.

Les joueurs lesquels s’entraînèrent et vécurent ensemble une quarantaine de jours, entre avril et mai, afin de se préparer à cette compétition dans les meilleures conditions. Les joueurs de Tôdai, équipe collectionnant les succès dans le championnat du Kantô, formaient l’ossature de cette sélection, avec huit joueurs dans le onze de départ. Cette forte concentration de joueurs de Tôdai devait permettre à cette équipe de disposer d’un excellent collectif, capable de tenir tête au talent individuel des joueurs de l’équipe chinoise.C’est le 29 mai, au stade Meiji Jingû de Tôkyô(Meiji jingû kyôgijô 明治神競技場), que se déroula le match entre la Chine et le Japon. C’est dans un stade comble que le coup d’envoi fut donné à quinze heures. Le Japon ouvrit le score à la 23ème minute avant de voir la Chine égaliser. Le Japon reprit l’avantage en seconde mi-temps, mais une fois encore la Chine revint dans la course et égalisa. Le Japon rata ensuite un penalty, reprit ensuite l’avantage avant de voir une nouvelle fois la Chine égaliser. Le match se termina sur ce score de parité. Les joueurs japonais dont 手島志郎, auteur d’un magnifique doublé, terminèrent le match exténués mais comblés par ce résultat inespéré.

Au-delà de ce bon résultat, la fédération prit conscience que pour rendre son sport populaire dans l’archipel, de très bons résultats de la part de l’équipe nationale seraient un véritable atout. C’est pourquoi, il fut décidé de sélectionner les meilleurs joueurs des championnats régionaux pour leur faire faire un entraînement commun intensif. Les premières bases d’une véritable équipe nationale capable de développer un football de qualité et de rivaliser avec les autres équipes de la région asiatique furent donc jetées. Malheureusement, lors de l’édition suivante de 1934, qui se déroula à Manille, le Japon ne fut guère brillant, ne remportant qu’un seul match sur les trois auxquels il participa.

         b) Les Jeux Olympiques de Berlin de 1936 : « Le Miracle de Berlin ».

La première grande compétition « intercontinentale » du Japon, fut celle des Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Pour cette compétition, la sélection japonaise fut constituée d’un grand nombre de joueurs de Waseda et de quelques joueurs de la Ligue du Kantô, venant de Tôdai ou de Keiô. Le premier défi de la fédération japonaise fut de trouver les 85 000 yens nécessaires à l’envoi et à la participation de l’équipe nationale à cette compétition. Cette somme, considèrable pour l’époque, devait permettre à la vingtaine de personnes de la sélection, joueurs et encadrement, d’effectuer le voyage et de séjourner à Berlin. La fédération qui ne disposait pas des fonds nécessaires reçut 54 000 yens de l’association des sports amateurs (Nihon taiiku kyôkai 日本体育協会) et lança une campagne de souscription nationale dans son bulletin hebdomadaire « Shûkyû » [23] pour obtenir les 30 000 yens manquants. Les fonds réunis, l’équipe nationale prit le transsibérien, et arriva, début juillet, à Berlin après un long voyage de près d’un mois. En guise de préparation, la sélection affronta, au cours du mois de juillet, trois équipes allemandes. ( バッカーゼン , ミネルバ , フラウワイス). Ces rencontrres qui se soldèrent par autant de courtes défaites devaient permettre aux joueurs de se familiariser au style de jeu européen qu’ils allaient rencontrer.

    

 

Pour son entrée dans la compétition, le Japon affronta, le 04 août, la Suède, redoutable équipe européenne, candidate sérieuse à la victoire finale. L’équipe japonaise était l’attraction de ces Jeux Olympiques, car personne ne connaissait la valeur de cette équipe venue d’Extrême-Orient. A l’inverse la Suède, dont la première apparition remontait aux Jeux de Stockholm en 1912, qui restait sur son excellente troisième place aux Jeux Olympiques de Paris de 1924. Les Suédois, robustes gaillards nordiques, jouaient un jeu à l’anglaise, basé sur de longues balles en hauteur et des duels aériens, avantagés qu’ils étaient par leur grande taille.

Mais lors de ce match, c’est le Japon qui créa l’exploit en s’imposant sur le score de trois buts à deux. Cependant à la fin de la première période, c’est la Suède qui menait deux buts à rien. A l’entame de la seconde période, personne, parmi les 6000 spectateurs, ne pouvait supposer d’un tel retournement de situation. Mais c’est le Japon qui pris l’ascendant en deuxième période avec des joueurs plus tenaces et volontaires que leurs adversaires. En l’espace d’une mi-temps les joueurs nippons inscrivèrent trois buts, dont le dernier dans les arrêts de jeu. Pour la presse internationale et locale, ce match fut la sensation du tournoi. Cette équipe japonaise complètement inconnue au niveau international qui battait l’une des meilleures équipes d’Europe. La Suède fut la première nation occidentale que rencontra le Japon, et la première battue. Le Japon avait réussit à battre la Suède en pratiquant un jeu vif et plaisant qui avait régalé les spectateurs présents. Les joueurs nippons avaient développé un jeu de rêve, alliant technique et sens tactique. Leur rapidité, leur vivacité avaient mis à mal le jeu archaïque et stéréotypé des suédois.Les frères Kamo加茂 (Ken et Shôgo 正五), tous deux de Waseda, ont développé un extraordinaire jeu offensif sur les flancs de l’attaque et le milieu Kawamoto Taizô 川本泰三, lui aussi de Waseda,fit preuve d’une intelligence remarquable dans l’entrejeu et inscrivit le but victorieux. Même si certains commentateurs, même japonais, qualifièrent cette victoire de miraculeuse, elle ne dut rien du hasard. En effet, cette victoire s’était avant tout construite sur le plan tactique.Deux jours plus tard, l’équipe japonaise, encore très marquée par les efforts qu’elle avait dû déployer face à la Suède, affronta une autre équipe redoutable, l’Italie. Le Japon s’inclina sur le score sans appel de huit buts à zéro et sa première expérience olympique se termina donc au bout de seulement deux matchs, mais avec un véritable « exploit » en poche. Aujourd’hui encore, beaucoup de spécialistes japonais parlent encore du « Miracle de Berlin » (Berlin no Kiseki ベルリンの奇跡) qui reste, à leurs yeux, l’une des plus belles victoires de l’équipe nationale japonaise. Pour sa première sortie internationale d’envergure, l’équipe du Japon, grâce à sa prestation remarquée [24] , avait réussit l’essentiel, faire connaître et apprécier le football asiatique en Europe, berceau du football.

b) Le coup d’arrêt.

Le football japonais espèrait confirmer ses bons résultats internationaux lors de la Coupe du monde de 1938 se déroulant en France. Mais le Japon se vit contraint de renoncer à sa participation a cette épreuve, du fait de « l’Incident du pont Marco Polo » survenu en juillet 1937 qui revêtait tous les aspects d’une guerre. Les responsables de la fédération renonçèrent à participer à cette compétition, jugeant que le contexte internationale ne s’y prêtait guère. Ce furent les Indes Néerlandaises (Indonésie) [25] , équipe que devait affronter le Japon lors de ces éliminatoires, qui représentèrent le continent asiatique à Paris.

A la veille de la seconde guerre mondiale, le football japonais, qui avait presque atteint les soixante dix ans d’existence, avait connu durant cette période une évolution lente mais continue. Les élèves des lycées et universités, où le football s’était d’abord développé, restaient très clairement les principales forces de ce jeu. Certains OB avaient fondé des clubs pour continuer à pratiquer, durant leur temps libre, leur sport favori. Par leur création, la fédération et le premier championnat national devaient contribuer, à plus long terme, à développer et rendre populaire ce jeu au sein de toutes les couches du Japon. De plus, les bons résultats internationaux, lors des Jeux d’Extrême-Orient et des Jeux Olympiques, étaient une véritable aubaine, car ils permettaient à ce sport de devenir populaire auprès de ceux qui ne le connaissaient pas, et étaient également une source de motivation pour tous ceux qui le pratiquaient déjà.

Les bons résultats de la sélection japonaise avaient démontré que le niveau de jeu avait considérablement progressé et que le Japon était une nation en devenir dans cette discipline. Mais les responsables du football japonais virent leur chance de participer à leur première Coupe du monde se briser du fait de la guerre en Mandchourie. La seconde guerre mondiale allait briser un nouveau rêve, celui de participer aux Jeux Olympiques prévus à Tôkyô en 1940. Cet événement était très attendu car il devait confirmer l’excellente performance lors de l’édition précédente à Berlin. Le fait de ne pas participer, coup sur coup, à ces deux événements majeurs marqua un véritable coup d’arrêt dans l’histoire du football japonais. C’est toute une génération de jeunes joueurs, motivés par les performances de leurs aînés, qui durent renoncer à l’idée de briller sur le plan international.



 [3] La FIFA a publié en 2000 les résultats d’une grande enquête sur le nombre de joueurs et leur répartition dans le monde. Il y a plus de 242 millions de joueurs. C’est le nombre total de pratiquants de football dans le monde, soit 4,1% de la population totale. On dénombre près de 22 millions de femmes. L’Asie est le continent le plus représenté avec 105 millions de joueurs devant l’Europe (52), l’Amérique du Nord (38). L’Afrique et l’Amérique du Sud comptabilisent 22 millions de pratiquants chacun. Autre statistique intéressante, le nombre de joueurs professionnels : 127 000. Enfin, il existe 305 000 clubs à travers le monde. Cela fait un être humain sur 25, précise la fédération internationale de football, qui se félicite sur son site Internet que ces chiffres "corroborent la position du football comme sport numéro un dans le monde". D'après cette étude, cinq millions de personnes officient comme arbitres, arbitres de touches ou officiels et 20 millions de femmes jouent au football. Parmi elles, 80% évoluent dans des catégories de jeunes. Pour réaliser cette étude, la FIFA a interrogé ses 204 fédérations membres. Près de 80% ont répondu. Sans compter les enfants et les joueurs occasionnels, les résultats révèlent que les pays suivants ont la meilleure proportion de participants dans le jeu: USA (18 millions), Indonésie (10 millions), Chine (7,2 millions), Mexique (7,4 millions), Brésil (7 millions) et Allemagne (6,3 millions). Parmi les 20 millions de femmes qui jouent au football, 80% sont des jeunes de moins de 20 ans, ce qui montre que la popularité du football féminin n’est pas la seule prérogative de l’Amérique du nord. Le football est pratiqué dans le monde par plus d’un million cinq cent mille équipes et au sein de 300 000 clubs; la majorité jouant en dehors des structures officielles.

[10] Kanô Jigorô naquit dans un village de la province de Hyôgo le 18 octobre 1860. Fils de Jirosaku Mareshiba Kanô, intendant naval du shogunat Tokugawa. Du fait de sa santé fragile, Jigorô Kanô décida de s'adonner au sport pour développer son corps. Ce fut la gymnastique et le base-ball, sport pour lequel il fonda le Kasei Base Ball Club, le premier club du Japon en 1878. Il ne commença l'étude du ju-jitsu qu'à l'âge de 17 ans, au moment de son entrée à l'université impériale de Tôkyô, avec le maître Hachinosuke Fukuda au sein de l'école Tenjin-shinyo-ryu. Diplômé en anglais et en sciences sociales en 1881, il créa, l’année suivante, son premier dôjô à côté du petit temple shintoïste d'Eisho-ji où il avait élu domicile. Ce dôjô, dénommé Kôdôkan 講道館, comptait 12 tatamis (env. 24m²) et 9 disciples venaient y étudier. En septembre 1889, il fit partie d’une délégation officielle japonaise qui se rendit en Europe. Il profita de cette tournée pour étudier les différents systèmes d’éducation des pays qu’il visitait. Il revint au Japon en janvier 1890 et en août, il se maria avec Sumako, fille aînée de Seisei Takezoe, alors ambassadeur du Japon en Corée. Kanô aura 9 enfants. Poursuivant parallèlement sa carrière officielle, il fut promu conseiller du ministre de l'Education en 1891, Doyen de l'Ecole Supérieure de Tôkyô en 1893 puis secrétaire du ministre de l'Education. Il profita alors de sa position officielle pour venir en Europe où, en 1899, il fit des démonstrations de ses techniques de Jûdô à Marseille. Par la suite, il fut plusieurs fois envoyé en mission officielle en Chine et en Europe pour y répandre et y enseigner les principes du Jûdô. Il fut nommé président de l’Association des Sports Amateurs du Japon en 1911. Il fut le premier Japonais membre du Comité International Olympique en 1909. Après avoir pris sa retraite en 1920, il se consacra exclusivement à la diffusion du Jûdô à travers le monde, formant de nombreux instructeurs au sein de son école. Il fit alors des milliers d'adeptes. Fondateur du Jûdô, il est le seul à posséder le titre de Sensei dans cette discipline. Il mourut en 1938, en revenant du Caire où il avait été délégué par le Japon au Comité International Olympique.

[12]  Le Yatagarasu est un corbeau à trois pattes issue de la mythologie chinoise qui symbolise le soleil. Ses couleurs jaune et bleue symbolisant le fair play et la jeunesse.L’emblème de la fédération représente cet oiseau tenant dans l’une de ses pattes un ballon de football.

[13]  L’idée d’Uchino, de proposer le Yatagarasu comme symbole de la toute jeune Fédération Japonaise de Football, est très symbolique. Touché par la mort de son ami Nakamura, sans qui le football ne serait pas autant développé, il se rappela des conversations avec lui à propos de leur jeunesse. La maison d’enfance de Nakamura était située dans la ville Nachikatsuura 那智勝浦町, dans le département de Wakayama. Il avait l’habitude, lorsqu’il était enfant, de jouer aux alentours des trois temples de Kumano (Kumano sanjo gongen 熊野三所権現) , situé à 200 mètres à peine de sa maison et dont le symbole et esprit protecteur n’est autre que ce fameux corbeau à trois pattes, le Yatagarasu.

[14]  L’équipe de l’Ecole Normale de Mikage resta très longtemps la référence du football japonais.

[16]  Ces annales (Kôkô soccer 60 nenshi 高校サッカー60年史) parues en Shôwa an 48 couvraient soixante années d’histoire du football lycéen (éditées par le département football de la Fédération Nationale d’Education Physique Lycéenne (Zenkoku kôtôgakkô taiiku renmei soccer bu 全国高等学校体育連盟サッカー部, 1984). Source : www.fcjapan.com

[17]  Le rugby est, lui, apparu dans l’archipel en 1899, par l’intermédiaire du professeur Clark, enseignant d’anglais à l’université de Keiô. Plus tard, un ancien élève de Keiô réfléchissant à un moyen de promouvoir le rugby au Japon, proposa au journal Mainichi shinbun d’Ôsaka, le projet d’un grand tournoi de rugby. Mais, le nombre des équipes de rugby étant limité, on décida d’organiser en parallèle, une compétition d’A shiki, afin de donner au tournoi une dimension plus importante

[18]  Dans le parc de Maizuru (舞鶴) de Nagoya.

[19]  Extrait de Invitation au football (Soccer he no shôtai サッカ-への招待) de Ôzumi Yoshiyuki, coll. « Iwanami Shinsho », n°316, 1993, page 11.

[20]  Après le renversement du Bakufu, un américain, Horace Wilson, introduit le base-ball, qui deviendra professionnel dès les années 30. Mais c’est surtout après la guerre et sous l’influence américaine que ce sport deviendra le sport national de l’archipel. Nul doute que si le football avait été soutenu de la même façon par les Etats-Unis, son développement aurait été tout autre.

[21]  L’équipe du lycée Yamaguchi, à cause de la distance qui la séparait du siège de la compétition, dut renoncer à participer à cause du coût trop onéreux du voyage.

[22]  Le Kôshien accueillera de la huitième à la onzième édition. Ce stade fut construit en 1924, non seulement pour accueillir le base-ball, mais aussi d’autres sports d’herbe, en particulier le football et le rugby.

[23]  Cet hebdomadaire dont le nom peut se traduire par « Football » fut créé en octobre 1931.

[24]  L’impact de ce match est tel que, lorsque qu’en 1949, Yukawa Hideki 湯川秀樹 reçut le prix Nobel de physique, certains journalistes suédois le questionnèrent à propos du « Miracle de Berlin ». Cette victoire fut très importante pour l’image du football au Japon, car c’était aussi la première fois que l’équipe nationale battait une équipe occidentale.

[25]  Sa prestation à la Coupe du monde ne resta pas dans l’histoire : un match joué et perdu sur le score de 6-0.